Pédale!

04/07/2012

A l'heure où le peloton se donne du mal pour voir les étapes se boucler au sprint, il est bon de se rappeler qu'il sera bientôt usé et ne pourra pas toujours aller chercher les échappés. Florilège de ceux qui ont réussi à prendre la poudre d'escampette en solitaire et en partant de loin, très loin...

Albert Bourlon entre Carcassonne et Luchon en 1947 : 253 km
Ok, on vous parle d'un temps que les moins de vingt ans et patati et patata... Même si le cyclisme d'époque voyait ses acteurs enfiler des boyaux sur les épaules, cela n'empêchait pas les coups d'éclats. Que dire de celui d'Albert Bourlon? Dans la 14ème étape d'un Tour dominé par Jean Robic, il décide de s'échapper tôt pour prendre le maximum de primes lors des sprints intermédiaires. Résultat : une victoire après 253 kms en solo, un pécule de 160 € dans les poches et un record de la plus longue échappée en solitaire qui n'est pas près de tomber. Propre.

Hugo Koblet entre Brive-la-Gaillarde et Agen en 1951 : 135 km
Le Tour 1951 est celui de l'incertitude alors que Fausto Coppi apparaît affaibli. Bobet ? Geminiani ? Bauvin ? Aucun n'apparait assez costaud pour prendre la succession de l'Italien. Ce sera finalement Hugo Koblet, qui tape un grand coup sur la table lors de la onzième étape. Alors qu'un groupe de deux coureurs s'en va au kilomètre 35, le Suisse prend un coup de chaud dans la foulée, les rattrape et les sème sur les 135 km restants. Le pédaleur de charme résiste superbement au retour des favoris en fin de parcours avec une moyenne de presque 39 km/h. Sympa pour l'époque.



Roger Hassenforder entre Lyon et Montluçon en 1956 : 190 km
Vainqueur de quatre étapes, Roger Hassenforder ne fait pas rire les mouettes lors de l'édition 1956. Alors qu'il reste deux jours avant l'arrivée sur les Champs et que la victoire semble destinée à son compatriote Roger Walkowiak, Hassen joue les funambules entre Lyon et Montluçon. Parti au 47ème kilomètre, le coureur de l'Ouest n'est pas pris au sérieux par le peloton. Avec vingt minutes d'avance à 80 bornes de l'arrivée, il peut alors voir venir. Sauf qu'il est oxy, titube, se tortille sur sa selle et se fait violence pour boucler le parcours. En même temps, pour faire 190 kilomètres en solo, il faut être un peu maso.

Roger Pingeon entre Font-Romeu et Albi en 1968 : 193 km
Qu'on se le dise, Roger Pingeon est un habitué des échappées type « solitaire du Figaro ». En 1967, année de sa seule et unique victoire au général, l'échassier surprend son monde dans la cinquième étape en gagnant à Jambes après 60 km à affronter les pavés et le vent. Alors quand il réédite l'opération dans la quinzième étape du Tour suivant, la chose ne surprend guère. Sauf que la Ping' cherche la difficulté en partant de très loin. Le peloton ne réagit pas, jusqu'au moment où Raymond Poulidor chute. Les autres favoris accélèrent alors la cadence pour le distancer. Pingeon gagne finalement à Albi, mais avec un écart minime alors que le maillot jaune se profilait initialement. D'où l'héritage d'un deuxième surnom : La Guigne !

Eddy Merckx entre Luchon et Mourenx en 1969 : 140 km
Malgré un déclassement pour dopage dans le Tour d'Italie, le grand Eddy peut, dans le bénéfice du doute, participer au Tour de France . Le Cannibale va alors justifier son surnom. Non content de rafler le classement général et ceux du meilleur grimpeur, meilleur sprinter et meilleur jeune, il va faire le show comme nul autre pareil. Lors de la 17ème étape, il plie le peu de suspense restant, en s'échappant du haut du Tourmalet, soit à 140 kilomètres de la ligne blanche. Affamé, le fauve en termine avec huit minutes d'avance pour bouffer définitivement la concurrence. Une faim de loup.



Bernard Quilfen entre Besançon et Thonon-les-Bains en 1977 : 222 km
Agé de 28 ans cette année-là, Bernard Quilfen a alors plus d'années au compteur comme serrurier qu'en tant que cycliste pro, profession qu'il exerce depuis seulement un an. Mais le futur directeur sportif de la Cofidis se fait un nom dès sa première Grande Boucle avec un sacré numéro dans les cols jurassiens. L'explication attendue entre Eddy Merckx, Dietrich Thurau, Hennie Kuiper, Lucien Van Impe ou le futur vainqueur Bernard Thévenet ne peut avoir lieu à cause des 222 kilomètres d'échappée solitaire du coureur de Gitane-Campagnolo, la quatrième plus longue de l'histoire

Thierry Marie entre Arras et Le Havre en 1991 : 234 km
Si la perf' du recordman Albert Bourlon est aujourd'hui inatteignable, un homme s'en est pourtant dangereusement approché : le Français Thierry Marie. Alors que le leader au classement Rolf Sorensen abandonne la veille après s'être explosé la clavicule et que Greg LeMond refuse d'hériter de la tunique dans ces conditions, l'étape entre Arras et Le Havre se dispute sans maillot jaune. Enfin presque, car après 234 km seul au monde à distancer le peloton, le coureur de Castorama montre qui est le patron. A noter que celui qui le suit en voiture lors de cette épopée est... Bernard Quilfen. Pas mal comme conseiller.

Eros Poli entre Montpellier et Carpentras en 1994 : 167 km
Champion olympique par équipe 1984 du contre-la-montre sur une distance de 100 km, Eros Poli est un mec de chrono capable de rouler dans la durée. Mieux, il peut même le faire en grimpant malgré son imposant mètre quatre-vingt-quatorze à plier autour du cadre. En 1994, l'Italien de la Mercatone Uno choisit l'étape du Mont Ventoux pour se faire la malle au km 40. Il résiste malgré le retour de la fusée Pantani dans la montée mythique au prix d'un effort indécent.



Tyler Hamilton entre Pau et Bayonne en 2003 : 95 km
Sûrement pas la plus longue et la plus impressionnante de toute... Mais la plus couillue, ça oui ! Qui a oublié le parcours de Tyler Hamilton avec cette clavicule cassée après une énorme pelle au terme de la première étape lors du Tour du centenaire ? En mode « show must go on », l'Américain de la CSC livre un petit bijou d'effort en moyenne montagne entre Pau et Bayonne. Parti à 145 km, il fond sur David Millar avant de rejoindre le groupe des sept échappés. Les enfants laissent passer Monsieur Hamilton, qui trace jusqu'à Pau avec l'aisance de son compatriote Armstrong, vainqueur pour la cinquième fois à Paris.

Mickaël Rasmussen entre Gerardmer et Mulhouse en 2005 : 167 km
Avant d'être le pestiféré du peloton, Mickaël Rasmussen a peut-être été le plus digne descendant de Marco Pantani au rang des grimpeurs de très haut vol, capable de se surpasser à mesure qu'augmentent les degrés de la pente. Lors de la première étape de montagne en 2005, disputée dans les Vosges, le Danois fait comprendre aux concurrents du maillot à pois que la place sur le podium à Paris lui est déjà réservée en lâchant tout le monde quatre bornes après le départ. Lancé à toute allure à sa poursuite avec ses cuisses d'haltérophile dans le final, Jens Voigt ne peut alors pas rattraper le lutin de la Rabobank.

Par Arnaud Clement


Votre compte sur SOFOOT.com

4 réactions ;
Poster un commentaire

  • Message posté par nadalito_15 le 04/07/2012 à 17:14
     

    Sympa votre blog les gars! Bien mieux que ce que nous offre léquipe.fr
    Rasmussen je m'en souviens bien! Et ses gamelles en clm aussi!
    Juan Mauricio Soler m'avait bluffé aussi une fois.

  • Message posté par Steven (4) le 04/07/2012 à 18:50
     

    On remarquera que parmi ces baroudeurs figurent plusieurs coureurs dopés ou suspectés de dopage ...

  • Message posté par drppman le 05/07/2012 à 01:44
      Note : 1

    Il manque à ce top 10 la formidable échappée solitaire de Cédric Vasseur, en 1997, entre Chantonnay et La Chatre, sous une terrible chaleur lourde.
    147,5 km devant et le maillot jaune à l'arrivée, 27 après la victoire sur le Tour de son père Daniel !

    Il avait à l'époque reçu le "prix Robert Chapatte", distinction malheureusement disparue aujourd'hui, qui récompensait l’échappée solitaire la plus longue sur le Tour.

  • Message posté par drppman le 05/07/2012 à 01:47
     

    Évidemment, son père s'appelle Alain et non pas Daniel...


4 réactions :
Poster un commentaire