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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d'un poète ? Fidèle abonné au Stade d'Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l'épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c'est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c'est toujours rock'n'roll.

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La crise de foi

La crise de foi
18/01

Stade Malherbe de Caen (14) - Stade Rennais (5) : 0-2

20e journée de Ligue 1

Dernier affrontement : Rennes 3-2 Caen

Buteurs : Kembo et Montano pour Rennes.

Arbitre : M. Chapron. Il n'est pas réputé pour être le mec le plus sympathique de L1, mais pour une fois, Tony La Biscotte n'en a dégainé aucune (ce n'aurait pas été volé à une ou deux reprises) et s'est contenté de faire son boulot sobrement.

Spectateurs... : 14 785.

Rassasiés par le spectacle ? : 2/5. Un match relativement chiant, entre une équipe dont chaque action était vouée à l'échec avant même d'être initiée, et une autre qui avait décidé de maîtriser la rencontre sans se mettre en danger - et qui y est parvenu.

Le geste du match : l'enchaînement de Kembo sur l'ouverture du score rennaise, évidemment. Contrôle, feinte de frappe, crochet intérieur, temporisation, frappe au premier poteau, but. Et quatre défenseurs médusés qui ont pris racine.

L'anti-geste du match : le dégagement en catastrophe du padawan Dark Thommy en pleine tronche de son copilote de Millenium Falcon, Wagué Solo, qui est tombé raide. Dark Thommy veut retrouver son maître Dark Leca, et de toute urgence.

L'homme du match : même si aucun des 22 acteurs ne fut particulièrement brillant, Kembo s'est bien amusé face aux piquets de ski caennais et n'a pas manqué d'allumer des mèches que les Normands ont eu toutes les peines du monde à éteindre.

L'anti-homme du match : Nabab a dû toucher en tout et pour tout trois ballons au cours de la rencontre, donc ce serait un peu salaud de le pointer du doigt. On va plutôt désiger Mboné, qui a réussi l'exploit de ne jamais être là où il le fallait pendant quatre-vingt dix minutes - essayez, vous verrez, ce n'est pas si simple. Trop peu de volume de jeu, trop mou à la récupération du ballon, introuvable au moment de remonter la gonfle... Ce n'est pas qu'il a fait un mauvais match, en fait, c'est plutôt qu'il n'a pas disputé de match du tout.
Compos :

Caen : Thébaux, Sorbon, Vandam, Heurtaux, Wagué, Mboné, Seube, Hamouma, Fajr, Bulot, Nabab ; F. DUMAS

Rennes : Costil, Danzé, Apam, Kana-Biyik, Théophile-Catherine, M'Vila, Féret, Pajot, Boukari, Kembo, Montano ; F. ANTONETTI


Le poste d'observation de Malherbe's Poetry : à la maison, avec Malherbe's Rhapsody, devant Foot +.

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T'es sympa, t'es très sympa, mais tu me fais les tranches un peu plus fines, s'il te plaît !

Le football, c'est un peu l'antithèse de la politique : quand on vous en parle, il est inutile de prendre de gants, il n'est pas nécessaire d'éviter les sujets que l'on maîtrise le moins, il n'est pas tolérable que vous n'ayez pas un avis sur tout. Le football, c'est un sujet de conversation merveilleux, et pour peu qu'on vous demande votre avis (et même si on ne le vous demande pas, d'ailleurs), il faut le donner, débarquer dans les discussions comme un terroriste bardé de Semtex dans une école primaire, et distribuer ses certitudes et ses avis tranchants sur tout et n'importe quoi. Plus votre interlocuteur semble calé, plus vous donnerez de références datées. S'il vous cause du Barça de Guardiola, pourrissez-le en parlant du Milan de Sacchi. S'il vous agresse à coups de buts dans les arrêts de jeu de Manchester en finale de Champion's League, démolissez-le en parlant des plus belles coupes d'Europe anglaises, celles de Brian Clough avec Nottingham Forest en 1979 et 1980. Le football, contrairement à tous les sujets sérieux tels que la science, la guerre, la crise financière, la politique et les films avec Eddy Murphy, se doit d'être abordé avec des certitudes et des convictions. Et c'est quand il ne vous en reste plus une seule que vous pourrez vous rendre compte que vous êtes vraiment dans la merde.

Demandez à Franck Dumas, si vous avez l'occasion de le croiser entre le casino de Luc-sur-Mer et le rayon charcuterie du supermarché Auchan de Mondeville 2, quels changements il apportera au plan de jeu face à Toulouse, dans deux semaines. Théoriquement, vous devriez voir apparaître un gros pli soucieux sur son front et l'entendre émettre quelques borborygmes inquiétants, qui en disent long sur le désoeuvrement dans lequel le Stade Malherbe est capable de nous plonger en période de crise. Le SMC n'a plus aucune certitude. Il avance à tâtons, confus, en s'excusant déjà d'être là. Sorbon joue à droite, dans l'axe, puis à gauche. Proment est titulaire, et puis c'est Mboné, et puis c'est Proment, et puis non, tiens, on va remettre Mboné. Wagué s'était montré intéressant, lors de ses premières sorties. Puis il s'est troué, avait été écarté et le revoilà titulaire. Frau, Nabab, Traoré, Niang, on ne sait plus qui mettre en pointe pour que ça marque des buts... Bulot a été essayé dans l'axe, est revenu sur son aile, a fait un nouveau détour par l'axe avant de réintégrer ses bases. Et puis qui titulariser en meneur ? Nivet ? Fajr ?

Dumas en est là. C'est-à-dire nulle part. Il ne sait plus. Quand il dresse sa composition d'équipe, avec un crayon à papier dans la main droite et une gomme rose et bleue dans la main gauche, il s'y reprend à plusieurs fois, intervertit les noms, dessine des points d'interrogation aux quatre coins du terrain, et finit par contempler son schéma final, en résistant à la tentation de rouler le paplar en boule et de l'envoyer à la corbeille. On a l'impression de voir Panoramix devenu sénile, dans le Combat des Chefs qui jette n'importe quoi dans sa marmite en espérant faire de la potion magique. Sauf que Panoramix, lui, il crée par erreur d'étranges potions aux effets secondaires inattendus. Dumas, lui, il fait de la soupe.

Stade Manette de Caen.

Avant même le début ce match face à Rennes, on savait déjà ce qu'on allait voir. Dumas et Antonetti qui se serrent la main en ayant l'impression de sourire à un miroir, Caen qui tente mollement des trucs, Rennes qui contre une fois ou deux, qui plante, Caen qui tente mollement des non-trucs, et Rennes qui empoche les points. Du coup, j'avais dit non, hors de question que je m'inflige ça, je vais plutôt faire un FIFA. Malherbe's Rhapsody a un peu gueulé parce qu'elle jouait à Zelda, mais rien à foutre, c'est moi le patron. Hop, c'est parti. Stade Malherbe - Stade Rennais. Tiens, quelle coïncidence ! Et j'ai paumé 2-0.

Déjà, le propre des équipes de second rang, sur FIFA, c'est que les visages des joueurs ne sont vraiment fidèles aux originaux. Les stars sont modélisées à la cicatrice près - Ribéry, c'est marrant, il est mieux fait qu'en vrai - alors que tous les Seube et tous les Nivet de ce monde sont grossièrement dessinés grâce aux modèles standard que propose le jeu - Nivet est chauve, Seube a les cheveux longs... Donc à Caen, tout le monde se ressemble. La crise a cela de terrible qu'elle érode les individualités qui parvenaient encore à s'exprimer malgré la médiocrité ambiante il y a quelques matches. Anéantis par la pression, par la peur de l'échec et par le manque d'ambition, les Caennais cessent d'exister en tant que groupe d'individus ; l'équipe n'est plus qu'un amas de joueurs moribonds qui n'osent plus prendre le moindre risque ni se mettre en valeur. Putain qu'il est fidèle à la réalité, ce jeu !

J'ai pris un but à la con en première période. Malherbe's Rhapsody avait servi l'apéro, et au moment où je me suis resservi en bretzels, j'ai dû lâcher la manette : Kembo en a profité pour enrhumer toute ma défense devenue immobile avant de balancer un Smarties dans les filets de Thébaux. 0-1. Bon, là, du coup, j'ai gueulé. J'ai envoyé la manette valdinguer à travers la pièce et renversé une carafe de flotte, incapable de comprendre comment l'Intelligence Artificielle avait pu tolérer qu'aucun de mes quatre défenseurs positionnés entre le tireur et le but n'ait esquissé le moindre geste pour empêcher le Rennais de frapper. Ou alors, c'est un bug ; je ne vois que ça pour expliquer le comportement de Seube, déposé par un crochet pourtant téléphoné et figé dans son intervention manquée.

C'est con, parce que je ne jouais pas trop mal jusque là, et qu'il va me falloir cravacher pour revenir au score à cause de cette ouverture du score plutôt sévère. Merde, ça fait longtemps que je n'ai pas joué à FIFA. C'est laquelle, déjà, la touche pour sprinter ? Bon, on s'en fout, on va faire sans. Du coup, mes joueurs avancent à deux à l'heure, mais je compense avec le jeu de passes. Juste avant la pause, Nabab s'envole seul vers les cages. Lui, même sans presser la touche de sprint, il cavale sa mère. J'ai jamais su négocier les un-contre-un : Costil dévie. Celui-là, le Costil, c'est quand même un sacré filou, parce qu'il faisait rigoler tout le monde dès qu'il se pointait à d'Ornano sous nos couleurs, en se prenant des grosses pilules, des buts rigolos ou des cartons rouges, mais depuis qu'il a changé de crèmerie, il ne fait plus marrer personne, surtout pas nous.

Bref, j'ai passé la moitié de la seconde période à lire le manuel pour retrouver cette foutue touche de "Sprint", et je me suis ramassé un autre but, un truc tout con, une frappe détournée par mon gardien que Montano a bien suivie pour l'expédier sous la barre depuis un angle fermé. Je voudrais pas dire, mais l'Intelligence Artificielle, c'est quand même sacrément de la merde, parce que tous mes défenseurs s'étaient barrés et qu'il n'y avait personne à droite. 0-2. J'ai tout tenté pour sauver l'honneur, j'ai écrasé la touche de tir avec Nivet, Hamouma, Nangis, mais tu parles, le ballon partait dans les nuages ou sur les gants de Benoît Costil. L'arbitre a sifflé la fin du match à l'instant précis où je me suis rendu comte que j'avais confondu la touche de frappe et la touche pour centrer. C'est peu dire que je ne pouvais rien faire, que ce match était perdu d'avance.

Les capitaines qui ne fuient pas le navire en plein naufrage...

Comme tous les ans, on entend déjà certains acharnés réclamer la tête de Franck Dumas pour cette nouvelle crise hivernale, outrés de voir leur équipe fétiche capable de tant de nullité. Sauf que dans le jeu, Malherbe est très loin d'être aussi médiocre qu'il l'a été aux mois de novembre et de décembre. Les Caennais ont frappé 13 fois au but samedi dernier, soit deux fois de plus que Rennes. Même constat un tout petit peu rassurant au niveau de la possession de balle, assez équilibrée finalement. Les transmissions caennaises ne sont plus aussi hésitantes, ni aussi molles que par le passé. Caen joue un peu mieux au football. Et c'est finalement encore plus troublant et inquiétant, parce que même en retrouvant quelque peu une certaine crédibilité dans le jeu, les Caennais restent incapables d'apporter le danger sur le but adverse, de trouver leurs attaquants, de s'ouvrir un espace de frappe. Tout ce que tentent les Francky Boyz semble vain. Ils sont déjà vaincus, jouent tête basse, sans le moindre projet de jeu ni la moindre confiance en leurs capacités à remonter la pente.

L'équipe du SMC est apparue si uniforme dans la médiocrité, si unie dans l'abattement, et pour tout dire si résignée, qu'on a un peu oublié d'être en colère. La crise prendra bientôt fin, et les Caennais en sont réduits à attendre que les beaux jours reviennent d'eux-mêmes plutôt que de provoquer leur bonheur. C'est long, un hiver sans neige.

"INSTANTANÉMENT COMME ÇA / REPRENDRE DE VOLÉE D'AUSSI LOIN / COMME ELLE VIENT"

Bande-son du jour : The devil, d'Anna Calvi, sur l'album éponyme.

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Le bulletin de notes :

Thébaux [6] : comme un agent immobilier à Bagdad.

Vandam [3] : comme un mirage du Sahara.

Heurtaux [5] : comme un couple de Coréens enfermé dans un bateau qui coule.

Wagué [3] : comme un figurant dans un film avec Clovis Cornillac.

Sorbon [4] : comme la barre d'un navire de croisière lancé sur un rocher.

Seube [3] : comme un appart décoré avec soin dans lequel pénètre Valérie Damidot.

Fajr [5] : comme un chef d'orchestre sans les cuivres.

Mboné [2] : comme un soldat japonais perdu sur une île déserte qui a loupé la fin de la guerre.

Bulot [4] : comme un lapin mécanique poursuivi par une meute de lévriers.

Hamouma [5] : comme un lévrier lancé à la poursuite d'un lapin mécanique.

Nabab [2] : comme au volant d'une Fiat Punto sans volant.

Nivet [4] : comme un type bloqué en 2009 qui a oublié de changer d'année depuis.

Nangis [4] : comme un flan pâtissier.

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Tous les scores :

Paris SG 3-1 Toulouse

Montpellier 1-0 Lyon

Caen 0-2 Rennes

Saint-Étienne 1-0 Sochaux

Nancy 2-2 Lorient

Bordeaux 2-1 Valenciennes

Dijon 3-1 Évian TG

Brest 1-0 Nice

Ajaccio 2-1 Auxerre

Marseille 2-0 Lille

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Le classement :

1. Paris SG 43 pts (+16)
2. Montpellier 40 pts (+17)
3. Lille 36 pts (+12)
4. Lyon 35 pts (+9)
5. Rennes 35 pts (+8)
6. Marseille 34 pts (+11)
7. Saint-Étienne 33 pts (+3)
8. Toulouse 31 pts (+1)
9. Bordeaux 26 pts (-1)
10. Lorient 25 pts (-3)
11. Brest 24 pts (+1)
12. Évian TG 22 pts (-4)
13. Dijon 22 pts (-13)
14. Valenciennes 20 pts (-4)
15. Caen 20 pts (-7)
16. Auxerre 19 pts (-5)
17. Nancy 19 pts (-9)
18. Nice 18 pts (-3)
19. Sochaux 18 pts (-14)
20. Ajaccio 18 pts (-15)

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Du côté du Facebook de Malherbe's Poetry :

Stéphan : "Dijon et Évian TG devant nous. Rien ne va plus"

Romain : "Je suis très inquiet quant à la suite du championnat et l'avenir du club : pas de jeu, mais vraiment pas de philosophie de jeu, des joueurs trop limités qui n'ont aucun automatisme..."

Sébastien : "Même pas un pénalty de Nivet à la 96e à se mettre sous la dent ... C'est dire..."

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