Finances longues, idées courtes

23 mai 2009 à 14:17 Finances longues, idées courtes

Les 14 commandements pour rater une saison en ligue 1

S’il est des clubs pour lesquels il fait bon taper dessus, le P.S.G est de ceux-là bien qu’il ne soit pas le seul. Une sorte de festival de Cannes permanent : starlettes qui se croient en haut de l’affiche, vieilles gloires plus vraiment rugissantes, metteurs en scène sans « final cut », financiers qui adaptent le produit au détriment de l’image et du scénario, et paradoxalement un public qui suit et semble en vouloir toujours plus chaque année. C’est tout le mystère de la production qui s’offre un budget colossal et dans le même temps confie la direction à un président non exécutif (titre de Sébastien Bazin depuis février 2009). Mais pourquoi diable le public en redemande-t-il ? Prendre les ratios notoriété/fréquentation ; performance sportive/rentabilité financière ; investissements/plans secrets ne sont d’aucune utilité. En réalité, il faut comprendre que le P.S.G est le football de consommation par excellence. On s’explique : avec un jeu standardisé, sans surprise et selon un contenu garanti (crise en novembre, changement du président tous les douze mois, joueurs surcotés), le club parisien offre systématiquement l’idée du rêve, de l’ailleurs à ceux qui le fréquentent. Aller au Parc des Princes, suivre le club, c’est acheter un ticket pour l’absence. Une fois hors du stade, la télévision éteinte, c’est le réel qui reprend le dessus, et sauf à vouloir recréer ce qui s’est passé, n’importe qui y retourne car il a oublié ce qu’il a vu car on ne peut s’abstraire totalement de la réalité et de ce qu’elle implique.

Aussi vrai que le critique Van Dine (Willard Huntington Wright de son vrai nom) fixait en 1928 les vingt commandements que doit suivre un vrai roman policier, on pourrait dire qu’une saison réussie pour le P.S.G tient dans les éléments qui vont suivre. On en dénombre quatorze mais la liste reste ouverte.

· Les dirigeants et les joueurs n’ont aucune chance de trouver une solution durable à l’instabilité ;

· Une bonne saison se traduit toujours par un licenciement qui frappe au moment où l’on s’y attend le moins le dirigeant ou l’entraîneur, de préférence ce dernier alors qu’il obtient des résultats (l’exemple parfait est Laurent Fournier) ;

· L’amour des supporters est puissant mais pas toujours inconditionnel (une bonne grève des chants, quelques altercations ou des revendications ajoutent le piment qui sera mis en sauce par les médias) ;

· La cause du malaise est toujours située à l’intérieur du club ;

· Les bons résultats doivent tenir à une grande part de hasard ;

· Il doit toujours y avoir plusieurs chefs, aucun ou un président qui tombe comme par magie (on citera deux noms qui demeurent à égalité : Charles Biétry et Laurent Perpère) ;

· Un bon P.S.G, c’est un traître dans le vestiaire qui se montre sous les traits d’une balance ou d’un homme de confiance qui trahit au dernier moment, contre toute attente ;

· Chaque année un sauveur potentiel sera chargé de remettre de l’ordre (joueurs historiques du club, gloires venant faire un dernier tour de piste avant la retraite sont toujours appréciés ; l’idéal serait de recruter un mort) ;

· Le bouc émissaire, l’âme noire qui provoquera une explosion médiatique à un moment de la saison ne doit être qu’une seule personne (pour le cas de l’entraîneur, l’archétype est Guy Lacombe ; pour l’actionnaire, le modèle est Colony Capital) ;

· Les groupes secrets, les camarillas (coteries influentes) ont toujours un conseil malavisé à prodiguer (la réussite exemplaire : recruter des attaquants de la trempe de Cyril Pouget ou Mateja Kezman, préférablement en mettant le prix qu’il ne faut pas) ;

· La fin de chaque épisode doit se traduire par un gâchis, susciter des regrets et l’idée que la leçon a été apprise, même si d’expérience c’est faux ;

· Toute bonne saison doit s’accompagner d’authentiques exploits (victoire sur les terres de l’ennemi héréditaire, folles qualifications européennes) au moment où l’on ne s’y attend pas ;

· Chaque nouvelle saison doit porter l’espoir du titre même si l’espoir s’effondrera très vite ;

· Un fait divers doit toucher le club (par exemple, des joueurs pris en excès de vitesse par les forces de police : Jérôme Rothen est l’homme de la situation).

Les commandements respectés, la saison n’en sera que superbe. Et si un autre club influent (disons l’O.M) applique la recette dans le même temps, c’est le sublime qui est atteint, le bonheur assuré, tout le sel de la Ligue 1 grâce aux deux grandes marques du championnat de France. Et dire que Jean-Michel Aulas se refuse à suivre ces règles au motif que cela coûte de l’argent, de l’énergie et crée de la colère…

Jean-François BORNE






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