DURR-E
18 août 2008 à 11:56Deux faits majeurs se sont déroulés cet été même si celui-ci est loin d’être fini contrairement à mon yoghourt nature que je viens d’avaler d’une traite sans me soucier une seule seconde de la répartition des coûts de la politique de l’eau en Seine-Normandie ou de la fréquence de pédalage de Nicolas Sarkozy sur les routes varoises pendant ses vacances. Je signale au passage que j’ai arrêté du jour au lendemain la Danette au praliné au profit du yogourt nature pour une sombre histoire de pouvoir d’achat.
Deux faits majeurs d’hommes se sont déroulés cet été disais-je donc : le record du monde du 100 mètres d’Usain Bolt en 9 s 69 aux Jeux Olympiques de Pékin (si l’on avait mis un Chinois bien énervé juste derrière ses fesses, je suis à peu près certain que le sémillant Robert Ménard serait descendu en dessous des 9 s 65) et l’arrivée de Patrick Sabatier sur France 2 qui nous fait déjà regretter la suppression de la publicité sur France Télévisions. En apparence, ces deux évènements intersidéraux ne sont pas liés, comme me l’a confirmé l’autre jour mon voisin qui est de palier, également.
Simplement, quand le sympathique historien du sport Jean Durry reviendra sur ces évènements éclairer nos lanternes dans quelques temps sur l’antenne de France Culture (c’était vachement bien France Culture cet été) ou dans l’émission C dans l’air et expliquer que l’on était bien cet été 2008 - l’année du grand chambardement des droits télé du foot - à l’intérieur d’un cataclysme annoncé et que le retour de Sabatier à la télé ne pouvait se produire de même que cet incroyable record du monde sans dresser en parallèle un énième bilan de santé alarmiste de notre monde téléviso-sportif, alors nous comprendrons qu’il est déjà trop tard, que le cauchemar a déjà commencé.
Et l’on aura beau, tel le petit Wall-E de Pixar, se démener comme un édenté à la recherche d’un dentifrice à la camomille, et compresser comme il se doit le reste d’une humanité en miettes, il sera aussi difficile d’appréhender sereinement les résultats de Bolt et le retour au premier plan de Sabatier que de passer, même pour s’amuser un peu, une paire de cénobites au cirage.
Heureusement, il y aura toujours des gars comme Jean Durry, qui ne colle jamais, tout comme l’oncle Ben’s, pour replacer les choses dans leur contexte, expliquer, si possible dans des bouquins, les forces et les faiblesses des personnes qui tournent autour du sport en général et en particulier de l’individu qui coupe les cheveux de Nelson Monfort, même si cela ne sert finalement pas à grand-chose, et signaler aux humains téléphiles avides de sensation forte à la nostalgie douteuse, la dérive certaine de leur choix gastronomique, l’absurdité de leur résolution spectaculaire, la souplesse de leur cerveau inactif qui pète souvent plus haut que leur façon de monter à cheval les jours de grand vent.
Sim triquette