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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d’un poète ? Fidèle abonné au Stade d’Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l’épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c’est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c’est toujours rock’n’roll.

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Caen-ASM : le duel des comateux

24 mars 2008 à 16:38 Caen-ASM : le duel des comateux

Amis de la révolte, à nous la révolution…

STADE MALHERBE DE CAEN – AS MONACO : 4 - 1

Arbitre : M. Chapron

Spectacle : 5/5, beaucoup de buts, dont un bijou, et pas mal d’occases en prime.

Buteurs : Hengbart, Sorbon, Gouffran, Jemaâ pour Caen ; Sambou pour Monaco.

L’homme du match : Sorbon, royal en défense et auteur d’un but, juste devant Yo Gouffran, qui retrouve ses marques et claque un péno, et Titi Deroin, surbouillant au milieu.

L’anti-homme du match : un de ceux qui portaient un maillot blanc.

Avant même le coup d’envoi, alors que les supporters étrennent leur morne enthousiasme à se fondre en un chœur rugissant d’encouragements résignés, alors que les vingt-deux acteurs soignent la double boucle de leurs lacets et se serrent froidement la main dans le couloir qui mène au pré, alors que le stade pratiquement comble et transi de froid se frotte les mains en feignant l’impatience quand l’heure est plus à la désespérance, les supporters déplient leurs banderoles. Tribune des visiteurs : « Notre club se meurt, RIP Monaco ». Tribune Luc Borelli : « Réagissez, il n’est pas trop tard ». Voilà, tout est dit. Caen n’a pas gagné depuis 10 matches, Monaco en est déjà à 7. Contexte d’avant-match : ça sent le soufre. Il y a encore quelques semaines, à d’Ornano, on pouvait encore imaginer les spectateurs normands se satisfaire de la douce médiocrité dans laquelle Malherbe pataugeait et on se marrait encore quand un beauf notoire demandait à Valéria de l’épouser, par l’intermédiaire d’une subtile banderole amoureuse. Aujourd’hui, l’heure est aux visages fermés, aux regards hagards, aux yeux plissés, à l’inquiétude sous toutes ses formes. Dans la vie, il arrive que le destin s’arrête et pointe son doigt vengeur vers un être ou une société humaine comme pour dire : « Toi, mon vieux, tu vas en chier ». Eh bien voilà, Caen-Monaco, c’est la rencontre des acharnés du sort, deux équipes que les Dieux du Foot ont décidé de pourrir depuis Noël.

Du coup, maintenant, quand Malherbe se mange un pion dans les dix premières minutes, on ne peut même plus appeler ça une douche froide. Je n’ai même pas fini d’engloutir mon fidèle sandwich trois fromages (Cousteron, Vieux Pané, St Félicien), Nenê foire gentiment un corner, Almiron remet de la tête, Adriano canarde un défenseur caennais, Sambou a bien suivi et fusille Planté à bout portant. Caen tombe sur l’autel des reléguables. Et ça fait mal. Comme d’hab, je l’ai déjà dit dans mon billet concernant Lille-Caen, ça commence par un raccroc. D’Ornano ferme sa gueule, comme en deuil de Ligue 1. Je regarde les gens autour de moi. C’est fou comme l’Apocalypse ressemble à un stade qui voit se profiler la zone rouge : un gros tas de gens qui ne savent plus où chercher du réconfort, un cauchemar collectif et des larmes qui font couler du maquillage rouge et bleu pas vraiment water-proof (oui, j’en rajoute un peu pour soigner ma trame dramatique). L’Enfer, finalement, ça a un goût de Ligue 2.

Des Clics

Sauf que non. Il n’est pas encore temps d’enterrer les Caennais. Oh non, ce n’est pas qu’ils jouent très bien, pas encore à vrai dire. Les Normands ont toujours autant de difficultés à se trouver sur le terrain, Gouffran et Compan se croisent rarement, Florentin et Deroin cavalent sans vraiment apporter le danger, Gomis cloisonne au courage, Nivet perd tous les ballons qu’il touche ou presque, Hengbart et Seube sont loin d’inspirer confiance. Caen attend un déclic. Il doit se passer quelque chose, n’importe quoi, tout le stade en est convaincu, et alors Caen retrouvera son football. D’ici là, Gouffran n’en finit plus de faire admirer sa qualité de centres, qui s’enchaînent comme autant de perles, et de prouver qu’il n’y a personne à Caen pour les “enfilets” (si Trezegoal jouait à Caen, il aurait déjà franchi la barre des 50 buts en championnat, tellement il y a de centres qui fusent dans la surface adverse – quand Yo a décidé de courir).

La mi-temps s’amène pour nous rappeler que le temps presse et que Malherbe n’a pas vraiment fait trembler les 11 défenseurs de Ricardo. Bon, il y a eu deux ou trois tentatives, Nivet qui vise Roma entre les yeux et Compan qui veut scorer que dans la lucarne (sinon, vous comprenez, c’est pas assez rock’n’roll). Mais ce qu’on retient surtout, en fait, c’est surtout cet éclair de génie de Nenê, couillu mensuration 90 C, qui choppe la lucarne de Planté en mode « lob de 45 mètres », avant que le portier caennais oublie d’imiter Mandanda en claquant le ballon en dehors des cages. Mi-temps donc. Caen n’est pas guéri. Mais le jeu de Monaco laisse planer un espoir de rémission.

Parce que franchement, après la 7ème minute, et à l’exception de cette inspiration de Nenê, le jeu des gars du Rocher est atterrant de médiocrité. Pour faire court, c’est plus un rocher, c’est un caillou. Le caillou de la SM Monaco. Après leur but, les défiscalisés ont serré les fesses et joint leurs mains pour prier le Bon Dieu de transformer Roma en mur. Les Monégasques oublient tout. Ils n’attaquent plus, ne récupèrent plus, ne cloisonnent même plus, ne débordent plus, et ne respirent plus pour la plupart d’entre eux. Comment ont-ils pu croire qu’ils gagneraient un match en dégommant de la tête tous les ballons qui pénétraient leur surface ?

Et ce qui devait arriver arriva. L’Evénement que d’Ornano attendait depuis 3 mois nous envoya sur la route du bonheur. Le destin nous a souri, de toutes ses dents. Entre les valeureux Caennais, pas inspirés mais courageux et débordants d’énergie, et des Monégasques qui jouent les yeux fermés, au petit bonheur la chance, le Sort va choisir son camp.

Et ça s’est passé au milieu d’une occase presque anodine, un cafouillage siglé Ligue 1, Sambou qui se rattrape de sa jolie reprise sous la barre pas vraiment dans le ton du jeu monégasque, par une main indiscutable à défaut d’être volontaire. Chapron est un peu vache avec les riverains du Caillou, mais bon, vu l’attentat commis sur Compan dans la surface et non signalé, c’est justice. Gouffran veut tirer, finit par en laisser l’honneur à Cécé Hengbart, tireur attitré, 20 000 personnes retiennent leur souffle puis exultent. Le ballon glisse à l’intérieur du petit filet sous les yeux impuissants de Roma, parti du bon côté. 1-1. Rest in Peace Monaco.

A coups de santiags

La machine est relancée. Caen rejoue au football, on n’avait pas vu ça depuis 3 mois. Et tout de suite, les solutions et occasions se multiplient ; bien aidés par des Monégasques en plein coma éthylique, les Caennais matraquent la SM. Presque trop facilement. Gomis récupère tout ce qui passe le milieu de terrain, Deroin est ébouriffant, se crapahute balle au pied en bouffant les lignes blanches ou en croisant dans l’axe, Gouffran perd toujours aussi peu de ballons et trouve enfin des partenaires à proximité pour leur en faire profiter, et devant Compan se bat comme un beau diable. Et soudain est réapparu le collectif normand.

C’est amusant comme le réveil caennais a sonné au moment précis où la lumière s’est faite sur le mal qui frappait Malherbe depuis janvier. Les Rouges et Bleus ne jouaient pas ensemble. Oh, ils se faisaient des passes, enfin, quelques-unes, pas beaucoup, mais n’évoluaient plus en bloc, chaque joueur cessait sa course après avoir effectué sa transmission, les attaquants se trouvaient esseulés dans le camp adverse et les opportunités semblaient davantage des coups de chance que des coups d’éclat.

Et samedi, tout à coup, presque brusquement, le Onze caennais s’est arraché à sa torpeur pour se mouvoir en équipe soudée, c’est un mouvement qui ne s’inscrit pas dans l’espace mais dans un mécanisme de révolte collective que Muriel Barbéry décrirait avec bonheur dans son Journal du Mouvement du Monde (cf. L’Elegance du Hérisson, le plus beau livre que j’ai lu de ma vie, par Muriel Barbéry, éd. Gallimard). La récupération caennaise s’effectue 30 mètres plus haut, et avec sérénité. La sanction qui menace les hommes de Ricardo va tomber, et elle va faire mal. Dans le foot, il y a les réveils en douceur, les équipes qui se retrouvent petit à petit, par touches subtiles, comme Liverpool ces dernières semaines (avant la déconfiture mancunienne de ce dimanche). Et puis il y a les réveils nauséeux, douloureux et brutaux. Et Dumas, ça rime avec gueule de bois. Dans ces cas-là, il ne faut pas faire dans le détail. Quand la lumière transparaît entre les stores, il faut y aller avec force et envie. Dumas avait demandé à voir des guerriers. Eh bien, si les Caennais avaient oublié d’enfiler leurs Rangers en première période, ils y sont allés à coups de Santiags après la pause.

La preuve par trois

Caen brisé. Caen martyrisé. Caen libéré. Et quand Malherbe se libère, ça court vite sa mère. Caen s’est remis à jouer. Oh ça ne durera peut-être pas, mais rien que pendant cette demi-heure, que ce fut bon.

Après le péno d’Hengbart, c’est Sorbon qui donne l’avantage aux Rouges et Bleus, de la même tête croisée qu’il avait déjà placée contre Lorient (et Audard s’était alors interposé). Ce but, je l’avais annoncé avant que Deroin ne dépose le ballon sur la crâne de Jérém’. C’est dire si la déroute monégasque devenait prévisible.

Ensuite, Monaco se rappelle que la Côte d’Azur est au bout de l’Autoroute du Soleil. Les boulevards se créent et Eluchans n’a pas besoin de tant d’espace pour se faire plaisir. Lui qui était transparent depuis deux mois retrouve sa vivacité dans l’accouchement (dans la douleur) de Malherbe version 2008. Deux défenseurs dans le vent, péno indiscutable. Gouffran, auteur d’une superbe tête plongeante deux minutes plus tôt (bien détournée par Roma), prend sa chance cette fois-ci, même côté qu’Hengbart, Roma aussi, mais encore trop court. Emballé, c’est pesé.

Et puis il y a Jemaâ, tout un symbole. Jemaâ qui a marqué son premier but contre Metz et vu son effort devenir inutile. Et puis là, après deux duels manqués contre Roma, il y a ce démarrage désaxé vers la gauche, ce service du Gouff’, cette course sereine, cette frappe pleine d’une confiance venue d’on ne sait où. Résultat : un missile qui troue la lucarne de Roma. 4-1. La messe est dite.

Grâce à ces 3 points, Caen reprend vie, et remonte à la 11ème place (eh ouais). A 3 points de la 7ème place. Certes, Malherbe s’est autorisé une “hénaurme” bouffée d’oxygène « au niveau comptable » (comme aime à le dire Francky Dumas), mais le regain de confiance que ne manquera pas de susciter cette victoire vaut peut-être autant que les 3 points chopés samedi soir.

Deux constats donc : ça y est, on est au courant en Normandie que 2008, ça a commencé, et que la trêve est finie ; Monaco est vraiment plus mauvais qu’on ne l’a jamais été cette saison (sauf quand on a joué contre Lille et Marseille et Sainté et Lens) et Ricardo devrait vraiment commencer à s’en faire.

« INSTANTANEMENT COMME CA / REPRENDRE DE VOLEE D’AUSSI LOIN / COMME ELLE VIENT »

La bande-son du jour : Dig Lazarus Dig de Nick Cave & The Bad Seeds, le tonton mélancolique et catho de Noir Dez, sélectionné pour deux raisons : comme Lazare, Caen rejaillit des enfers ; et ce disque est une merveille.

Pendant que je vous écris : ce long article a accompagné un après-midi footballistique comme on en fait plus : Manchester – Liverpool ; Chelsea – Arsenal, Rennes – Lens et je me prépare à me gaver Lyon – PSG avant L’Equipe du Dimanche. Et en parlant de Canal Plus, parlons de Jour de Foot : comment Alexandre Ruiz arrive-t-il à faire du PSG l’attraction de la soirée alors que Paris ne joue que ce soir ? Qu’est-ce qu’ils sont chiants, Canal, avec leur équipe de losers ! Quand ils perdent (et ça arrive régulièrement), ils ont l’impression que c’est un drame national. Quand ils ne jouent pas, comme hier, ça donne (je cite Alex Ruiz) : « La grande question de la soirée : est-ce que le PSG va aborder le match de Lyon en position de reléguable ? ». Mais tout le monde s’en fout ! Au moins, si les Parisiens descendaient, on serait tranquilles avec les éditions de Jour de Foot articulées autour de la seule (contre-) performance du PSG, souvent dans les limbes du classement.






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» Caen-ASM : le duel des comateux · 6 avril 2008 15:45

c’est super agréable à lire. J’espère qu’on aura d’autres CR d’ici la fin de la saison.

    

» Juste... · 24 mars 2008 22:25

... merci.