La tête et les jambes (et si l’Elu était Caennais ?)
2 février 2008 à 20:43
Portrait de Juan Eduardo Eluchans
Pendant la période de transferts de l’été dernier, il aurait été euphémique de dire que j’étais attentif au recrutement du Stade Malherbe. Cinq fois par jour, j’allais visiter mercato365.fr pour voir si une news concernait le club de mon cœur. Non parce que si c’était pour refaire les mêmes erreurs qu’il y a trois ans, monter en L1, recruter deux Belges et se faire prêter un type venu d’Allemagne qui finalement n’a jamais joué (il faudra que je pense à faire un portrait de Mohamadou Idrissou) pour finalement redescendre au bout d’un an, moi je dis : autant ne pas aller se fourrer en Ligue 1.
Sauf que cette année, Caen a vu les choses en grand. Enfin, un peu. Karl Svensson, international suédois, nous vient tout droit des Rangers (même s’il est blessé depuis le début de l’année), Nivet assure comme il le faisait à Troyes, et surtout, surtout, Eluchans a traversé l’Atlantique et quitté l’Independiente pour se frotter au foot européen. Portrait.
Depuis l’épisode navrant de l’AC Ajaccio et de son armada brésilienne (on a vu ce que ça a donné, j’en frissonne encore), je sais pas vous, mais j’ai une certaine méfiance des joueurs sud-américains embrigadés dans les clubs pas glamours du championnat de France. En Ligue 1, avec Ceara, Juninho et De Melo, on a les Brésiliens qu’on mérite.
Après tout, si un Argentin ou un Brésilien vaut vraiment quelque chose, pourquoi va-t-il galérer dans le foot rugueux et défensif français plutôt de rester au chaud dans son championnat tout feu tout flamme ?
L’Elu a tendance à viser haut
La question ne s’est jamais posée pour Juan Eduardo Eluchans (et ce n’est pas que je manque d’objectivité), cet Argentin dont personne n’avait jamais entendu parler avant qu’il ne signe, à 27 ans, au SM Caen pour la somme de 750 K€ l’été dernier (source du montant du transfert : FootballManager2008, on fait ce qu’on peut).
Pendant deux mois, Juan n’a pas forcément brillé, ni vraiment déçu, il était là, point barre, ne perdait pas beaucoup de ballons mais n’était pas non plus décisif. A l’époque, je disais : « Laissons le temps au ‘tit Argentin de s’acclimater à la L1 ». Et c’est juste au moment où je sentais poindre la déception et que j’allais réclamer le retour de Florentin en tant que titulaire, que Juan s’est mis à jouer. Et vachement bien avec ça.
Au départ, l’ambition du bonhomme détonne. Après sa signature en Normandie, alors que tous les petits nouveaux ne visent pas plus haut que la lutte pour ne pas descendre (genre Nivet, et personne ne lui en voudra pour ça), Elu se montre un peu plus couillu. Lui, ce qu’il veut, c’est « une place au milieu de tableau, pour commencer, et puis, pourquoi pas, une place en Coupe d’Europe » (tous les propos sont issus de la première interview d’Eluchans pour le site du SM Caen)...Ce mec qui dit ne rien connaître d’autre de la Basse-Normandie que « le fromage et les plages (sic) » ne supporte pas d’imaginer lutter dans les tréfonds de L1 pour ne pas avoir à visiter Gueugnon, Angers, Boulogne ou Libourne.
Sur un plan plus personnel, Eluchans affirme même, avec son grand sourire insouciant, que « si Caen se comporte bien en championnat, alors la sélection nationale, pourquoi pas ? ». Sans aller jusqu’à dire que mon palpitant s’est affolé à la lecture de ces propos, je dois avouer m’être dit « soit c’est un branleur, soit le monde est passé à côté d’un phénomène ». Ni l’un ni l’autre.
A l’extrême gauche, l’Elu s’influence du Che
Eluchans, déjà surnommé « Elu » par le public du Stade d’Ornano, s’est d’abord montré impressionnant par sa vitesse balle au pied. 1m78, 68 kilos, physique raisonnable, Elu a néanmoins un centre de gravité assez bas, comme dirait Ludo Giuly.
Joueur caractéristique de couloir, capable d’évoluer en tant qu’ailier gauche (voire à droite, c’est déjà arrivé) et même défenseur latéral s’il faut dépanner (c’est déjà arrivé, mais en Argentine), le numéro 28 n’hésite pas à repiquer dans l’axe et surtout à venir se positionner dans la surface. Mais c’est avant tout un bouffeur de ligne, cavalant sur son aile comme un malade, les yeux déjà rivés au centre pour voir s’il y a un coéquipier démarqué ou, au pire, s’il a la place de foncer au but.
Au pays, il a joué avec le Kun Agüero (apprenez-le, c’est mon chouchou, avec Gouffran, of course), qui en connaît un rayon dans l’art de filer au but tête baissée, lui aussi. Qui sait ? C’est peut-être Elu qui lui a appris ?
Meilleur buteur du club en L1 avec Gouff’ (5 buts chacun, mais Gouff’ a aussi planté en coupe), ce garçon sait décidément tout faire : marquer de la tête en dominant un adversaire plus grand que lui dans les airs, comme à Strasbourg, déborder aussi, surtout en fait, comme il l’a fait à Rennes, transformant une passe anonyme de Deroin en or à la suite une accélération qui s’est achevée en poteau rentrant.
Doté d’une excellente vision du jeu, Elu a tendance à chercher les espaces plutôt que de chercher à éliminer ses adversaires en un contre un. Mais il ne fuit pas non plus les contacts, et n’hésite pas à rivaliser avec beaucoup plus costaud que lui quand il le faut.
Quand Gouff’ et Eluchans se portent bien et se montrent dangereux, Malherbe devient d’une efficacité redoutable en contre (comme ce fut le cas contre Strasbourg, où Caen a été dominé pendant 40 minutes avant de prendre l’avantage). D’ailleurs, pendant le dernier match à domicile, contre Auxerre, la meilleur occasion fut ce débordement de Gouffran suivi d’un centre tendu qu’Elu a propulsé sur la barre. Les rôles inversés, mais une démonstration flagrante du potentiel de ce duo.
Déjà une pierre angulaire
Parce qu’il ne faut pas se leurrer. Si Caen va bien, ce n’est pas seulement que Jérémy Sorbon (le prochain portrait, promis) est monstrueux en défense (équipe-type de la première partie de saison dans France Foot, mais ça vaut ce que ça vaut). C’est aussi parce que Caen, qui n’a pas d’attaquant de renom (Gouffran n’est titularisé en pointe que depuis peu de temps) a une grande capacité à concrétiser beaucoup de contres, et possède beaucoup de joueurs capables de marquer (à défaut d’en avoir un capable de marquer 15 ou 20 buts en L1). Et Eluchans y est pour quelque chose. Pendant la bonne série caennaise, en fin d’année passée, les joueurs les plus brillants se comptaient à raison d’un par ligne : Planté dans les buts, Sorbon en défense, Promet au milieu, Eluchans sur l’aile et Gouffran en pointe.
Eluchans ne portera sans doute jamais les couleurs de l’Argentine (à moins d’une Copa America peu prisée par les stars de l’Albiceleste), mais s’il continue de bouffer la ligne avec tant d’enthousiasme (plutôt que de la rage ; la rage, dans le foot, c’est fait pour les loosers, c’est pour ça que Llacer serrait les dents et que Jurietti donne des claques) et à venir claquer un pion de temps en temps, Elu pourra au moins dire qu’il a conquis le cœur des Rouges et Bleus avec son éternel sourire de gamin ravi d’être là. La preuve ? Le kop de Malherbe, le MNK, a maintenant dans son répertoire un chant à la gloire d’Eluchans.
Bande-son du jour : Juicebox, des Strokes, aussi bouillant que le jeu d’Eluchans
Pendant que j’écris : Manchester se prend le bouillon face aux Spurs et perd toujours 1-0 à dix minutes de la fin...
» La tête et les jambes (et si l’Elu était Caennais ?) · 8 mars 2008 03:11 | |
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» La tête et les jambes (et si l’Elu était Caennais ?) · 9 février 2008 00:05 | |
Arsenic |
» La tête et les jambes (et si l’Elu était Caennais ?) · 8 février 2008 20:40 | |
Tim_Cahill |
» La tête et les jambes (et si l’Elu était Caennais ?) · 3 février 2008 19:09 | |
Fufu |
» La tête et les jambes (et si l’Elu était Caennais ?) · 3 février 2008 00:32 | |
Arsenic |
» La tête et les jambes (et si l’Elu était Caennais ?) · 2 février 2008 21:13 | |
kingsora |