Born Toulouse
Toulouce FC (8) - Stade Malherbe de Caen (15) : 1-0
21e journée de Ligue 1
Dernier affrontement : Caen 0-1 Toulouse
Buteurs : Rivière pour Toulouse.
Arbitre : M. Malige. Qui a plutôt bien fait son boulot, malgré quelques situations litigieuses qui prêtaient à discussion.
Spectateurs... : 12 023. Une enceinte qui sonne désespérément creux. C'est ça, aussi, de jouer dans un stade qui s'appelle le "Stadium municipal".
Rassasiés par le spectacle ? : 2/5. Un match riche, voire très riche, en approximations, manque d'impact et déficit technique. Le spectacle fut d'un ennui parfois abyssal, et on avait compris dès l'heure de jeu que plus aucun but ne serait marqué. Restent quelques temps fort où le tempo plus élevé nous permit de nous dérider un peu. Vite fait, hein.
Le geste du match : le contrôle backside umbrella d'Aurélien Montaroup, le long de la ligne de touche, qui intercepte une transmission hasardeuse et s'oriente vers l'axe d'un parapluie de toute beauté. Je vous laisse imaginer la même situation avec Alexandre Raineau...
L'anti-geste du match : les tentatives de dribble à la con de Romain Hamouma, qui n'en finit plus de se perdre dans des gestes techniques dispensables et dans la solution individuelle. Quelque part, on aurait du mal à lui en vouloir...
L'homme du match : on a apprécié la performance d'Ali Ahamada, le fantasque gardien toulousain, qui nous a gratifiés de plusieurs sorties aériennes couillues, de parades assurées et de réflexes dignes d'un libéro pour venir éloigner le danger à trente mètres de ses cages, face à Nabab ou Nivet. Ah, et non, Ali Ahamada n'a aucun lien de parenté avec le regretté Hassan Ahamada, le petit milieu de terrain formé à Nantes et ancien International Espoir qui est allé s'enterrer à Carquefou.
L'anti-homme du match : difficile de sauver quoi que ce soit, en revanche, au regard de la prestation de Joseph Mboné, dont le volume de jeu fut famélique, tout autant que sa participation à la relance et même à la récupération. Si le Stade Malherbe s'est fait bouffer en première mi-temps, c'est en grande partie parce qu'il jouait sans milieu de terrain. Et ça revient à dire que Mboné et Seube ont fait de la merde.
Compos :
Toulouse : Ahamada, Ninkov, Congré, Devaux, Braaten, Capoue, Sissoko, Tabanou, Aurier, Didot, Rivière ; A. CASANOVA
Caen : Thébaux, Sorbon, Vandam, Heurtaux, Wagué, Mboné, Seube, Hamouma, Fajr, Bulot, Nabab ; F. DUMAS
Le poste d'observation de Malherbe's Poetry : tranquillement calé dans son canapé, entre Malherbe's Rhapsody sur ma gauche et mon désespoir sur ma droite.
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"Autant que je me souvienne, j'étais toujours rêvé d'être un gangster".
Il est troublant de constater à quel point l'inexorable chute des Francky Boyz ressemble de plus en plus à un vieux film de Scorcese, un truc de mafioso, sur la trajectoire d'une bande de gangsters qui voient s'écrouler autour d'eux un édifice qu'ils savaient fragile. Quel beau film on pourrait tourner, sur le Stade Malherbe, si quelqu'un prenait conscience de la dimension tragique de cette aventure humaine condamnée à la descente aux enfers, de ces braqueurs à la petite semaine embarqués sur un manège pathétique dont ils semblent croire qu'il peut les emmener quelque part ! Le film s'ouvrirait sur un gros plan de Franck Dumas, vautré dans son fauteuil de cuir, dos à une fenêtre qui donne sur les terrains d'entraînement plongés dans l'obscurité. Francky soutiendrait un long et profond regard caméra, porterait un clope à ses lèvres, l'allumerait grâce à un Zippo et on entendrait alors sa propre voix en off : "Autant que je me souvienne, j'ai toujours rêvé d'être entraîneur du Stade Malherbe de Caen".
Les débuts de l'aventure des Francky Boyz furent pourtant fracassants. La rage sincère qui les animait alors ne les rendait pas meilleurs, mais seulement plus conscients de leurs propres limites et de la légitimité de leurs ambitions. Après quelques coups d'éclat notables, assez notables pour avoir un peu d'écho dans le milieu, mais sans doute pas assez pour que ça parvienne aux oreilles des grands pontes, les Caennais se sont cru autorisés à tutoyer les sommets, à donner de l'impératif à ceux qui n'avaient pas su dépasser leur propre statut social - autrement dit, tous les Niçois et les Nancéens de ce monde. Je suis sûr que vous vous rappelez de cette fameuse scène, dans Les Affranchis, au cours de laquelle Henry (Ray Liotta) emmène pour la première fois Karen (Lorraine Bracco) prendre un verre. La caméra de Scorcese suit alors le couple qui pénètre dans un restaurant-bar très chic via une longue enfilade de coursives, de cuisines bondées d'immigrés suintant et de couloirs où Henry arrose en pourboires affolants des serveurs sans visage. Et puis, une fois dans le bar, Henry se fait installer une table pour deux au premier rang, juste devant la scène, sur laquelle un vieux crooner ringard étrenne son répertoire, et gratifie le couple d'un signe de la main qui ravit Henry et sa compagne. Le Stade Malherbe était aux premières loges, mais pas sur la scène. Comme Henry à qui son statut d'affranchi convient parfaitement, les Francky Boyz n'ambitionnaient rien d'autre que l'insouciance d'une première partie de tableau gratifiante et qui se suffit à elle-même. Et voir un ponte, une fois de temps en temps, qui nous salue, pour qu'on puisse se persuader qu'on fait partie du même monde.
Et puis vint la chute, soudaine, inexplicable, mais pas vraiment surprenante. L'acharnement avec lequel la réussite et le malheur viennent s'abattre sur les Francky Boyz est brutal, presque injuste, sans être incompréhensible. Il ne manque finalement que la dimension épique pour que le SMC devienne un vrai héros de cinéma. Quand Henry Hill s'effondre, dans un déferlement de colère, de violence et de paranoïa, les Caennais s'éclipsent dans une sourde médiocrité, un terrible aveu renouvelé de manque de caractère et de confiance en soi. Henry Hill est rattrapé par ses dérives, ses excès et son égocentrisme. Les Francky Boyz, en revanche, n'ont commis aucun excès (si ce n'est le casino pour Francky) mais n'ont surtout jamais vraiment échappé à leur statut même s'ils ne cessent d'essayer de se convaincre du contraire.
La devise des Affranchis est la suivante : "Ne jamais balancer ses copains, et toujours la mettre en veilleuse." Henry Hill est un personnage tragique parce qu'il appartient à un milieu où l'on teste sans relâche les limites des codes qui le régissent. Malherbe n'est que pathétique parce qu'il a la faiblesse de s'y conformer sans bruit ni rébellion. Il la met en veilleuse.
To lose without fighting.
La première période de ce Téfécé-Malherbe ressemblait à s'y méprendre aux dernières sorties des Francky Boyz, comme si les Normands avaient à ce point perdu toute force de caractère et de créativité qu'ils répétaient sans cesse la même grossière ébauche de match en espérant qu'elle s'achève d'elle-même. Appliqués à endiguer la situation de crise et à regagner de la confiance, les Caennais déroulent sur un tempo assez lent, en tentant de prendre le moins de risques possibles. Dommage, parce que Toulouse ne semblait pas davantage en confiance en début de rencontre et aurait sans doute pu être poussé à la faute. Malherbe tente de faire plier l'adversaire plutôt que de le faire exploser. Les quelques accélérations d'Hamouma et une percée de Seube jusqu'à l'entrée de la surface semblaient indiquer que le TFC a connu des jours meilleurs. L'idole Nico aurait d'ailleurs pu bénéficier d'un penalty en s'écroulant sur un "croc-en-jambe de Capoue" (dixit Guy Roux).
Et puis le SMC doit gérer ses premiers temps faibles. Et il n'a tout simplement plus le moral et la force de les gérer habilement (ni le talent technique, évidemment). Comme d'habitude, ça panique à la relance, ça cafouille entre les lignes, ça ne sait plus faire le lien entre l'axe et les ailes. C'est désespérant ; on a l'impression de contempler un obscur clown de province répéter pour la énième fois son numéro miteux devant des gosses blasés. C'est presque gênant, en fait. Il n'y a plus de prises de risque, il n'y a que des approximations, surtout quand on voit Hamouma tenter un coup d’esbroufe foireux à chaque fois qu'il hérite de la gonfle. Du coup, Malherbe se met en difficulté tout seul, et laisse Toulouse se mettre en confiance et tâter le terrain. On se rassure comme on peut, en voyant Heurtaux bouffer Rivière sereinement, et revenir comme un taré pour placer un tacle de dingo quand l'autre essaie de se faire la malle. Et puis le danger se rapproche. Rivière, encore lui, bien servi dans l'axe par Braaten, ne parvient pas à se retourner, encore bien muselé par Heurtaux, et doit se contenter d'une frappe maladroite en pivot. Et puis, à force de tenter le destin, le SMC paie le prix de son apathie. On comprend à peine ce qu'il se passe, on regarde le ballon ricocher au milieu de la défense caennaise, et puis on voit Rivière s'extraire de la masse pour caler un tir croisé tranquilou dans le petit filet de Thébaux. Et puis, au ralenti, on remarque que c'est Bulot, revenu pour défendre, qui est puni de sa récupération énergique sur Didot, en voyant le ballon ricocher sur Mboné et parvenir à Rivière. Heurtaux peut constater les dégâts : il n'a pas failli, mais il s'est fait planter dans le dos. Et ça fait 1-0.
Vous imaginiez, vous, à cet instant-là, voir les Caennais revenir dans la rencontre ? Non, hein ? Pas étonnant. Le sort du match est déjà scellé. Difficile de composer avec un tel manque de réussite et un tel manque de caractère. Les Francky Boyz ne jouent pas foncièrement mal, ils oublient de jouer. Les défenseurs balancent des pruneaux vers l'avant, et comme Leca n'est pas là, ça finit toujours en touche ou dans les pieds d'un défenseur. Du coup, on s'énerve sur la défense, et puis on se rend compte qu'ils n'ont que très peu d'options au moment de la relance : Mboné n'existe pas, Seube est fatigué de faire tout le taf, Fajr n'est pas dans un bon jour. Reste Bulot, qui redescend souvent très bas pour venir chercher le ballon, mais qui ne s'en sort plus dès qu'il le récupère. Monsieur Malige siffle la mi-temps. On se dit que c'est con, d'être aussi crispé devant un match aussi chiant. Et on se dit aussi que le match pourrait bien être fini que ça ne changerait rien.
"Même pour ton enterrement, t'étais à la bourre."
À la mi-temps, Dumas agit comme le Don qu'il est. Il dégage Fajr et Mboné, coupables de ne pas avoir existé, pour faire rentrer la vieille garde, Nivet et Proment. C'est un peu sévère pour Fajr, qui a déjà démontré qu'il pouvait se montrer dangereux en toutes circonstances, et qui n'a aucun équivalent pour tirer les coups de pied arrêtés - et les coups de pied arrêtés, c'était une bonne option pour revenir au score, non ? Toujours est-il que Nivet et Proment apportent aussitôt un nouveau souffle au Stade Malherbe. Enfin, les Francky Boyz prennent un peu la mesure du Téfécé, qui n'est vraiment pas très doué pour jouer au football. Nivet est meilleur qu'il ne l'a pas été depuis des lustres, réussissant des transmissions intéressantes sans jamais ralentir le rythme du jeu. Enfin, les Boyz produisent quelque chose, avancent ensemble dans le bon sens. Le problème, c'est qu'ils n'ont plus trop l'habitude d'avoir des opportunités de marquer. Il y a peu d'espaces dans la défense toulousaine, et il aurait fallu un peu d'insistance et d'acharnement pour pouvoir faire trembler sur ses bases l'équipe de Casanova. Mais c'est en demander un peu trop aux Caennais en ce moment.
Il ne se passe pratiquement rien en seconde période. Nabab a une ou deux occasions de se mettre en valeur. Mais s'il est plutôt bon pour se mettre en situation de tir, il ne sait pas tirer. Ni de la tête (à la réception d'un centre de Nivet), ni des pieds (pourtant idéalement décalé par Hamouma). Traoré ne rentre qu'à la 85e minute... C'est un peu trop tard pour se mettre en valeur, même quand on est un super-héros. Caen n'y arrive pas, mais s'était sans doute déjà déclaré vaincu. Les Francky Boyz ne parviennent même pas à mettre le feu en fin de partie, et offrent une victoire à un adversaire qui ne la méritait certainement pas.
Inutile de répéter que la situation est gravissime, même si les Caennais ne sont pas encore relégables, à deux points de la lanterne rouge. Dimanche prochain, contre Auxerre, les Francky Boyz devront venir à bout d'une équipe en ruines (à peu près autant que la leur). Le genre de trucs pour lequel ils ont parfois réussi à se mettre en valeur depuis le début de saison. Dimanche, c'est la fin de la crise, ou la fin de tout.
"INSTANTANÉMENT COMME ÇA / REPRENDRE DE VOLÉE D'AUSSI LOIN / COMME ELLE VIENT"
Bande-son du jour : Radiation ruling the nation, de Massive Attack, sur le disque No protection.
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Le bulletin de notes :
Thébaux [5] : Joe Pesci, Les Affranchis. A force de s'énerver, il va finir par flinguer un de ses défenseurs.
Vandam [3] : Samuel L. Jackson, Les Affranchis. Il jouait là-dedans, lui ? Oui.
Heurtaux [6] : Daniel Day Lewis, Gangs of New York. Un bon acteur qui surnage.
Sorbon [5] : Alec Baldwin, Les infiltrés. Ça fait plaisir de le voir, mais il ne nous manque pas trop, en fait.
Montaroup [6] : Ray Liotta, Les Affranchis. Un jeune premier, élégant, dont on espère qu'il plantera pas sa carrière.
Seube [4] : Robert de Niro, Les Affranchis. Il est fatigué, mais fatigué...
Fajr [3] : Robert de Niro, Taxi Driver. Il était perdu dans la nuit et la pollution new yorkaises.
Mboné [2] : Sharon Stone, Casino. Oh putain qu'elle est exaspérante.
Bulot [3] : Leonardo Di Caprio, Shutter Island. Il s'est fait lobotomisé, ou quoi ?
Hamouma [4] : Nicolas Cage, À tombeau ouvert. On sent bien qu'il veut tenter des trucs, sauver les gens... Mais non.
Nabab [3] : Martin Sheen, Les infiltrés. C'est lui, là, sous les rides ? Il a vieilli, putain.
Nivet [5] : Paul Newman, La couleur de l'argent. Il est chiant, ce film, mais d'une force. Par contre, Paul Newman, c'est la classe.
Proment [4] : Mark Wahlberg, Les infiltrés. Il est vénère, mais vénère, mais il mouline dans le vide.
Traoré [2] : la mère de Pesci dans Les affranchis. Si. Super-héros.
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Tous les scores :
Brest 0-1 Paris SG
Nice 0-1 Montpellier
Lyon 3-1 Dijon
Toulouse 1-0 Caen
Lorient 1-1 Sochaux
Auxerre 1-3 Nancy
Lille 3-0 Saint-Étienne
Évian TG 0-0 Bordeaux
Valenciennes 1-2 Ajaccio
Rennes 1-2 Marseille
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Le classement :
| 1. Paris SG | 46 pts | (+17) |
| 2. Montpellier | 43 pts | (+18) |
| 3. Lille | 39 pts | (+15) |
| 4. Lyon | 38 pts | (+11) |
| 5. Marseille | 37 pts | (+12) |
| 6. Rennes | 35 pts | (+7) |
| 7. Toulouse | 34 pts | (+2) |
| 8. Saint-Étienne | 33 pts | (0) |
| 9. Bordeaux | 27 pts | (-1) |
| 10. Lorient | 26 pts | (-3) |
| 11. Brest | 24 pts | (0) |
| 12. Évian TG | 23 pts | (-4) |
| 13. Nancy | 22 pts | (-7) |
| 14. Dijon | 22 pts | (-15) |
| 15. Ajaccio | 21 pts | (-14) |
| 16. Valenciennes | 20 pts | (-5) |
| 18. Auxerre | 19 pts | (-7) |
| 19. Sochaux | 19 pts | (-14) |
| 20. Nice | 18 pts | (-4) |
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Du côté du Facebook de Malherbe's Poetry :
Matthieu : "8 défaites consécutives alors que les températures sont toujours printanières. Qu'est-ce que ça va être quand ce sera vraiment l'hiver..."
Simon : "Ça fait pas 8 mois que Hamouma n'a pas réussi à nous faire une vraie accélération ou un geste technique? Sinon, niveau coaching, quand Francky fait rentrer Nivet, c'est parce qu'il sait que le match est perdu?"
Yohan : "On pue la défaite. Heureusement que derrière, des clubs comme Auxerre et Nice prennent la même trajectoire que nous. Résultat : les premiers ont énormément de points, et les derniers très peu. Je me demande combien on aurait été l'année dernière avec le même nombre de points..."
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