Entretien avec Ronald Zubar
28 mai 2008 à 16:52
Bonjour Ronald. Deux ans après ton départ, quel bilan fais-tu de ton expérience olympienne ? On se doute bien que tu n’étais pas parti pour faire banquette, alors comment le vis-tu ? Mon bilan n’est probablement pas en rapport avec les objectifs que je m’étais fixés initialement, lorsque j’ai signé mon contrat. Ma première saison était pourtant très encourageante avec une place de titulaire et des performances positives dans l’ensemble. Cette saison, la concurrence s’est accrue dans l’axe de la défense. Julien Rodriguez est arrivé pour recomposer son association monégasque avec Gaël Givet. Ensuite, j’ai subi des problèmes personnels importants très difficiles à vivre psychologiquement. A cela s’est ajoutée une blessure à la cuisse qui m’a handicapé en tout début d’année. Ensuite, dès que j’avais l’opportunité de jouer, j’avais un peu le couteau sous la gorge mais je n’ai jamais baissé les bras. J’en ai été récompensé en fin de saison.
A Caen, la rumeur de ton retour est récurrente. Cette année, on annonce l’arrivée d’Hilton à l’OM, on se doute que tu vas vouloir te barrer ? N’est-ce pas le moment de revenir ? Ce n’est absolument pas d’actualité. Peut-être en fin de carrière. J’ai goûté à la coupe d’Europe cette saison avec l’OM, l’objectif est donc pour moi de continuer à jouer cette compétition et les premiers rôles en championnat, avec l’OM, ou ailleurs.
Eric Gerets a été nominé aux Oscars du foot pour le poste du meilleur entraîneur. C’est pas insupportable qu’un entraîneur qui te laisse sur le banc soit considéré comme l’un des meilleurs ? Pas du tout, Eric Gerets m’a donné ma chance lorsqu’il est arrivé à l’OM mais je n’ai tout simplement pas été à la hauteur. J’ai raté quelques matchs. Ensuite, je me suis blessé presque deux mois. J’ai respecté ensuite ses choix, d’autant que l’équipe tournait bien à ce moment. Néanmoins, au final, j’aurai joué une vingtaine de matchs cette saison, ce n’est pas si mal.
Honnêtement, Emon, qui te faisait jouer deux fois plus, c’était pas le bon temps ? Non, avant son éviction, Albert Emon me faisait jouer arrière droit, un poste qui me convenait peu. Mais je le remercie infiniment pour sa confiance. Après, je dois respecter les choix du club auquel j’appartiens.
Sincèrement, penses-tu que ton sort est mérité ou que l’on ne t’a pas donné assez ta chance ? C’est un peu les deux. A Marseille, tu n’as pas beaucoup de crédits pour prouver ta valeur. De plus, comme je l’ai dit précédemment, l’équipe marchait vraiment bien sans moi. Mais dans le foot, la roue tourne toujours, il faut savoir être patient et opportuniste.
Comment ça se passe depuis le départ de Ribéry et de ses blagues ? Quels joueurs mettent l’ambiance dans le vestiaire ? Djibril Cissé, Mamadou Niang et Kaboré. Akalé a aussi ajouté son grain de sel lorsqu’il est arrivé au mercato d’hiver. Mais chacun apporte sa touche personnelle.
C’est pas un peu difficile de se retenir de rigoler, quelquefois, quand le Djib entre dans les vestiaires ? C’est vrai qu’on le chambre régulièrement. Il est parfois surprenant…ou ridicule selon les goûts. Il a peut-être ramené ce style d’Angleterre…quoique…Steven Gerrard se moquait déjà de lui aussi à l’époque…
Comment faites-vous, à l’OM, pour commencer si mal le championnat et finir si bien comme l’an dernier ? Nous n’avons pas la réponse sinon nous aurions corrigé le tir cette saison. Mais des changements de joueurs sont intervenus à chaque ligne ces deux dernières saisons. Peut-être qu’un peu plus de stabilité aurait évité des débuts difficiles voire chaotiques. Après, quand tu es pris dans une spirale négative, c’est toujours difficile d’en sortir. A chaque fois, nous avons su relever la tête, preuve que le talent ne manquait pas.
Le Zénith Saint-Pétersbourg vient de remporter la Coupe de l’UEFA après avoir piétiné le Bayern 4-0 en demies. On disait que c’était vous qui étiez nuls, mais en fait, ce sont eux qui sont super forts ? Bien sûr que le Zénith était très bon, surtout sur leur terrain dans une ambiance survoltée. N’oublions pas que cette équipe a sorti Villarreal, l’OM, le Bayer Leverkusen et le Bayern Munich et battu les Glasgow Rangers en finale. Le regret vient surtout du fait que nous aurions pu les atomiser au Vélodrome.
Peux-tu revenir sur l’histoire de racisme que tu as connue là-bas ? Je me suis déjà exprimé à ce sujet, je vous invite donc à consulter mon impression sur mon site Internet.
Quel est ton meilleur souvenir sous le maillot de l’OM ? Lors de ma première saison, les victoires au Parc des Princes (1-3) en championnat et contre Lyon au Vélodrome (2-1) en demi-finale de la Coupe de France.
Le pire souvenir ? La finale contre Sochaux au terme de laquelle je rate mon tir au but. Et la défaite cette année contre Carquefou.
Quand tu es parti de Caen, on disait que tu étais le futur Gallas ; mais aujourd’hui, n’as-tu pas peur de finir comme David Sommeil à Valenciennes ? Déjà, David Sommeil a réalisé une très belle carrière. Mais comparer un joueur à un autre est toujours difficile. Me comparer à Gallas est un honneur mais je ne suis qu’un apprenti à côté de lui pour le moment. J’ai beaucoup de choses à prouver mais chacun fait son chemin et celui-ci est unique (sic).
En 2006, tu figurais encore dans l’équipe de France espoirs, la suite logique voudrait que tu intègres la France A. Bon là, on imagine que ce sera compliqué pour les vacances organisées de Domenech en Suisse ? (interview réalisée avant l’annonce de la première liste des 30 joueurs établie par Raymond Domenech). Ouais, là, c’est impossible. Il faut quand même savoir rester modeste et lucide. Ma saison n’a pas été satisfaisante. Pour prétendre à l’équipe de France, il faut enchaîner les performances au très haut niveau.
Ton frère a eu quelques problèmes avec le staff de Malherbe. Franchement, ça devait être super grave pour qu’ils l’envoient en Belgique ? Il ne s’entendait plus avec Franck Dumas, Stéphane voulait plus de temps de jeu. Il a donc été prêté en Belgique, c’est mieux de jouer en D1 Belge qu’en CFA. Je suis allé le voir contre Anderlecht, j’ai été surpris par le niveau et le rythme. Je pense qu’il a fait un bon choix.
Quand j’ai consulté ton profil sur ton site Internet, j’ai remarqué que ton palmarès n’était composé que de places de finaliste ou vice-champion. Tu portes la poisse ou quoi ? Je ne me pose plus la question, on verra la prochaine fois. On dit jamais 2 sans 3 : j’ai déjà perdu 3 finales, alors il est temps de repartir à zéro.
Tu écoutes quoi comme style de musique avant les matchs ? Comme tous les autres Marseillais, tu adores Soprano ? J’écoute du Reggae, du Zouk, du R’n’B, du rap mais aussi de la variété Française. Soprano, j’adore, j’ai même sympathisé avec lui.
Est-ce que tu suis toujours le Stade Malherbe et ses résultats ? As-tu encore des contacts avec les joueurs actuels ? J’ai toujours suivi les résultats du Stade Malherbe car c’est l’équipe de mon cœur et elle le restera à jamais. J’ai encore des contacts avec le président M. Fortin mais aussi des joueurs comme Reynald Lemaître, Yoan Gouffran et même Jean-Marc Branger, le préparateur physique.
Pour finir, revenons-en à un sujet qui fâche. Si le deuxième but de Toudic est validé au Vélodrome, fin janvier, tu ne crois pas que vous auriez perdu le match et que Malherbe s’est fait voler ? C’est difficile à dire mais il est vrai que les Caennais auraient pris une belle option sachant qu’on aurait été chahuté par nos supporters. On aurait même pu sombrer. Mais on aurait aussi pu revenir rapidement et l’emporter tout de même, on ne le saura jamais.
Propos recueillis par Julien Mahieu pour So Foot Cette interview a été réalisée en collaboration avec la Sarl CINS (www.cins.fr) représentée par Dimitri Rousseau
Retrouvez cette interview sur le site www.ronald-zubar.com