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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d'un poète ? Fidèle abonné au Stade d'Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l'épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c'est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c'est toujours rock'n'roll.

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Bienvenue en monarchie

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29/10/2009

STADE MALHERBE DE CAEN 4-2 VANNES OC

Buts : Langil (x2), Toudic et El Arabi pour Caen, Camara et Mézague pour Vannes

Arbitre : M. Rouinsard, zéro pointé, à la ramasse pendant tout le match

Spectateurs... : 14 363, record d'affluence. Tristounet, tout cela.

... rassasiés par le spectacle : 5/5. Evidemment.

L'homme du match : Steeven Langil. A se demander pourquoi Auxerre prête des joueurs comme ça... Mais on se dit qu'ils ont toujours du nez pour la détection, les Bourguignons... Prends ça, Roux Guy.

L'anti-homme du match : Benoît Benvegnu. Bienvenue, c'est journée portes ouvertes.

Le geste du match : L'aile de pigeon en coup du sombrero de Benji Nivet. Parce qu'il le vaut bien.

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Ce sera sans doute une vérité qui grandira aussi longtemps que Malherbe aura la bonne idée de rester invaincu cette saison : tous les adversaires des Francky Boys se mettent en tête d'être les premiers à se payer la tête du leader indétrônable de Ligue 2, et partent bille en tête, à fond les ballons, pratiquent leur meilleur football (parfois, ça vole pas bien haut, faut avouer) et se disent qu'ils n'ont rien à perdre. C'est encore plus vrai quand ces adversaires en question débarquent à d'Ornano, où les Caennais n'ont fait que gagner (7 victoires désormais). Vannes y a sans doute cru pendant plus d'une heure. Et ils ont bien failli réussir, ces couillons. Il a alors fallu que la bande à Dumas invente une nouvelle façon de gagner.

Il faut être honnête, les amis : jamais Malherbe n'a été aussi proche de la défaite cette saison que mardi soir. Après le second but foireux signé Mézague, on s'est gratté le crâne un petit moment en se demandant où Caen allait pouvoir trouver la faille. Jusqu'à l'attaque de roquettes.

Le match avait super bien commencé, déjà. Sedan avait planté à d'Ornano en deux minutes, Vannes a patienté une minute de plus pour perforer la défense caennaise et prendre l'avantage. Une ouverture magnifique du bon samaritain Sammaritano (toi, tu l'as pas volé ton jeu de mots), meilleur joueur vannetais dans la place, à destination de Camara, qui laisse sur place Seube et contourne (je m'aperçois en l'écrivant que "contourne" est la contrepèterie du nom de famille d'un pote, marrant non ?), Camara contourne Thébaux, donc, pour marquer dans le but vide. Parfait. Sedan avait eu la mauvaise idée d'agacer la bête fauve, et ça leur avait coûté très cher. Et quand la bande à Francky est menée aussi vite, elle est contrainte de sortir le grand jeu, et c'est tout bon pour le spectacle (parce que les quatre 1-0 du début de saison à domicile, merde, quoi). Autant dire qu'en voyant Vannes oser nous provoquer de la sorte, on s'attendait à voir Malherbe martyriser le VOC, à grands coups de circulation léchée, de collectif rôdé et d'attaques minutieusement préparées pour finir dans le fondement en filet de Vannetais atterrés. Nom d'un petit cheval à bascule, on se trompait lourdement. Quoi qu'il en soit, on en a eu pour notre argent. Ce match a fini par ressembler à une bonne vanne, un grand n'importe quoi rock'n'roll, sans beaucoup de cohérence, un opéra rock débridé joué à l'impro de bout en bout.

Pourtant, au début, les Caennais ont commencé à dérouler comme à leur (bonne) habitude. Redoublements au milieu, tentatives répétées d'élargir le jeu pour étendre ou désaxer la défense vannetaise. Tout y était. Sauf que Vannes a drôlement bien joué le coup. Comme tout le monde commence à comprendre que le point fort de Malherbe, c'est son cerbère du milieu de terrain (Prom', Seube, Nivet), les Bretons saturent la terre du Milieu de troupes en grand nombre et n'hésitent pas à jouer tous les contres à cent à l'heure, en se livrant à fond. Caen galère, c'est un fait. Pour la première fois cette saison, les Francky Boys sont sans solution. Alors ils s'en remettent à un truc qui ne les a pas encore trahis cette saison : le coup de cul. On dit que la chance se provoque, c'est peut-être vrai pour Manchester, mais pour les autres, c'est du flan. Langil a juste eu un énorme coup de bol. Une frappe compliquée des 25 mètres déviée au décollage qui se transforme en tir de la feuille morte façon Olivier Atton pour retomber dans la lucarne, ça s'invente pas et ça se provoque pas. C'est juste du bol. Banco, 1-1, ça nous va.

Les Francky Boys continuent donc leur combat, qui ressemble plus à une bataille rangée qu'à une Blitzkrieg, vu que les Vannetais tentent encore de rendre les coups. La mi-temps ne réfrène guère leurs ambitions régenticides : Vannes s'accroche, et Vannes griffe encore. Sur un coup franc assez anodin, mais qu'on a tout de suite senti très mal vu le placement plus qu'hasardeux de la défense caennaise, Thébaux se troue légèrement et Mézague emporte tout ce qui traîne : la tronche du portier caennais jusque dans l'herbe et le ballon au fond des filets. Difficile de dire, même au vu du ralenti, s'il y a vraiment faute ou non. Thébaux se loupe un peu, c'est indéniable, mais l'ancien Montpelliérain lui sacoche quand même la tronche en marquant son but tout crade. Et puis dans un pays où l'on surprotège les gardiens de but en pénalisant la moindre touchette même quand le portier est seul fautif du contact en question, difficile de comprendre comment ce but a pu être validé. L'arbitre ne devait pas avoir la conscience trop tranquille, puisqu'il a mis près de cinq minutes à coller un jaune à l'un des dix Caennais qui l'entouraient en vociférant leurs grands Dieux que bordel, c'est pas un but, c'est un attentat, pendant que Thébaux se faisait soigner. De toute façon, l'homme en noir a été paumé pendant quatre-vingt dix minutes, alors bon...

1-2, donc. Purée, vu le coup de bol qu'il a fallu pour marquer le premier but, en marquer deux (ou même un seul pour préserver notre invincibilité) tient alors davantage de la douce utopie que du domaine du possible. Surtout que sur le pré, Malherbe semble tout près du naufrage. Le bateau tangue. Déjà, au milieu de terrain, le trident maléfique caennais en prend plein les dents. Prom' multiplie les pertes de balle à la con, Nivet peine à exister depuis la 30e minute de jeu et Seube ne peut pas trop récupérer des ballons qui ne passent que trop rarement dans sa zone. Les Francky Boys n'y arrivent pas, ils n'arrivent plus à construire et encore moins à se procurer des occases. D'autant plus que la défense version XXL de Vannes tient sacrément la baraque, pas vraiment perturbée par le manque de mobilité de Traoré, pourtant pas dans un mauvais jour. Même l'appréciable diversité offensive des Normands ne semble pas porter ses fruits. Et puis il y a aussi l'épineux problème récurrent d'un déséquilibre hallucinant, les Francky Boys ne jouant que sur l'aile droite (c'est d'un décevant), délaissant totalement le pauvre Elu, souvent esseulé, rarement servi, la faute à un chef d'orchestre (Nivet) naturellement attiré par le côté droit, sans qu'on sache trop pourquoi, et à un détonateur (Langil) qui vampirise l'animation offensive (ce déséquilibre est-il réellement préjudiciable ? Pour le moment, on serait tenté de répondre "Non" puisque Caen a planté quatre buts en passant à chaque fois par la droite). Quoi qu'il en soit, la situation ressemble donc à un bourbier dans lequel Malherbe a les deux jambes plongées jusqu'aux genoux.

Mais blessé dans son orgueil, vexé de s'être ramassé un but aussi douteux, Malherbe va se baser sur son mental d'acier, construit tout récemment grâce à un enchaînement de bons résultats dans un championnat qui ne nous mérite pas (mauvaise foi de supporter ou réalité ?), pour déclencher une série d'attaques foudroyantes, genre bombardement en règle et frappes chirurgicales saignantes, pour faire exploser les Vannetais.

Les bonnes âmes pourront saluer le coaching génial de Don Dumas, mais en fait, Big Francky procède match après match aux mêmes remplacements, avec les entrées en jeu de Toudic, Yatab' et El Arabi. Alors il fallait bien que ça finisse par payer. En l'occurrence, là, ce fut un coup de génie. Exit Traoré, puissant et dangereux, Eluchans, en plein regain de forme mais pas toujours très rapide à agir, et Proment, dans un sale jour. Les trois nouveaux ont en commun d'être rapides, vivaces et frais comme des gardons. Le jeu de Malherbe s'en trouve aussitôt modifié : puisque le collectif n'a pas les réponses adéquates, autant faire en sorte que le jeu soit le plus direct possible, histoire d'empêcher le repli défensif bien ordonné des Vannetais, quitte à se borner dans une verticalité étourdissante, pour faire sauter le verrou. Banco. Toudic, dont on disait récemment qu'il ne cessait de progresser dans ses appels, a juste plongé la défense adverse dans un état qui ressemblait au coma éthylique. Violent. Juju est rentré à la 66e minute. Dix minutes plus tard, il fait voler en éclat le fort breton (je vous laisse le temps de cette parenthèse pour comprendre le jeu de mots, et on repart), le temps d'une furia qui va durer cinq minutes. Cinq minutes de folie furieuse.

D'abord, c'est Seube qui entre en scène, qui se prend à rêver qu'il est un grand passeur et qui envoie Toudic sur orbite. Juju est peut-être un peu excentré, mais le gardien vannetais, surpris de voir le ballon se précipiter aussi vite vers lui, fait absolument n'importe quoi et préfère défendre la ligne de corner plutôt que sa cage. Toudic, on l'a dit et répété, n'est jamais meilleur que dans ces moments où il faut agir vite, tout en étant vif et précis. Un coup d'œil pour voir le placement lamentable du portier vannetais, une reprise même pas puissante (vraiment pas besoin) mais parfaitement ajustée. 2-2.

Là, Vannes sent qu'il y a de l'eau dans le gaz. Et comprend que la messe est dite : ils ne reprendront pas l'avantage. Il suffit de voir un défenseur vannetais fou furieux après l'égalisation de Toudic pour comprendre que Vannes vient de voir son joli rêve de régenticide se faire la malle. Est-ce cette désillusion qui pousse Vannes dans le précipice ? Difficile à dire. Mais le cauchemar ne fait que commencer. Trois minutes plus tard, Nivet, plus discret que jamais, délivre une passe en profondeur fabuleuse à un Langil parti à la super-limite du hors-jeu et voilà Steeven qui s'en va ajuster Benvegnu. 3-2.

Malherbe se fait peur, une dernière fois : Sammaritano, encore lui, ce gros relou avec son physique à la Valbuena, fait trois fois le tour de Sorbon et tire au ras du montant. Alors les Francky Boys, pour être sûrs, portent le coup de semonce.

Yatab' écarte sur l'aile vers Toudic, qui récupère, temporise, accélère et dépose un centre millimétré sur la tête d'El Arabi qui n'a plus qu'à envoyer un collissimo dans les cages. Il y a cinq minutes, Caen était mené et voyait son règne menacé. 80e minute : 4-2, et bienvenue en monarchie.

12 matches sans défaite, record caennais égalé. 9 victoires, 3 nuls, 0 défaite. 7 points d'avance sur Nantes, et 10 sur le quatrième. Il faudrait que Caen se vautre quatre fois de suite pour être menacé, et encore, parce que vu la régularité de nos poursuivants et qu'il y a un embouteillage monstre entre la 3e et la 12e place, on peut miser sur le double de matches. Caen a déjà un pied en Ligue 1, qu'on le veuille ou non. Une avance comme celle-là, il faudrait vraiment le vouloir pour la saccager. Ou que la crise hivernale caennaise ne dure pas trois ou cinq mois, mais commence tout de suite pour ne plus jamais s'arrêter. Toujours est-il que pour l'instant, Caen est indétrônable.

"INSTANTANEMENT COMME CA / REPRENDRE DE VOLEE D'AUSSI LOIN / COMME ELLE VIENT"

La bande-son du jour : Silver Rocket, de Sonic Youth, sur le disque Daydream Nation (Enigma, 1988).

---- LES NOTES :

Thébaux [5] : Il sort n'importe comment sur le premier but et se troue quand même un peu sur le second. Bad beat.

Barzola [5,5] : De plus en plus autoritaire sur son aile, mais bizarrement absent sur le premier but.

Sorbon [6] : Il est à l'aise, il est costaud, il a pas été trop aidé par Leca. Mais quel bouillon lui a mis Sammaritano !

Leca [6] : Vraiment trop lent, et moins à l'aise dans la relance qu'Heurtaux, il a pourtant fait preuve d'une grande maîtrise dans la dernière demie-heure pour éloigner le danger dans un match enflammé. En prenant tout ce qui passait dans les airs, par exemple.

Raineau [5,5] : Un peu paumé dans son placement. On voit tout de suite que ce n'est pas son poste de prédilection. Mais ses tentatives répétées d'apporter le danger étaient intéressantes, même si inutiles.

Prom' [5] : Un sale jour pour le 12 caennais. Des pertes de balle inhabituelles. Et quand il s'agace, il fait un peu n'importe quoi, le Greg.

Seube [6+1] : Un match solide, comme d'hab, c'est le minimum pour Nico. Et un point bonus pour l'ouverture fatale vers Toudic.

Nivet [6+1] : Assez génial dans la première demie-heure (gestes techniques à la pelle), il a ensuite été beaucoup moins influent que d'habitude sur le jeu caennais, la faute à une présence en nombre des Vannetais au milieu. Un point bonus pour l'ouverture divine et fatale vers Langil.

Eluchans [6] : Beaucoup moins scolaire dans son jeu, Eluchans ne joue plus pour ne pas perdre le ballon, mais pour prendre des risques. Du coup, il tente plein de choses, en réussit pas mal, mais... Vraiment, ses potes ne veulent jouer qu'à droite, qu'est-ce qu'il y peut, lui ?

Langil [8,5] : Monstrueux. Hyper dangereux à chaque prise de balle, il provoque, il chaloupe, il zig, il zague, il est partout, il est une fusée, et il frappe par deux fois. Suffit de pas lui tendre un micro pour se persuader que ce type est la Nouvelle Star de l'année (faites en sorte de ne pas écouter ses interviews d'après-match à la radio, merci, merci pour lui).

Traoré [6,5] : Un match sérieux, il court sur le haricot des défenses, c'est tout bon. Va falloir être plus décisif, mais ça vient.

El Arabi [10] : Une belle rentrée, il était là pour claquer l'offrande de Toudic. On lui en demandait pas plus.

Toudic [10+10] : Dantesque. Il a chamboulé le match et a réactivé le mode "Fureur" de Langil en accélérant tout le jeu offensif caennais. Un but de buteur, une passe décisive merveilleuse. Une putain de rentrée.

Yatab' [7] : Précis même si parfois un peu longuet à transmettre le cuir, il est à l'origine du dernier but, et même à sa conclusion, puisqu'il emporte le ballon et un défenseur et le gardien au fond des filets. Et le but est attribué à El Arabi. Le mec humble.

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TOUS LES SCORES :

Lundi 26 Octobre 2009

Guingamp 1 - 2 Le Havre (dire qu'on pensait que Guingamp serait un candidat à la montée)

Mardi 27 Octobre 2009

Arles 0 - 0 Dijon (Arles toujours aussi hype)

Angers 1 - 2 Brest (ouais, bon)

Sedan 1 - 0 Bastia (adieu veaux, vaches, cochons, bastiais)

Clermont 2 - 0 Istres (depuis la défaite contre Caen, Clermont se venge)

Châteauroux 1 - 2 Metz (Châteauroux n'en finit plus de tomber)

AC Ajaccio 2 - 0 Nîmes (la Corse respire encore)

Caen 4 - 2 Vannes (take it easy, Benvegnu)

Nantes 0 - 0 Laval (le faux pas qui fait plaisir)

Strasbourg 0 - 1 Tours (Strasbourg est tout froid et ne bouge plus)

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LE CLASSEMENT :

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1. Caen 30 pts (+12)
2. Nantes 23 pts (+9)
3. Le Havre 21 pts (+1)
4. Arles 20 pts (+2)
5. Brest 19 pts (+4)
6. Metz 19 pts (+1)
7. Tours 18 pts (+4)
8. Laval 17 pts (+2)
9. Ajaccio 16 pts (+5)
10. Châteauroux 16 pts (+1)
11. Nîmes 16 pts (-1)
12. Clermont 15 pts (0)
13. Angers 13 pts (-2)
14. Vannes 13 pts (-5)
15. Sedan 13 pts (-5)
16. Dijon 12 pts (-4)
17. Guingamp 11 pts (-5)
18. Istres 10 pts (-10)
19. Strasbourg 9 pts (-6)
20. Bastia 6 pts (-3)