Pédale!

06/07/2012

L'homme de l'ombre par excellence, c'est lui. Bernhard Eisel, 1m83, 74kg, quadrilingue, est le dernier poisson-pilote de Mark Cavendish. Portrait.

Il fut un temps où le TGV Columbia déposait le Cav' aux 200 mètres, à chaque arrivée taillée pour le sprint. Cette écurie dominait le peloton et imprimait ses pulsations aux autres coureurs. Mark Cavendish n'avait pas besoin de prendre des risques pour se frayer un chemin jusqu'à la ligne d'arrivée, son graal. The Manx Express était alors le leader d'une équipe construite pour lui, dont le seul objectif était de former, dans les ultimes kilomètres, une locomotive en tête de meute pour verrouiller et assurer sa victoire. Grâce à des rouleurs talentueux comme Tony Martin, Georges Hincapie, Michael Rogers, Kim Kirchen ou Konstantin Siutsou, c'était du tout cuit pour le natif de l'île de Man. Son dernier tremplin se nommait alors Mark Renshaw, considéré comme un des tout meilleurs poisson-pilotes. Parti tenter sa chance en solo à la Rabobank en 2011, l'autre Mark lâche son binôme.

Aujourd'hui, la Columbia a disparu, Cavendish porte le maillot de la Sky et il ne lui reste plus qu'un compagnon de route : Bernhard Eisel. Cette année sur le Tour, il est le seul à travailler pour lui pendant que les six autres coureurs vont se battre pour que Bradley Wiggins rallie Paris, auréolé du mailot jaune. Mais Eisel n'est pas qu'un simple coéquipier pour Cavendish. C'est aussi son pote. Ils partagent systématiquement la même chambre lors des courses à étapes. En fait, c'est peut-être le seul de l'équipe Sky à supporter son caractère. « Il a un côté explosif, comme à vélo, mais c'est un type bien. Il faut juste le connaître. C'est mon teammate depuis longtemps, je sais comment il agit et il sait comment je réagis. Il veut que j'arrête le vélo lorsqu'il arrêtera sa carrière mais je ne vais pas raccrocher à 50 ans non plus ! » dit-il avec humour.

L'Autrichien est un pur équipier. Homme de l'ombre, il a toujours roulé pour quelqu'un. « Je me mets au service de l'équipe, toujours. A la Columbia, je pouvais aussi bien travailler pour Mark que pour Hincapie. Sur le Tour, si Bradley a besoin de moi, je l'aiderais. ». Agé de 31 ans et fan de Queen, Bernie a vu éclore les pépites Gerald Ciolek et Mark Cavendish à la T-Mobile et les a fait progresser grâce à son expérience accumulée. Il a débuté sa carrière pro à la Mapei en 2001 avant que celle-ci ne soit dissoute deux ans plus tard. Il signe alors à la Française des Jeux où il est en concurrence avec l'autre sprinteur de l'équipe, Baden Cooke. Sur le Tour 2005, le directeur sportif Martial Gayant ne tranche d'ailleurs pas entre les deux et attend, à chaque étape, les 20 derniers km pour décider qui emmènera l'autre dans l'emballage final. « C'est ainsi que les choses se font. On attend d'avoir la sensation des deux coureurs avant le sprint pour décider » pose t-il alors.

Eisel ne s'est jamais véritablement imposé dans une écurie et a adopté un autre statut, celui de l'équipier de luxe. Habile sur les pavés, il est souvent bien placé lors des classiques et a remporté Gand-Wevelgem en 2010 en survolant le dangereux mont Kemmel, réputé pour sa dangerosité. L'homme participe à son 9ème Tour de France et a toujours réussi à atteindre les Champs-Elysées, exploit peu commun pour un coureur de ce profil. Et s'il n'a jamais remporté d'étapes sur la Grande Boucle, il le doit à son dévouement pour son équipe. Car Eisel est un sprinteur reconverti que l'on voit peut souvent à l'écran. Il préfère rester au chaud, dans le peloton comme pour mieux se préparer à épauler son leader pour le sprint massif. Familier du gruppetto, sa meilleure performance sur le Tour est une 108ème place. Mais l'Autrichien n'y prête pas attention, son véritable objectif est de faire gagner Mark Cavendish face à Greipel. Et ce n'est pas quelques points de suture qui vont l'empêcher de remplir sa tâche.

Avant-hier, à 2 km de l'arrivée, Eisel est pris dans une lourde chute et aurait pu se blesser plus gravement. Tombé à plus de 60 km/h, Bernhard fait aussi trébucher Mark qui reste groggy quelques minutes sur le bitume. Il détruit le désir du Britannique de gagner à Rouen, ville symbolique qui a vu les Anglais brûler Jeanne d'Arc en 1431. Heureusement, entre temps, le chasseur d'étapes en a ajouté une 21ème mardi. The Man of Man a réussi à briser la ligne blanche le premier à Tournai. Et ça, sans poisson-pilote. Il s'est faufilé tout seul, comme un grand. Et si Bernhard Eisel n'a pas peut-être plus le coup de pédale pour déposer Cavendish aux 200 mètres, il reste la bouée du Britannique dans une équipe acquise à la cause de Wiggins. Cet équipier modèle, soutien sans faille, partage quasiment sa vie avec le Cav': « Vraiment, on se voit tout le temps, c'est comme si on était marié, il m'appelle toutes les 20 minutes ! ».

Jamais repus, toujours affamé, Cavendish était déçu avant-hier du dénouement de la course et l'a fait savoir. « Il a un grand cœur mais il a aussi une grande gueule », confie Eisel. Ça, on veut bien le croire.

Par Théophile Leroy


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  • Message posté par Viovio le 06/07/2012 à 12:30
     

    Joli papier sur un super poisson-pilote!!

  • Message posté par Bafetimbite Gomis le 06/07/2012 à 14:12
     

    Enfin un papier sur un courreur qui place l'esprit d'équipe au dessus d'une petite gloire personnelle, le combatif du tour c'est bien Bernhard.

  • Message posté par ajde59 (56) le 07/07/2012 à 15:23
     

    L'ami Bernie en plus d'être un coéquipier rare et formidable, est l'un des coureurs les plus respecté du peloton !
    Il illustre bien ma pensée que le cyclisme est le plus collectif des sports individuels !


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