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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d’un poète ? Fidèle abonné au Stade d’Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l’épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c’est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c’est toujours rock’n’roll.

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Caen-Rennes : un jeu sans enjeu

5 mai 2008 à 14:55 Caen-Rennes : un jeu sans enjeu

Amis des chapeaux ronds,

Les Bretons nous attendent…

STADE MALHERBE DE CAEN – STADE RENNAIS : 2 – 2

Buts : Compan (55) et Nivet (87) pour Caen ; Leroy (31) et Briand (94) pour Rennes

Expulsion : Mbia (79), fautes à répétition en début de match, tacle grossier sur Eluchans à dix minutes du terme de la rencontre

Spectacle : 5/5. Encore ? Ben ouais

Affluence : 20.627 spectateurs. Les sièges qui sont restés vacants étaient dans la tribune des visiteurs

L’homme du match : Compan aurait pu prétendre à ce titre s’il n’avait pas loupé son second duel face à Pouplin. Nous dirons donc Yoan Gouffran, dont c’était le jubilé et qui s’est octroyé une nouvelle passe décisive.

L’anti-homme du match : si le Stade Rennais est plutôt sympa à voir évoluer en attaque, il y a un ou deux types au comportement footballistique très suspect qui squattent la défense. Je pense notamment à Danzé et à Hansson.

En assurant le maintien à quatre ou cinq journées du terme du championnat (et en s’ôtant donc toute pression avant d’aborder les dernières rencontres, chose qui ne nous était pas arrivée depuis pas mal d’années), le Stade Malherbe s’est offert le luxe de reprendre ses bonnes vieilles habitudes de flambeur de Ligue 2. Attaque de feu, défense de plomb, et Caen aligne son deuxième résultat nul 2-2 en une semaine.

L’affaire de la banderole

Déjà, dès l’avant-match, le ton était donné et l’ambiance était au spectacle. Quatre anciens joueurs caennais période stade Venoix (Stein, Pécou, Germain et surtout le précieux Graham Rix) sont venus donner le coup d’envoi de ce qu’on pourrait appeler le jubilé de Yo Gouffran en terres normandes. Et j’avoue, je le confesse, j’ai cédé, j’ai brandi une banderole. Bon, l’hésitation fut grande quant au texte à y apposer ; mon cœur a longtemps balancé entre une remarque insultante à l’égard de nos amis bretons et une déclaration d’amour pour Yoan Gouffran, sans qui Malherbe aurait souvent été bien pâle cette saison (et la précédente). J’ai penché pour la deuxième option, mais je tiens néanmoins à remarquer que si j’ai été fouillé à l’entrée du stade, personne n’a pris la peine de lire ce que j’avais écrit sur ma banderole et qu’un message du style « MARINS-PECHEURS, BOUFFEURS DE CREPES, CONSANGUINS ALCOOLIQUES : BIENVENUE AUX BRETONS » serait passé sans aucun problème. Bon, étant donné qu’une grande partie de ma famille a inexplicablement migré dans la banlieue rennaise, je serais bien incapable de proférer de telles ignominies en public. J’ai donc brandi une banderole dédiée à Yo Gouffran, et, quitte à faire dans la contrition, j’avoue avoir ressenti une petite fierté quand le Gouff’ m’a remercié d’un signe de la main. Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais un supporter de football est surtout un grand gamin, ravi de pouvoir parler d’un sujet qu’il croit maîtriser dans les grandes largeurs, un grand gamin incorrigible, avec tout ce que ça sous-entend en termes d’insolence, de naïveté et surtout d’émerveillement.

Rennes piétine Malherbe rouge

« Pendant vingt minutes, on a joué pour jouer », a déclaré Francky Dumas à propos du début de la rencontre. Je n’aurais pas dit mieux. Visiblement soucieux d’offrir un spectacle décent à leurs supporters pour la dernière journée à domicile de la saison, les Caennais jouent à la balle. Le ballon circule agréablement, le groupe évolue en bloc, Gouffran et Florentin n’oublient pas de s’époumoner en mordant les lignes blanches, et Compan propose des solutions sur chaque incursion dans le camp adverse. Le problème, c’est que tout cela est complètement vain. Ce n’est pas un match, c’est une ébauche de match. Notre chance est que Rennes joue comme 75% des équipes de L1 à l’extérieur, c’est-à-dire en bétonnant derrière et en priant le Bon Dieu d’être récompensé sur un contre (regardez le Paris SG qui a absolument besoin d’une victoire à Toulouse et qui se pointe au Stadium avec deux joueurs à vocation offensive, c’est fou, non ?).

Mais Rennes est capable de faire bien mieux que ça. Le temps pour les Rouges et Noirs de comprendre que Malherbe a un peu oublié que la finalité du football, c’est de marquer des buts, et hop, Rennes joue son rôle de prétendant (rêveur ?) à l’Europe. Impossible de contester le réalisme des Bretons, puisque l’occase est plutôt jolie (on dirait un but de Caen, c’est dire). Cela part d’une relance foirée de Sorbon plein axe (bon, il a bien le droit d’en faire de temps en temps, des conneries, vu qu’il porte la défense à bout de bras depuis le début de la saison), Briand récupère, lance une action d’école en triangle, décale Pagis à droite qui remet à gauche pour Leroy, complètement isolé. 0-1. Bien payé, mais pas immérité.

Sauf que Malherbe a grandi. En une saison, Caen a beaucoup appris de la Ligue 1. Les Normands, qui sont restés très longtemps incapables de réagir lorsqu’ils étaient menés au score, font désormais preuve d’une réactivité appréciable (surtout quand on ne joue pas forcément les premiers rôles en championnat). Comme contre Lyon la semaine dernière, Malherbe va renverser la vapeur.

Gouffran baisse le rideau

Dès qu’ils sont menés au score, les Caennais se montrent tout de suite beaucoup plus convaincants, multiplient les situations dangereuses devant les buts d’un Simon Pouplin en grande forme. La mi-temps ne change pas grand-chose à l’affaire, Malherbe joue vite et bien, quand Rennes découvre les joies de l’ataraxie et espère passer la seconde période en apnée.

Sauf qu’il faut être bien naïf pour croire qu’on va résister aux attaquants caennais en se contentant de défendre. Et puis la deuxième mi-temps, c’est celle de Caen. Souvenons-nous de ce que Malherbe a fait récemment. Face à Monaco, Caen perdait 1-0 à la pause avant d’en claquer quatre en seconde période. Face au Paris SG, 0-0 à la mi-temps, 3-0 au terme de la rencontre.

Et face à Rennes, donc, ça commence sur un malentendu, un contrôle de la main de Lemaître que personne n’a vu sauf Lacombe (pas content), un long ballon plein axe à destination de Compan que tout le monde a vu hors-jeu sauf l’arbitre, Compan qui enchaîne coup du sombrero du pointu et finition lobée en plat du pied (sécurité, vous comprenez). En fait, Traoré couvrait Compan, mais sur le coup, on a presque eu honte de revenir au score. Si, si, je vous jure.

Malherbe prend son temps avant de flinguer le match, et c’est sans doute ce qui lui sera dommageable. Entre-temps, Compan va s’attirer la foudre de d’Ornano et de ses nombreux détracteurs (dont je ne fais absolument pas partie, j’y reviendrai) en accordant une revanche à Pouplin. Idéalement lancé par un Danzé complètement à la rue, le grand Lilian s’échappe, rêve déjà de son premier doublé de la saison, de sa course effrénée vers le kop du MNK les bras dirigés vers ces cieux décidément cléments. Le problème de ce plan pourtant bien huilé, c’est que Lilian va sauter l’étape du shoot et se contente de contourner maladroitement et trop lentement Pouplin, qui touche suffisamment le cuir du bout des doigts pour repousser l’échéance.

Malherbe mitraille les cages rennaises et tente des trucs tactiques. Eluchans s’essaie plutôt brillamment au poste de milieu défensif. Nivet, Gouffran, Florentin et Compan, la ligne d’attaque caennaise, se montre extrêmement convaincante, comme d’habitude. J’en reviens à Lilian Compan, donc, et continue de pointer du doigt ses détracteurs obsessionnels. Parce qu’il faut vraiment rien n’y connaître en football pour ne pas avoir l’abattage de Lilian au sein de la défense adverse. A chaque minute qu’il passe sur le pré, Lilian court, propose des solutions, se montre particulièrement adroit dans son rôle plutôt ingrat de pivot, et parfois un peu moins adroit dans le rôle de finisseur (il a marqué 5 buts cette saison, dont un extraordinaire contre Toulouse, mais aurait pu en marquer le double), mais Compan se montre souvent décisif grâce à des appels et des efforts de placement remarquables (comme sur ce une-deux parfait avec Grégory Proment face à Sochaux et le seul but de Greg sous les couleurs caennaises). Même les journalistes de Ouest France, qui sont pourtant des buses niveau football, ont accordé la note de 7 à Lilian. La meilleure note de l’équipe.

En dehors des attaquants, les Caennais font plutôt dans le banal, se contentant encore de faire circuler gentiment le ballon et de défendre en bloc. Lemaître se montre plus inspiré que Hengbart sur son aile et vient de prouver en quelques matches qu’il est une alternative plus qu’acceptable à Seube au poste d’arrière gauche (ouais, parce qu’il faut bien le dire, Lemaître arrière gauche, ça a longtemps été une reconversion aussi réussie que Xavier Gravelaine en consultant télé – regardez la Coupe de France sur France 2 cette semaine – ou en manager général – demandez à Istres). Enfin bon, ne soyons pas médisants, les Caennais ne donnent pas non plus dans le médiocre, mais sacrifient l’efficacité au profit de leur plaisir, et parfois du nôtre. Tiens, à titre d’information, on a ainsi eu l’occasion d’apprendre que Gouffran ne sait pas tirer les coups-francs (si c’est pas un comble !) ou alors il en voulait à un mec dans le mur, je sais pas, il a peut-être fait exprès de shooter dans un thorax.

Bref, on a presque failli oublier que c’était le jubilé de Gouffran (à qui je consacrerai bientôt un portrait d’adieu, promis). S’il a un peu moins affolé les foules que face à Lyon ou Paris, l’international espoir s’est encore payé une passe décisive, à la suite d’une course intelligente, qu’il achève par une remise sur Benji Nivet, trop esseulé pour foirer l’occase de marquer son premier but de la saison et de célébrer une fin de saison brillante (moins hier que face à Paris et Lyon).

C’est le propre des clubs que l’on a réussi à convaincre qu’ils étaient plus chanceux que talentueux, de se satisfaire euphoriquement (vous saviez que Word ne connaissait pas le mot « euphoriquement » ? Je viens de l’apprendre…) d’une saison passée à zigzaguer autour du ventre mou du championnat. Au lieu de trimballer fiévreusement leur tunique rouge et bleue à travers la France en espérant gratter quelques points supplémentaires pour soigner leurs stats en cette fin de saison, les Caennais promènent leur football spectacle de mornes plaines en plateaux bancals, contrecarrant joyeusement, à l’occasion, les idées d’Europe des Rennais, pour la beauté du geste et le plaisir des yeux.

Il est de coutume que deux promus sur trois n’arrivent pas à s’extirper de l’ascenseur qui les a menés de la L2 à la L1 et qui s’apprête à faire le chemin en sens inverse. Cette année, Caen fut l’heureux élu. Et c’est pour cela, plus que jamais, que j’aime ce club. Jamais Malherbe n’a bradé ses rêves. Jamais Malherbe n’a oublié que c’est le risque qui faisait la beauté d’un succès. Francky Dumas a préféré tenter la faucheuse en brandissant sa prétention du beau football plutôt que de se terrer et de tenter de passer inaperçu.

Finalement, notre ambition de vouloir élever la réalité jusqu’à nos rêves ne fut pas récompensée cette fois-ci. C’est parfois le cas, il ne faut pas s’en offusquer, nous ne nous pouvons nous en payer le luxe. Ce n’est la faute de personne, un long ballon plein axe, que Moreira (futur caennais ?) dévia judicieusement pour Briand qui doit encore se féliciter de chausser du 44 et pas du 42. Sur le coup, Planté a fait un peu le con, préférant jouer le bonhomme plutôt que le ballon, mais bon, personne ne lui en tiendra rigueur (il est nommé parmi les quatre gardiens de l’année pour les Oscars du Foot, vous comprenez, nous, on n’ose plus rien dire, et on comprend pas tellement).

C’est la deuxième fois en une semaine que Caen a mené au score après avoir été mené et c’est aussi la deuxième fois que Caen ne parvient pas à conserver son avantage. Pourtant, comme la semaine passée, Caen a joué en supériorité numérique, Mbia ayant été justement exclus pour une faute sur Elu. Mais bon. Je vous le dis tout net, j’en suis arrivé à un point où je me féliciterais presque d’avoir vu un but supplémentaire. Voilà. C’est ça, le plaisir des insoumis : se payer le luxe de savourer l’entrave à leurs jouissances.

La bande-son du jour : le nouveau disque de Portishead, Third.

Pendant que j’écris : je me goinfre mon sixième match de foot du week-end. Après Manchester-West Ham (4-1), Nice-Lyon (0-0), Caen-Rennes (2-2), Milan AC-Inter Milan (2-1), Arsenal-Everton (1-0, gros résumé seulement) et Sainté-Lille (0-0). Vous remarquerez que les matches de Ligue 1 dans lesquels Caen n’était pas impliqué se sont terminés sur le même score de 0-0. Enfin bon, je dis ça comme ça…






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» Caen-Rennes : un jeu sans enjeu · 6 mai 2008 09:29

Hopopopop. Je me suis laissé emporter. C’est en effet le deuxième but de Nivet. J’étais tellement pressé de dire que ce but couronnait une belle fin de saison que j’en ai oublié de tenir mes comptes.

Rectification, donc : Benjamin Nivet, 33 matches, 2 buts. Sorry Benji.

    

» Caen-Rennes : un jeu sans enjeu · 6 mai 2008 01:14

Hopopop ! C’était pas le premier but de Nivet, tu oublies sa reprise sur corner impeccable au 2ème poteau contre Toulouse. Sinon bravo, il est cool ton blog. :)

    

» Caen-Rennes : un jeu sans enjeu · 5 mai 2008 18:45

ta prose est toujours aussi agréable à lire, merci.