Gouffran, Nemesis du PSG
21 avril 2008 à 17:18
Amis du Gouffran, regardez-le bien,
Il vous attendait et vous le reverrez jamais.
SM CAEN – PARIS SG : 3 – 0
Buts : Deroin, Lemaître et Gouffran pour Caen.
Spectacle : 5 / 5, autant en tribune que sur le pré. L’un des plus beaux matches de ma vie à d’Ornano.
Arbitre : Hamel.
Affluence : 20.902 personnes, plus grosse recette de l’année.
L’homme du match : Gouffran, Promet, Deroin, Lemaître, Planté, Nivet…Plus sérieusement, Deroin a été monumental, débordant d’énergie et d’activité dans la bataille du milieu. Mais pour le symbole, Gouffran qui plante le PSG dans le dos, c’est mythique.
L’anti-homme du match : Ils ont été nombreux à se battre pour ce titre côté parisien. Les défenseurs latéraux Mamadou Sakho et Bernard Mendy (ovationné à son entrée sur le pré par son ancien public) ont été les 12ème et 13ème hommes côté caennais.
Qui l’eût cru ? C’est finalement le Stade Malherbe qui aura donné le coup de grâce au Paris SG, qui ne se relèvera sans doute pas de cette cinglante défaite en terres normandes. La déroute parisienne a été totale, et la victoire caennaise est apparue comme la démonstration d’une supériorité dans tous les domaines, un comble quand on se rappelle que les Parisiens visaient l’Europe en début de saison quand Malherbe murmurait timidement ses ambitions de maintien serein. Plus qu’une victoire donc. Le gros doigt boudiné de Francky Dumas pointe les carences parisiennes, quand ses garçons soignent leur démonstration du football total jusque dans la finition : un but du gauche, un but du droit, un but de la tête. Un but de l’enfant du pays normand, et deux signés par des natifs de banlieue parisienne, supporters avoués du club de la capitale.
La victoire sadique
Pendant toutes ces affaires burlesques de banderole, de dissolutions et de pseudo-supporters, j’avoue avoir plusieurs fois pris la défense du Paris SG ou tout du moins, avoir stigmatisé cette habitude des média à ne relever les débordements dans les stades que lorsque les Parisiens sont sur le pré. Après tout, des banderoles aussi connes, Lyon en a déjà brandies à l’attention de leurs voisins stéphanois.
Toutefois, jamais, depuis le début de la saison, il n’aura été donné à d’Ornano de regarder de haut un public aussi critiquable. Insultant jusqu’à l’encontre de la paisible mascotte du Stade Malherbe (un type déguisé en gros viking qui fait le tour de la pelouse en saluant le public), sifflant le speaker quand ce dernier leur demande s’ils sont en forme (les supporters marseillais, lyonnais, stéphanois, lensois, s’étaient contentés de manifester leur enthousiasme en braillant joyeusement), le public parisien craint parce qu’il fait naître de l’agressivité là où elle n’a pas lieu d’être. C’est de là qu’est née l’indignation envers la banderole déroulée au Stade de France : elle ne découle d’aucun antagonisme connu et aurait moins choqué dans un PSG – OM. Quand la bêtise se fait la maîtresse de la violence (au moins verbale) et qu’elles prennent ensemble pour cible un public aussi pacifique que celui du RC Lens, comment ne pas s’indigner ?
Au final, les supporters parisiens ne connaissent pas plus la limite entre l’humour et le mauvais goût (toute la différence entre la première banderole qui a amené le scandale, et la seconde, que les parisiens n’ont pas réussi à faire entrer dans le stade, et sur laquelle il était écrit : « Excusez-nous, on ne savait pas que vous saviez lire » - voilà qui était vraiment drôle, pour le coup). Quand toute la tribune parisienne se revêt de noir, endeuillée après la dissolution des Boulogne Boys, elle se complaît à massacrer cet élan solidaire lorsqu’une bagarre éclate entre supporters du même camp. Pourquoi la colère des parisiens, bien compréhensible au vu de la situation de leur club, s’est-elle dirigée ensuite vers le public caennais ? Pourquoi les projectiles quand un joueur caennais s’avancent vers eux pour tirer un corner ? Pourquoi cette agressivité ? Pourquoi la haine, clament les innocents, et on se contente de leur brandir un majeur pour toute réponse.
Autant on aurait pu être tristes d’expédier Lens en Ligue 2, autant nous fûmes donc ravis d’expédier le Paris SG en enfer. Surtout que j’avais reçu des consignes de mon beau-frère, fervent supporter sang et or. Aucun scrupule donc. Et même une bonne dose de chambrette dès le premier but normand.
Caen a expédié l’un des clubs les plus populaires de France en L2 ? Et alors ?
Une défaite au mérite
Surtout, on pourrait essayer de ne pas trop en faire avec cette victoire, parce que tout le mérite en revient aux Parisiens. C’est là que le bât blesse : quand on voit jouer le PSG, comment ne pas se dire que les hommes de Le Guen méritent ce qui leur arrive ?
Surtout, ne pas voir en cela une volonté d’incriminer un club qu’il est bon de détester, mais comme un point de vue objectif d’un naufrage collectif. Déjà, quand les minots de Paris peinaient à écarter l’ogre carquefolien de la Coupe de France, on avait de quoi être pris d’un doute. Mais quand Paulo Le Guen aligne son équipe type, le doute n’est plus permis.
Mamadou Sakho est une insulte faite au football. Chantôme est transparent, en plus d’être bête et méchant, à vouloir piétiner Nicolas Florentin au cours d’une action anodine. Luyindula est tellement à l’ouest qu’on a l’impression de voir jouer N’Gog. Mendy a placé son plus gros effort juste avant le match, en applaudissant le public caennais qui saluait son retour à d’Ornano. Armand, pas vraiment en reste au niveau de la dépense d’énergie, essaie de tout faire trop vite. Clément a réussi à être plus mauvais que Souza lorsque ce dernier est rentré. Pauleta a plus crié que couru. Yepes, loin d’être irréprochable sur les buts caennais, n’hésite pas à gueuler sur Grég Proment qui n’arrive pas à tirer son corner sous les projectiles de la tribune parisienne (bien mal lui en a pris, sur le corner susdit, Lemaître s’élève dans le dos de Jésus Yepes pour claquer un but). Et puis Bourillon, ben… Si je n’avais pas lu son nom sur la feuille de match, honnêtement, je n’aurais pas pu dire qu’il était sur le pré. « C’est le match le plus important de l’histoire du PSG », affirmait Le Guen avant le match. Tout le drame parisien est là. Ils préfèrent crever dans le vacarme que se mobiliser sans bruit.
Les parisiens, dans une incompréhensible configuration défensive, n’ont jamais paru en mesure de rivaliser avec une modeste équipe caennaise qui pour le coup, s’est sentie pousser des ailes. Il faut les voir les Parisiens, visages fermés, silhouettes fébriles, jouant nerveusement, poings et mâchoires serrés, comme un môme à qui on a piqué ses chocos dans la cour de récré. Du coup, c’est brouillon, il n’y a jamais trois passes correctes qui s’enchaînent, et c’est bien la première fois que je me dis que ce n’est pas toujours triste une bête qui agonise, meurtrie jusque dans sa fierté. C’est un fait, Paris manque cruellement de talent, autant tactique que technique.
Quelques occases, en passant, sans trop y croire. Une tête d’Armand, l’air de rien, une échappée de Diané, avortée avant même son accélération, Armand encore, qui détourne un coup franc de Chantôme et puis surtout, en début de match, cette tête de Camara, qui oblige Planté à un arrêt d’extraterrestre, un de ces arrêts que Landreau est tout à fait incapable d’imaginer en ce moment.
Le rôle du bourreau
Confrontés à la mort annoncée d’une équipe parisienne désoeuvrée, les Caennais attendent leur heure. Après un incroyable échec de Jemâa en début de rencontre, servi sur un bijou de Gouffran, Malherbe sait qu’il suffit d’attendre, l’air innocent et désinvolte. Tiens, peut-être que Jemâa avait compris le rôle qu’on voulait faire jouer aux Caennais. Il aurait pu fusiller Landreau à bout portant, seulement, le rôle du bourreau, très peu pour nous. Du moins, pas quand c’est trop facile. Vous comprenez, on ne nous a pas appris à tirer sur un adversaire désarmé.
Du coup, les trois buts de Caen sont des petits bijoux. Le premier surtout, nommé But de la Semaine chez France 2 Foot. Une action d’anthologie initiée par Jemâa qui bascule le jeu au terme d’un mouvement en solo, une combinaison futée sur l’aile gauche pour éloigner les parisiens, un centre presque trop long, un Titi pas parisien à la réception, reprise du plat du pied. On dit que le silence qui suit un morceau de Mozart est encore de Mozart. Eh ben l’éruption enthousiaste qui a suivi ce chef d’œuvre était siglé made in d’Ornano. Et voilà. Un nabot qui atteint péniblement le mètre 60 vient de catapulter Paris en enfer, d’un superbe cachou plat du pied-sécurité au premier poteau.
La bête blessée va bien essayer de filer quelques coups de griffes, mais elle attend surtout qu’on l’achève. Les Caennais n’oublient pas de pratiquer un football somptueux, comme rarement il nous aura été donné l’occasion d’en contempler en Normandie. Sorbon n’a même pas besoin d’être bon, les occasions n’arrivent pas jusqu’à lui. Il s’est contenté de museler efficacement Pauleta sans s’affoler. Leca, pas vraiment inspiré en début de match, s’est remis rapidement sur la bonne voie. Lemaître, en revanche, qui remplacera Seube jusqu’à la fin de la saison, s’est montré explosif et a toujours fait les bons choix. Un but, une passe décisive (bon, est-ce qu’il visait vraiment Deroin qui cavalait bien loin du but, c’est pas sûr), serveur, l’addition, gardez la monnaie. Proment s’est montré magistral dans la récupération, comme d’hab, bien aidé par Benji Nivet, qui a fait son meilleur match sous les couleurs caennaises. Gouffran, plus motivé que jamais à l’idée d’affronter des Parisiens qui n’ont pas manqué de lui cracher à la gueule quand il leur a tourné le dos (ce qui est physiologiquement compliqué, vous en conviendrez), a prouvé à Cayzac qu’il aurait pu être la réponse idéale aux maux parisiens (manque de mobilité, incapacité à conserver le ballon, jeu de passes indigent, des domaines où le 10 caennais n’a que peu d’équivalents en Ligue 1). Et puis Deroin, époustouflant, précis dans le jeu, décisif comme il lui arrive de l’être souvent dans les moments cruciaux.
Les deux derniers buts caennais apparaissent comme autant d’indices indiquant que les carences du PSG sont irrémédiables. Une immobilité et une absence de marquage honteuses offrent à Lemaître l’occasion de planter son deuxième but de la saison, son deuxième de la tête, une preuve supplémentaire que si le foot ne se jouait qu’avec la tête, il serait Zidane.
Les supporters parisiens, désabusés, comprennent enfin ce qui transparaissait dans le jeu de leur équipe depuis un bon moment : il n’y a plus d’espoir. Un trublion se glisse sur la pelouse pour invectiver Landreau avant de se carapater courageusement pour rejoindre les siens. Déjà que les Parisiens ne brillaient pas par leur confiance en eux, comme dit Le Guen, là, « ils touchent » carrément « le fond ».
Le spectacle n’est pas complet, il manque le plus beau. Comme Zidane contre l’Espagne qui s’en va claquer un troisième but pour la cause et pour l’honneur, Gouffran s’échappe, idéalement servi par Nivet, évite Landreau complètement aux fraises et trouve le but dans un angle pas évident. Voilà, ce qui suit, on l’avait tous prévu, tous annoncé : Gouffran a attendu d’être du bon côté du pré pour marquer et ainsi aller cavaler devant les supporters parisiens défaits. La main derrière l’oreille, l’air de dire « Ben alors ? Qu’est-ce que vous disiez ? », Gouffran parade, savoure le bon choix qu’il a fait quatre mois plus tôt. « Paris en Ligue 2 », hurle le rancunier public caennais à l’unisson, avant de scander le nom de son prodige. Les joueurs de Malherbe font leur tour d’honneur parce qu’ils savent qu’en plus du maintien, ils auront témoigné en un match de leur capacité à évoluer au plus haut niveau. Lyon, la semaine prochaine ? Facile.
Caen est sauvé, Paris presque condamné. Ce match avait presque une saveur de tragédie grecque : une mise à mort annoncée, un désespoir inhibant pour un adversaire désinhibant, la victoire de la vertu et de la patience, le triomphe du petit David Deroin contre le grand Goliath Pauleta, trois coups de poignard de toute beauté. En fait, il n’y avait que les doigts d’honneur qui cadraient pas trop avec une œuvre d’Homère.
« INSTANTANEMENT COMME CA / REPRENDRE DE VOLEE D’AUSSI LOIN / COMME ELLE VIENT »
La bande-son de la semaine : Death Or Glory, des Clash, sur le plus grand album de tous les temps, London Calling.
Pendant que j’écris : le Milan épluche la Reggina et Inzaghi me fait toujours autant marrer à réclamer des pénos alors que son équipe mène déjà par deux buts d’écart et que c’était déjà deux pénos.
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