Pédale!

22/07/2012

Le Tour 2012 va sacrer Bradley Wiggins, un spécialiste du chrono. Pourtant, on retrouve dans le palmarès de l'épreuve quelques grands noms qui ont vaincu sans être des spécialistes de l'aérodynamisme, des roues lenticulaires ou du 55x12.

Sylvère Maes, vainqueur en 1936 et 1939
Quelques années après l'introduction du contre-la-montre au Grand Prix des Nations ou dans le Tour de France, l'heure est plutôt à la familiarisation avec l'exercice. C'est le cas pour Sylvère Maes, double-vainqueur du Tour à la fin des années '30. Si lors de son premier succès, le Belge ne doit se farcir que des chronos par équipes, le second comprend cinq parcours individuels. Celui entre Bonneval sur Arc et Bourg-Saint-Maurice, parfait pour son profil, n'est qu'une formalité pour ce grimpeur hors-pair. En revanche, il concède régulièrement entre deux et trois minutes sur ceux qu'il dispute sur du plat. En même temps, avec 30 minutes d'avance sur le deuxième au classement général final, il pouvait même s'arrêter boire une mousse...

Gino Bartali, vainqueur en 1938 et 1948
Malgré un palmarès tronqué à cause des saloperies nazies et fascistes, Gino Bartali reste l'une des légendes du Tour, la seule à avoir gagné deux épreuves à dix ans d'intervalle. Lors de son premier sacre, « il Ginettachio » domine la concurrence dans les Alpes mais lâche près de quatre minutes sur les 70 km de contre-la-montre répartis en deux étapes. Une décennie plus tard, il n'y a qu'un seul chrono, mais quel chrono : 120 km au programme entre Mulhouse et Strasbourg. Bartali termine loin, très loin... A douze minutes de Roger Lambrecht, arrivé premier dans le chef-lieu de l'Alsace.



Roger Walkowiak, vainqueur en 1956
Dès la 7ème étape, Roger Walkowiak a un pied sur le podium des Champs Elysées. Entre Lorient et Angers, le futur vainqueur et 31 autres coureurs sèment le peloton et arrivent avec 19 minutes d'avance. C'est le tournant du Tour et il fallait bien ça pour que le natif de Montluçon l'emporte. Lors du contre-la-montre final entre Saint-Etienne et Lyon, il se fait violence pour garder un peu d'avance sur le Français Gilbert Bauvin ou le Belge Jan Adriaensens.

Federico Bahamontes, vainqueur en 1959
L'aigle de Tolède n'est pas surnommée ainsi pour rien. Quand on survole et appréhende la montagne comme le ferait un rapace, comment ne pas le rebaptiser de la sorte ? Sa victoire dans le Tour 1959, Bahamontes la doit en partie à une défaillance de Charly Gaul dans l'étape d'Aurillac. Sans cela, peut-être que le Luxembourgeois aurait fait mal à l'Espagnol dans les contres-la-montre, notamment dans celui de 69 km entre Seurre et Dijon juste avant le bouquet final où ce dernier concède plus de six minutes aux premiers.



Lucien Aimar, vainqueur en 1966
Dans l'équipe Ford présente au départ sur la Route '66, le favori n'est sûrement pas Lucien Aimar. Même s'il porte le dossard n°1, le Varois sait pertinemment que le taulier de son équipe reste Jacques Anquetil. Maitre Jacques le dresse tellement dans de nombreux domaines, notamment dans ces duels face à la trotteuse, ces aiguilles qu'il faut stopper le plus vite possible. Mais plus en jambes que son leader, plus proche de la fin que de la gloire, Aimar bénéficie d'un laisser passer du boss. Heureusement qu'il n'y avait pas plus de 73 km de chrono individuel cette année-là. Sinon, la fusée Jan Janssen aurait remonté les 1'07 le séparant du Français au final.

Lucien Van Impe, vainqueur en 1976
Gabarit de poids plume et six fois vainqueur du grand prix de la montagne dans le Tour, Lucien Van Impe grimpe comme une bête. C'est donc sans surprise qu'il dessine son sacre quelques mois dans les Pyrénées. D'autant qu'en contre-la-montre, difficile de suivre l'épopée du sprinteur-rouleur Freddy Maertens, vainqueur dans huit villes-arrivée un mois et demi après une autre épopée, celle des Verts. Très loin dès le premier chrono de l'épreuve, Van Impe est galvanisé avec le maillot jaune sur le dos lors des deux suivants et tient bon.



Pedro Delgado, vainqueur en 1988
Sous probénécide, produit masquant l'usage de stéroïdes anabolisants interdit par le CIO... mais pas par l'UCI, Pedro Delgado termine la Grande Boucle avec plus de sept minutes sur le deuxième, Steven Rooks, et quasiment dix sur le colombien Fabio Parra, classé troisième. Mais s'il y a bien un domaine où le coureur de Reynolds est dans le dur malgré le pot belge, c'est le gobage de kilomètres en solo. Sa douzième place dans le premier des trois CLM a d'ailleurs des allures de victoire pour lui en début de Tour. Les rageux diront qu'il a gagné le deuxième. Ok, mais dans les Alpes et avec des pourcentages horribles dans la fin de parcours entre Grenoble et Villard-de-Lans.

Marco Pantani, vainqueur en 1998
Si un jour, un ciclyx vous dit que Marco Pantani se débrouillait en individuel avec son casque profilé et son vélo allégé, foutez-vous aussi de sa gueule en arguant que Mario Cipollini était pas mauvais dans le domaine de la grimpette. En 1998, le concurrent principal de l'Italien se nomme Jan Ullrich. L'ogre de Rostock lui fout la frousse sur contre-la-montre. En 110 bornes d'individuel, le Pirate perd « seulement » 7 minutes sur le leader de la Telekom. Pas sûr que les voltigeurs de la Mercatone Uno auraient célébré le regretté Marco sous l'Arc de Triomphe si les organisateurs avaient programmé un chrono par équipes.



Carlos Sastre, vainqueur en 2008
Carlos Sastre ou comment empocher un Tour à la Walkowiak, à savoir grâce à un concours de circonstance ultra-favorable. Pas franchement rouleur, l'Espagnol ne fait même pas partie des favoris après la boucle autour de Cholet, gagnée par Kim Kirchen suite à l'exclusion d'un Stefan Schumacher chargé jusqu'à la moelle. Terminant à des années-lumière, Sastre ne doit son salut qu'à son joli coup dans l'Alpe d'Huez et au coup de moins bien de Cadel Evans dans le second exercice contre le temps. L'Espagnol de la CSC perd peu de terrain face à l'Australien, pourtant largement favori des sondages mais en petite forme, et file vers sa première (et unique) couronne.

Andy Schleck, vainqueur en 2010
Le cadet des frangins Schleck signe son premier succès sur le Tour en 2010. Ou plutôt en 2012, soit le moment choisi par le tribunal arbitral du sport pour prononcer le déclassement d'Alberto Contador pour dopage. Sur le terrain, Andy perd l'épreuve dans le seul unique CLM, programmé entre Bordeaux et Pauillac sur 52 km. Pendant que Fabian Cancellara arrache le bitume et que Contador s'en sort tant bien que mal, le leader de la Team Saxo Bank galère comme une âme en peine et perd beaucoup de terrain. 6'14 très précisément sur le train suisse. Aïe...

Par Arnaud Clement


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