Pédale!

08/07/2012

La 8ème étape entre Belfort et Porrentruy sacre un jeune coureur français de 22 ans, Thibaut Pinot au terme d'une journée nerveuse marquée par la chute de Samuel Sanchez. Le plus jeune coureur du peloton signe son premier succès sur la Grande Boucle. Wiggins reste en jaune.

Une étape nerveuse pour les attaquants se profile. Le Tour quitte la France pour la Suisse. Le tracé est vallonné et la route prend de l'altitude. Sept cols répertoriés, aux noms parfois évocateurs (le passage de la Douleur, le col de la Croix), culminent à plus de 1000 mètres. Très peu de routes plates. C'est surtout l'enchainement rapide des ascensions qui risquent de fatiguer un peloton meurtri par les chutes de la première semaine et qui n'a pas encore fini de panser ses plaies. Le parcours est en tout cas suffisant pour jauger, avant les Alpes, la forme physique des favoris.

Dès le départ, de nombreux coureurs arrivent à prendre la fuite. Gallopin, Kern, Pinot, Moncoutié, Kadri et Roy représentent la Tricolore. Mais la collaboration fait défaut au groupe de fugitifs. Le collectif n'est pas huilé et on se regarde. L'Allemand Jens Voigt, le senior du peloton, est bouillant et veut se la joueur solo. Il est rapidement rattrapé par la bande. Et c'est le Français, Jérémy Roy, qui tire son épingle du jeu. Il prend seul la tête de la course mais est rejoint par le Suédois de l'Astana, Kessiakoff. L'écart entre les deux hommes et les poursuivants se stabilise à une minute. Derrière, l'équipe Sky, sans pitié, commence déjà à imprimer un rythme soutenu pour écrémer le peloton qui joue à l'accordéon entre les montées et les descentes.

À 99 km de l'arrivée, Samuel Sanchez mord la poussière. Le champion olympique fait un soleil terrible et gît sur l'asphalte, à demi-conscient. L'image est spectaculaire. Le meilleur grimpeur du dernier Tour s'est fracturé la clavicule et abîmé la main. Il quitte la route du Tour en larmes, sous les applaudissements des spectateurs. Son rêve olympique est brisé. Coup dur pour l'équipe Euskaltel qui perd son leader. L'écurie basque voit même un deuxième coureur orange abandonner : Gorga Verdugo. Journée noire pour Inaki Isasi, le directeur sportif.

Les coureurs enchainent les cols, le peloton est maintenu à plus de trois minutes. Les Sky sont moins dominateurs que sur la Planche des Belles Fille mais Wiggins est bien au chaud en tête de meute. Alors que Kessiakoff largue Roy et continue seul son effort, le barbelé Hoogerland, avec Sorensen et Mollema, renforce le groupe en chasse. Le peloton se fracture sous les coups de boutoir de l'équipe britannique. Les fantômes des chutes hantent les coureurs qui pédalent sans prendre le moindre risque sur la route de cette étape dangereuse. Tout le monde semble attendre l'ascension du col de la Croix qui promet de dynamiter la course. La Liquigas prend alors le relais du troupeau. L'écart avec les hommes de tête ne diminuant pas, Nibali fait rouler ses lieutenants tandis que les cyclistes entament l'avant-dernière difficulté de la journée. La côte de la Caquerelle fait des dégâts, on ne compte plus les décrochés. Le nombre de poursuivants se réduit et il n'en reste plus que deux dans la descente de la Caquerelle: Tony Gallopin de la Radioshack et Thibaut Pinot de la FDJ. Ce dernier, pur grimpeur, participe à son premier Tour de France et n'est pas du tout impressionné par Tony Gallopin qu'il dépose à l'entrée du col de la Croix pour fondre sur Kessiakoff.

En tête de peloton, les visages se crispent, l'écart ne se réduit pas et, à 25 km de l'arrivée, les échappées comptent toujours 3'30 d'avance. Le Suédois, héroïque, résiste courageusement et engrange des points pour le Grand Prix de la Montagne. Dans les 15 derniers kilomètres de cette étape helvète, un mano a mano à distance débute entre le Suédois et le Français. Pinot, en danseuse, laisse sur place un Kessiakoff rouillé par l'effort. Derrière, le peloton est déserté et il ne reste plus qu'une petite poignée d'irréductibles. Tout les favoris sont présents. Seul le maillot blanc Taraamae paye ses efforts de la veille et craque dès les premiers pourcentages de la montée finale. Pierre Rolland également. Dans la descente, Nibali, en spécialiste, mène la meute. Les favoris se neutralisent tandis que Pinot s'envole vers la victoire d'étape. Thierry Adam jubile et crie « cocorico ». Marc Madiot s'excite et gueule sur son poulain pour mieux le sublimer : « T'es beau, Pinot ! ». Le natif de Mélisey, signe la première victoire française sur le Tour à Porrentruy. Il brise la ligne blanche en solitaire, d'un poing rageur. Promis à un avenir radieux, il remporte, à 22 ans, le plus beau succès de sa jeune carrière. Les favoris, eux, arrivent groupés. Et Cadel finit 2. Comme hier en fait.

Par Théophile Leroy


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