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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d’un poète ? Fidèle abonné au Stade d’Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l’épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c’est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c’est toujours rock’n’roll.

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Football épique (Billet d’avant-match Lyon – Caen)

26 avril 2008 à 16:37 Football épique (Billet d’avant-match Lyon – Caen)

Si le niveau de la Ligue 1 est globalement et logiquement décrié, la lente agonie du Paris SG est là pour nous rappeler ce que le football peut encore être spectaculaire, haletant. Si les joueurs comme Georgie Best, Cantona ou Maradona n’ont aucun équivalent aujourd’hui, leurs cadets sont considérés, au choix, comme des mercenaires ou des gladiateurs des temps modernes et le foot nous offre encore les derniers affrontements épiques que nos sociétés occidentales peuvent connaître.

Tout le monde a au moins entendu une fois cette phrase de Pierre Bourgeade, paraphrasant Clausewitz : « Le football est la poursuite de la guerre par d’autres moyens ». A une heure où l’organisation des Jeux Olympiques illustre à quel point le sport peut influer les relations diplomatiques et plus généralement tout le petit théâtre de la géopolitique, on doute néanmoins du bien-fondé de cette affirmation sentencieuse, condamnant l’importance accordée au football en dehors du contexte sportif.

Sauf que Bourgeade a admis par la suite ne manifester aucune passion particulière pour le football, et comme disait Coluche : « On ne peut pas se moquer d’un funambule quand on ne sait pas marcher sur un fil ». Si le football ne revêt pas l’importance politique que Bourgeade semble vouloir lui accorder (en dehors de l’organisation des Coupes du Monde, ou, à plus petite échelle, lorsque des clubs bénéficient de soutiens politiques et/ou financiers, comme le Real en Espagne), il est en revanche un ciment social et populaire extraordinaire, en même temps que l’ultime contexte permettant de voir s’affronter et se déchirer les plus grandes idoles de notre temps. Si cela a le don d’exaspérer ceux qui abhorrent le football et qui ne voient en cela qu’une mascarade grotesque, d’autres n’hésitent à voir en le football l’univers où se jouent les derniers combats épiques de notre temps.

D’aucuns voient donc en ces considérations grandiloquentes un délire sans nom. Mais regardez cela de plus près.

Le football est le denier spectacle convoquant toutes les émotions et valeurs chères à l’œuvre d’Homère : personnages hauts en couleurs, aux traits d’esprit tellement exagérés qu’ils en deviennent caricaturaux (brutes acharnées comme Roy Keane, éternels incompris comme le Roi Cantona, idoles intouchables mais semblables à des vases vides comme ZZ ou Messi, provocateurs arrogants comme Cristiano Ronaldo ou Maradona), chutes annoncées et pathétiques de héros du passé (le Paris SG, à l’heure actuelle, et comment douter de l’influence du football quand on voit le drame national et l’importance accordée dans les médias aux difficultés du club de la capitale), élans messianiques autour de personnages idolâtrés (il existe une église dédiée à Maradona, eh oui), morts magnifiques (Zidane, qui quitte le monde du football sur un coup de boule rageur), amours tumultueuses (Ronaldo et son ancien public de Bernabeu, qui adorait et raillait son prodige), miracles populaires (Calais en finale de Coupe de France comme Carquefou en demi-finale qui domine Paris dans le jeu). Seuls quelques anti-héros, tel Georgie Best, auront échappé au spectacle chorégraphié que figure le football aujourd’hui. Et ils ne s’en sont en général pas remis.

En même temps qu’il est un divertissement extrêmement populaire, le football demeure la mise en scène de l’affrontement des plus grandes idoles de notre temps. Il suffit de se souvenir de ce Brésil - France lors de la dernière coupe du monde (rien de moins que Zizou, Henry, Barthez, Thuram, Ronaldinho, Ronaldo, Kaka, Roberto Carlos, Cafu sur la feuille de match). Ce but d’Henry sur un service de Zidane, c’est la version moderne de la prise de Troie, l’aboutissement d’un siège haletant et spectaculaire, Zidane est Ulysse et Titi s’est mué en Achille. En ce moment, comment qualifier les matches tels que Manchester – Barcelone (en Ligue des Champions) ou Chelsea – Manchester (en Premier League, aujourd’hui), sinon d’épiques ? Comme les textes légendaires de l’antiquité, notre époque de super-communication a réussi à faire d’hommes presque ordinaires des héros fantasmés, plus admirés et rémunérés encore que des rock stars. Grâce à la publicité et plus généralement à la télévision, les joueurs de football sont devenus ce qu’ils n’auraient jamais dû être : des modèles.

Convoquant tour à tour le tragique (la saison du PSG, et même des événements plus ponctuels, comme les penaltys ratés du Becks en 2004 et de C. Ronaldo mercredi dernier) et le magnifique (triplé et ovation du public adverse pour Ronaldo à Manchester en 2003, et puis les matches historiques comme France – Brésil 86 ou 98), le burlesque (la Main de Dieu) et les actes héroïques (Beckenbauer qui finit un match avec un bras bandé), le football ne se distingue donc des affrontements épiques que par une seule chose : rien ne garantit que la morale triomphe.

La preuve : c’est que le PSG est bien capable de battre Auxerre et de se maintenir en Ligue 1 contre toute attente.

Faisons la part des choses. Pour que Caen batte Lyon ce soir, il va falloir aller plus loin que la baston épique ; il faudra faire dans le biblique, le David contre Goliath.

La bande-son du jour : Pourquoi pas Battle de Blur sur l’album 13 ?

Pendant que j’écris : Chelsea, Ballack et Drogba viennent de croquer Man Utd et relancent le suspense en Premier League, et puis Liverpool perd 1-0 à Birmingham (ça fait tâche, quand même).






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