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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d’un poète ? Fidèle abonné au Stade d’Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l’épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c’est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c’est toujours rock’n’roll.

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Chronique de la chute de Malherbe 2.0

21 juin 2009 à 12:42 Chronique de la chute de Malherbe 2.0

La saison du Stade Malherbe s’est achevée dans un climat morbide, et les éclats de joie des Bordelais venus fêter leur titre au stade d’Ornano, s’ils n’y sont pas tout à fait étrangers, sont loin d’être les premiers responsables de l’état comateux qui a suivi le coup de sifflet final et l’officialisation de la relégation caennaise. Un lendemain de cuite plus tard, la presse qualifiait le parcours du Stade Malherbe de véritables gâchis, et il serait difficile de lui donner tort. Malgré toutes les réserves que l’on pouvait avoir en début d’exercice quant à la profondeur de l’effectif, aux ambitions de quelques joueurs et au recrutement carrément suspect (à l’exception de Savidan et Barzola), qui aurait pu imaginer que Caen puisse tomber si bas ? La qualité des joueurs aurait dû nous préserver d’un parcours si catastrophique. En une seule saison en Ligue 1, Malherbe avait réussi à construire quelque chose dont les fondations avaient été posées pendant deux brillantes années en Ligue 2. Seulement, l’ensemble demeurait fragile, difficile de ne pas en être conscient. Il y a encore un an, Caen avait une identité de jeu, un style souvent spectaculaire à défaut d’être toujours efficace, une image d’équipe digne du milieu de tableau de Liguorange, bref, Caen imposait le respect.

Comment tout cela a-t-il pu être réduit en cendres en quelques mois seulement ? Ceux qui prétendent que la convocation de Steve Savidan en Equipe de France a été le tournant de la saison ont tort : depuis un moment déjà, Malherbe prenait l’eau de toute part et Dumas colmatait les brèches, comme il pouvait. Il serait mensonger de dire que Caen était condamné dès l’entame du championnat, mais le spectre du naufrage collectif rôdait déjà, et on ne peut pas dire que beaucoup, parmi les joueurs et le staff, ont fait quoi que ce soit pour prévenir la chute sans fin d’une équipe trop tôt désolidarisée.

C’était la deuxième fois dans l’histoire du Stade Malherbe que le club avait l’opportunité de franchir un véritable palier, celui qui sépare les équipes qui végètent dans les profondeurs de la Ligue 1, cherchant à se sauver le plus vite possible et à se vautrer dans le confort du milieu de tableau s’il y a la place, des équipes solidement ancrées dans l’élite, naviguant au gré des vents entre la 5e et la 12e ou 13e place (l’exemple parfait étant Nice). La première fois que Malherbe avait les clefs pour se faire une place au royaume des insouciants, c’était il y a 15 ans. Les Rouge et Bleu semblaient s’être installés dans la durée en Première Division, avaient trusté la cinquième place en 1992 et s’étaient qualifiés pour la Coupe UEFA. Au lendemain de la Coupe du Monde américaine, Malherbe se découvre des ambitions de splendeur, recrute Kenneth Anderson (un nom qui fait encore frémir tout d’Ornano aujourd’hui), et s’en va le cœur léger à l’assaut d’une saison qui s’annonce radieuse. Dix mois plus tard, Caen est avant-dernier (calé entre Sochaux et Saint-Etienne, comme par hasard – encore que Nantes était champion) et se trouve éjecté à l’étage inférieur. Malherbe a raté sa mue. 15 ans plus tard, le Stade Malherbe 2.0 avait de nouveau les cartes en main, et s’est empressé de renouer avec les erreurs du passé, à l’amorce d’une saison pourtant pleine de promesses. Savidan interprète Kenneth Anderson dans le rôle de la star offensive qui se brûle les ailes et se trouve prise en grippe par ses coéquipiers et une partie du public (la comparaison s’arrête là, absolument personne ne pouvait saquer Anderson, et son bilan sportif ne valait rien quant à celui de Savigol qui, mine de rien, a encore mérité son surnom cette saison). Et le Stade Malherbe 2.0 s’est planté, dans les grandes largeurs. Tellement planté qu’on a sincèrement du mal à retenir le moindre point positif de cette saison au purgatoire.

En ce moment, c’est le grand ménage de (fin de) printemps en Normandie. Ben K. a signé à Valenciennes, Savidan a déjà plié ses bagages mais ne sait pas encore où les poser, Lemaître va rejoindre Nancy, Planté est à 95% à Grenoble, Sorbon semble sérieusement courtisé par au moins deux clubs de Ligue 1, Seube ne serait pas contre prendre l’air ailleurs… Eh ouais, tous les meilleurs se font la malle, c’est la saignée, la vraie, la brutale, c’est clairement la fin d’une ère, la fin d’une équipe qui œuvrait dans la continuité et évoluait par petites touches depuis plusieurs années. Et parce que Malherbe s’en voudrait de rater sa sortie, le club se paie une bonne petite crise pour fêter la descente. Comme les grands, ça se passe par voie de presse interposée… A la barre des plaignants, Brahim Thiam, qui va poursuivre son aventure glamour à Reims, et Florian Boucansaud, un rien frustré de deux saisons à cirer le banc caennais. Thiam et Boucansaud. Ouais, bon, on a les crises qu’on mérite aussi, mais bref… Les deux défenseurs, toujours aussi durs sur l’homme, s’en prennent à la direction et au coach, corroborant au passage cette rumeur presque délirante, il y a encore quelques semaines, d’un vestiaire scindé en deux. Caen n’est plus cette grande famille chapeautée par un coach caractériel mais bienveillant. Le vestiaire sentait même carrément le souffre, à en croire les propos de Brahim et Florian. Même Ben K. a noté que certains joueurs avaient des traitements de faveur.

Car si le président Fortin, généreusement brocardé pour sa communication défaillante, se fait voler dans les plumes, c’est surtout Big Francky qui en ramasse plein les dents. Trop permissif, incapable de gérer un vestiaire, et surtout (et ça, on n’avait besoin de personne pour s’en rendre compte) incapable de trouver des solutions sur le terrain. L’important, finalement, n’est pas dans les propos tenus dans ces règlements de compte. L’important, c’est que ces règlements de compte aient lieu. Pas de doute, c’est la fin d’un cycle.

Mais cela aussi, il y a un bon moment qu’on l’avait pressenti, il suffisait de regarder jouer Malherbe cette saison pour comprendre que l’équipe avait atteint ses limites et n’allait pas tarder à exploser en plein vol. Du point de vue du jeu, la réputation d’équipe joueuse qui accompagnait le SM Caen aux six coins de l’Hexagone aura été carrément usurpée cette saison. Les Francky boys n’ont rien montré du tout, ou si peu. A part les victoires probantes contre Valenciennes et Nantes (3-0) en début de parcours, les supporteurs caennais n’ont pas eu grand-chose à se mettre sous la dent. Envolé, le style chatoyant de la saison 2008-2009. Les prestations individuelles ne sont pas vraiment en cause, puisque à l’exception de Sorbon, qui est carrément passé de son sujet (il faut dire qu’il a dû composer avec pas moins de cinq partenaires différents dans l’axe – Boucansaud, Gomis, Leca, Seube, Svenssön – et dans le tas, seuls deux étaient des défenseurs centraux de métier), tout le monde a rendu une copie globale à peu près honorable (Lemaître, Seube, Ben K, Savidan, Nivet).

Non, c’est surtout le collectif normand qui est à pointer du doigt. Appels dans le vide en attaque, déséquilibre affligeant de la formation (mais qui jouait sur l’aile gauche ?), peu de solutions pour le porteur du ballon, courses dans le mauvais tempo… Ce serait donc la solidarité qui a fait défaut à Malherbe, et voilà accréditée la thèse de l’ambiance pourrie dans les vestiaires qui gangrène les prestations sur le terrain. Ajoutons à cela les bourdes monumentales qui ont plombé certains matches (Gomis, Boucansaud…) et le compte est bon : Malherbe est dix-huitième. Caen n’était pas bon derrière, Caen était médiocre devant (Savidan a certes planté 14 pions mais il est passé au travers de pas mal de matches, et, le croirez-vous, il est le seul attaquant professionnel à avoir marqué cette saison pour Malherbe), Caen était surtout à la rue.

Si Malherbe n’a jamais régalé ou presque sur le pré, il a même oublié de faire rêver. L’image du club romantique capable de se ramasser cinq buts un samedi pour en inscrire autant le week-end suivant s’est définitivement estompée. Sur les dix-sept défaites enregistrées cette saison, treize l’ont été avec seulement un but d’écart, les quatre autres par deux buts d’écart. Caen n’a jamais ramassé de pilule cette année. Et sincèrement, on aurait préféré. Qui sait si cela n’aurait pas invité les Francky boys à faire preuve de davantage de réaction et d’orgueil ? De la même façon, Caen n’a jamais inscrit plus de trois buts au cours d’un même match. Cette tendance à ne plus tomber dans la démesure au niveau des résultats, qui avait fait de Caen la 4e meilleure attaque et la 4e pire défense du championnat l’an dernier, pourrait être anodine, si elle n’était pas en fait révélatrice de toute la médiocrité de la régularité de Malherbe : sans jamais sombrer, ni briller de mille feux, Caen s’est trouvé une ligne de conduite morbide, à se satisfaire du minimum (les deux victoires 3-0 étaient acquises à la mi-temps, tout un symbole), à lutter vainement ou à vaincre sans gloire, sans bruit, sans coup d’éclat, sans coup de semonce. Malherbe est relégué dans la discrétion la plus totale, selon une logique implacable.

Combien de fois a-t-on entendu cette saison que Caen était tombé sur plus fort que lui ? Encore un indice de cette saison moisie, Caen n’a jamais su faire tourner les situations à son avantage, renverser le cours d’un match ou forcer un peu le destin. Jamais on n’avait vu les Normands s’avouer aussi vite vaincus à chaque match. Pire, Malherbe a aussi pris la mauvaise habitude de se laisser remonter au score alors que le match semble sous contrôle. A huit reprises, les adversaires des Caennais, menés au score, ont réussi à égaliser, et parfois à reprendre l’avantage. Voilà, on a mis le doigt dessus : Caen manque de caractère. Terriblement. Ce n’était pas tellement mieux l’an dernier, mais au moins, les mecs jouaient bille en tête, se donnaient à fond, même dans le grand n’importe quoi, quitte à se foirer magistralement, ils y allaient. Cette année, ce fut le néant total. Le moral dans les chaussettes pendant plus de six mois, près de quinze matches sans victoire, et rien, absolument rien, pour relever le niveau. De la même façon, Malherbe n’a pas réussi à arracher la moindre victoire face aux quatre premiers du championnat. La saison passée, Caen avait tapé Lyon (1-0), Bordeaux (5-0), le Paris SG (1-0, 3-0). Cette saison, zéro points pris contre Bordeaux, zéro contre Lyon, zéro contre l’OM, zéro contre Paris. Bon il faut avouer aussi que Malherbe n’a vraiment pas eu de bol, entre les blessures simultanées (hop, tous les milieux de terrain à l’infirmerie en décembre) et le calendrier cauchemardesque (Bordeaux pour ouvrir les hostilités, Lyon avant la trêve hivernale, et les deux à la suite pour achever la saison en beauté), on avait tous les ingrédients pour se gaufrer. Jamais Malherbe n’a trouvé l’inspiration pour se transcender, jamais on n’a vu le collectif normand faire preuve d’imagination pour arracher quelques points par-ci par-là, ces quelques points qui nous auraient amplement suffis à l’heure des comptes. Et il faut bien avouer que Big Francky y est sûrement pour quelque chose. Le coach caennais n’a jamais voulu, ou pu, bouleverser son schéma tactique ou sa composition, il n’a même jamais tenté le moindre remaniement tactique (en est-il seulement capable ?). Il n’a pas essayé. Il n’avait pas l’effectif pour le faire. Toudic et Adnane sont incapables de remplacer efficacement Savidan en pointe, Raineau n’a jamais su se faire une place au milieu, Van La Parra est déjà limite en CFA et n’a donc pas le niveau de la Ligue 1, Eluchans et Florentin n’ont jamais convaincu à gauche, et l’effectif du Stade Malherbe manquait affreusement de profondeur. Il aura fallu attendre les dix derniers matches pour voir enfin surgir Yatabaré en équipe première, et on aurait bien aimé voir comment les choses auraient tourné si Dumas avait eu la bonne idée de balancer quelques jeunes joueurs un peu plus tôt dans le grand bain, puisque les titulaires semblaient incapables du moindre sursaut d’orgueil. L’enthousiasme des minots aurait sans doute apporté beaucoup à un vestiaire bien morne, par exemple. Est-ce un hasard si Yatabaré fut, avec Seube, le meilleur joueur caennais de la fin de saison ?

Malherbe 1.0 a mis plus de dix ans à se remettre de sa première métamorphose foirée jusqu’à ce que Franck Dumas insuffle un vent nouveau dans le cœur des Caennais pour nous proposer le plus beau football qu’on ait vu à d’Ornano, pendant trois ans. Espérons que Malherbe 2.0 ne bourlingue pas pendant dix piges dans les mornes plaines de la Ligue 2.

L’équipe devrait être rénovée de fond en comble et ce sont toujours Fortin et Dumas qui sont en charge des travaux, confortés à leur poste par un comité de Direction sans doute un peu furax, qui a insisté sur les efforts de communication que va devoir faire le duo à l’avenir. Pas sûr que le choix de laisser Dumas à son poste soit judicieux, au vu des critiques qui se sont abattues et qui continuent d’ailleurs de s’abattre sur lui, et du bordel dont il semblait être le centre de gravité dans le vestiaire caennais. Mais bon, si Malherbe pouvait retrouver un peu de sa superbe, ce sera à lui qu’on le devra. Finalement, c’est bien Dumas qui a réussi à construire cette équipe capable du football champagne le plus déluré. Il va sûrement falloir deux ou trois ans à Malherbe pour se reconstruire, soyons lucides. Et Big Francky est peut-être le mieux placé pour amener à maturité les jeunes joueurs comme Yatabaré qui ne demandent qu’à éclore. Quant à Fortin, difficile de le blâmer, même s’il persiste un peu trop à camper sur ses positions en refusant d’admettre ses torts (il va falloir avouer que ne recruter personne l’hiver dernier, c’était une idée moisie, surtout quand on se débarrasse de Thiam et de Svenssön, ça doit se voir qu’il n’y a plus personne en défense). En tout cas, dure sera la tâche de gérer la transition entre le groupe intéressant de l’été dernier et le cocktail, qu’on espère prometteur, entre minots du centre de formation et joueurs expérimentés de seconde zone, qui va se lancer pour une saison de Ligue 2 vachement moins glamour, le tout avec un budget divisé par deux.

Caen va devoir renaître de ses cendres. Malherbe 3.0 est en marche. Bande-son du jour : Electronic Renaissance, de Belle & Sebastian, sur l’album Tigermilk A VENIR : LE BILAN INDIVIDUEL DE LA SAISON






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