Les chutes sauvent ce début de Tour, plutôt monocorde dans son scénario quotidien. Des minutes se sont perdues aujourd’hui pour quelques outsiders au général dont Frank Schleck. Sagan règle Greipel au sprint à l’arrivée à Metz.
S’il est ennuyeux et prévisible à mourir, ce début de Tour 2012 offre au moins les plus belles munitions pour un Top chutes. Celle de Simon Gerrans, dans les barbelés, lors de la 3ème étape, avait mis la barre assez haut. Celle de Tyler Farrar, lors de la 5ème étape, en pleine préparation du sprint, casque le premier, le vélo de travers, soutient la comparaison. D’autant plus que le sprinter américain comptait déjà trois chutes dans la besace depuis le départ du Tour à Liège. La gueule cassée, il s’est d’ailleurs rué en fin d’étape dans le motor-home de l’équipe Argos-Shimano pour punir le fautif de sa dernière gamelle. Ça, c’est l’Amérique ! L’événement a surtout permis au public de découvrir qu’il y avait une équipe Argos-Shimano sur le Tour.
Pour l’étape du jour entre Epernay et Metz, les amateurs de chutes ont une nouvelle fois été servis. Au kilomètre 35, le peloton devient château de cartes et emporte avec lui au sol des Gesink, Valverde, Menshov ou le super leader d’AG2R Jean-Claude ou Jean-Christophe ou Jean-Charles Péraud. Dans le rang des sprinters, surprise : Tyler Farrar est épargné. Oscar Freire et Andre Greipel, non. C’est un peu le bonus track d’une journée qui sentait mauvais pour la Lotto-Bellisol. Avant même le départ réel, son leader pour le classement général Jürgen Van den Broeck mangeait la poussière sans trop de conséquence, en compagnie d’un lieutenant de Wiggins, Richie Porte.
Côté course, c’est de la redite. Une échappée part très tôt, à quatre coureurs (Zabriskie, Malacarne, Zingle et Kroon) et prend son pécule de 6-7 minutes d’avance pour animer sa journée. Petite nouveauté : aucun Français n’a réussi à squatter ce que les coureurs appellent « l’échappée télé ». Le peloton semble prendre du coup un peu plus au sérieux les quatre attaquants et se met en action de façon plus dynamique que lors des étapes précédentes. Par gros à-coup, il mange ses minutes de retard pour laisser les quatre lapins à 1 minute de fusil dès les 40 derniers kilomètres. Pendant ce temps-là, on finit la journée en beauté pour Greipel, qui chute une dernière fois et déclare de ne pas vouloir participer au sprint massif final qui s’annonce. Les coureurs en file indienne foncent vers Metz. Sur le bord de route, c’est n’importe quoi. Un type avec des palmes et deux réacteurs aux bras fait des saltos dans l’eau d’un lac. Ça, c’est le Tour. Les éclopés ou malades de début de Tour finissent dans un petit groupe derrière le paquet. On trouve pêle-mêle un revenant de gastro (Feillu), un revenant d’atèle (Tony Martin), une gueule cassée (Farrar), un mec qui continue le Tour de France avec le scaphoïde pété (Kuschynski) ou un mec qui ne voit pas d’un bon œil un gros nuage noir, Monsieur Moncoutié.
A 25 bornes de l’arrivée, le peloton fait sa spéciale. La grosse chute dans une ligne droite en rase campagne. Trois coureurs abandonnent (Poels, Vigano, Danielson). Des leaders sont retardés. Le groupe Frank Schleck chasse le groupe Péraud qui chasse lui-même le groupe maillot jaune. Le vainqueur du Giro Hejdal, Cavendish, Voeckler, Pierre Rolland, Valverde, Scarponi et même Jimmy Engoulvent passeront la ligne deux minutes après le vainqueur, Peter Sagan. Vu les circonstances de course, Greipel met finalement son train en route, mais ne parvient pas à asphyxier le jeune Slovaque. Fier dans son maillot vert, Sagan joue à Mr Muscle, comme un Balotelli, et prend son troisième bouquet de la semaine.
Par Ronan BOSCHER





+ -