Vox OL & I
4 février 2008 à 14:32
Il ne reste qu’une grosse quinzaine à tirer avant ce nouveau match le plus important de la saison. Comme chaque année, on scrute jusque dans les moindres détails l’état du champion lyonnais, entre crainte de dérouillée sévère et rêves inavoués de gloire. Avant l’arrivée de ce Manchester United qui vient de répondre du tac au tac depuis White Heart Lane au sauvetage in extremis des Lyonnais à Gerland, on en est réduit à patienter comme on peut, quitte à s’en remettre aux signes les plus improbables.
Première tentative avec Juninho. On a peut-être le meilleur joueur de Ligue 1 qu’on mérite, comme disent les voisins du très bon blog caennais. En attendant, ce rebond inespéré du côté des huitièmes de Ligue des Champions est l’occasion pour le capitaine franc-tireur de s’imposer - une dernière fois ? - en patron, loin devant une marmaille 87 pressée d’en découdre de part et d’autre. A la manière d’une autre idole, bien mancunienne celle-là, revenue elle aussi d’on ne sait où pour régler ses comptes en pleine lumière et renvoyer la concurrence au loin, en un aller/retour de grande classe. Qu’on se le dise, le Juninho de cette saison a bien à voir avec le Morrissey période Vauhall & I, plus bouleversant que jamais quand il se retrouve seul contre tous.
Toute la saison passée, Houllier en promoteur averti de joueurs de classe mondiale, avait envoyé Juninho à la conquête des foules. Accompagné d’une équipe solide et rigoureuse, cet OL semblait enfin taillé pour les scènes européennes, prêt à tout emporter sur son passage. La première partie de saison annonce de beaux lendemains, Juninho fait mouche à tous les coups(-francs) et se laisse emporter par l’euphorie générale. Avant que le collectif ne s’enraye à la première contrariété.
L’OL doute, donc Juninho. On le voit qui s’agace, sombre dans la paranoïa et envoie bouler les adversaires venus lui réclamer qui un maillot, qui une poignée de main après un match où lui et son band promis aux succès voient chaque jour leur beau serpent un peu plus déplumé. Au point de sentir la grande équipe européenne tomber en désuétude, lassant son monde avec son titre national de plus, rengaine usée jusqu’à la corde.
Ce regard lessivé, cette chaleur qu’on ne parvient plus à avoir, le sentiment de ne pas être reconnu à sa juste valeur, on la retrouve chez Morrissey entre 1993 et 1994. Toute houppe dehors et chemises à strass de rigueur, sa tournée Your Arsenal de l’année précédente avait pourtant donné lieu à une incroyable ferveur. Son gang jouait lui aussi sans génie un rockabilly de bonne facture, raliant les foules chicanos de Sud Californie, amoureuses de l’icône, visage buriné et cœur d’artichaud. On en reste là. Entre le retour de flammes d’une pop glam’ et mélodieuse en Angleterre et le déluge grunge, Morrissey doit se contenter du second rôle, celui de crooner qui n’a pour avec seuls succès qu’une poignée d’hymnes aussi cheap qu’un air de « Juninho-la-la-la ».
A ce compte-là, autant ranger les costards trop grands qu’on a voulu vous tailler et reprendre les choses là où vous les avez laissées, du temps d’avant les rêves de gloire. Pendant qu’une jeune garde pousse, fière et arrogante, attirant sur elle toute la lumière, on part jouer l’introspection et retrouver ce qu’on a fait de mieux.
Morrissey revient ainsi en avril 1994 avec Vauxhall & I, album qui reste à ce jour le meilleur de sa carrière solo. L’équipe derrière lui reste à peu de choses près la même. Seule différence, et de taille, elle ne donne plus dans le rock de balloche joué les doigts gourds. Elle abandonne ses airs canailles et son attitude bas du front pour reprendre les mélodies fines et délicates, abandonnées depuis le départ avec pertes et fracas de Marr, la petite frappe qui savait faire dans la dentelle. Comme Morrissey n’a plus vraiment la gueule de l’emploi pour rejouer les airs d’une jeunesse évanouie, son groupe n’hésite pas à s’aventurer dans des zones plus obscures et marécageuses qu’on ne lui soupçonnait pas. Pour une fois, la gravité s’affiche sans artifice et, onze titres plus tard, Morrissey peut se livrer comme il sait le faire, mélancolique et mordant, troublant et sans doute meilleur que jamais.
Au tout début de cette saison, Juninho était lui aussi en délicatesse avec le monde entier. Renvoyé dans les cordes après une remise au point signée Govou, il abandonne le brassard et sèche le 4-4-2 à Perrin. Pour tout reprendre en main, dans les tiraillements d’un début de saison foireux, sans même avoir à passer par la case repentance. Le collectif derrière lui n’a plus la classe des années précédentes ? Qu’importe. Ce qu’il y a de mieux à faire, c’est encore de le régler en un 4-3-3 capable de lui obéir au doigt et à l’œil. Et si la solide assise défensive qui permettait de sauver les meubles en fin de saison passée n’est plus au rendez-vous, il saura ralier les critiques à la faveur d’un basculement vers l’avant, un jeu de tous les dangers qui lui permet pourtant de sauver sa peau. Une nouvelle fois.
Bien sûr, on a vite fait d’attribuer les mérites de ce retour en forme à l’insolence des duettistes, Ben Arfa et Benzema. D’autant que la jeunesse sacrée un soir de triomphe à Saint-Symphorien s’est empressée d’afficher ses prétentions dès que les premières victoires s’enchaînent – « Cette année, on a l’équipe pour aller loin en Ligue des Champions »… Quand Juninho, quelques semaine plus tôt, fondait dans l’autodépréciation propre aux grands garçons mélancoliques, un soir de défaite contre Glasgow. Pourtant, de ce retour au premier plan d’un OL retrouvant son collectif, il en reste le principal inspirateur.
Son absence lors des tous derniers matchs le rappelle encore. Même avec le visage à moitié mangé par cette barbe que Morrissey s’est toujours promis d’avoir, les choses ne sont jamais tout à fait les mêmes sans lui. Aussi talentueuse soit-elle, la jeune garde sauve tant bien que mal les apparences en faisant du réchauffé avec les pires recettes du passé. Oubliée la précision du mouvement en 4-3-3 accords, passez le milieu et balancez tout sur le devant de la scène, entend-on chez les deux bébés gones, proclamés joueurs providentiels dans ce mois de janvier usant.
Malgré des sauvetages de dernière minute, les sorties les plus récentes ont surtout rappelé que l’OL n’était jamais aussi peu crâneur et provocateur que lorsqu’il se retrouve privé de son grand 8 ordonnateur. Son retour dans les prochains jours pourrait très bien avoir des allures de round décisif dans ce bal foutraque des prétendants. Un peu à la manière du Momo de janvier 1995 qui scellait la cause de la concurrence en trois titres à peine, le temps d’un Boxers ep gonflé de « Ah, ah, ah, ah ! » euphoriques et de guitares qui pratiquent à merveille l’art de la frappe piquée.
Si la chanson-titre raconte l’histoire de ce vieux boxeur lui aussi sur le retour, incapable d’assurer le miracle d’une dernière victoire devant les siens, on y apprend que la foule ne le lâche pas pour autant. La rédemption viendra avec une sortie en héros accordée au bourrin, malgré tout.
Avant de découvrir la gueule de son grand retour à lui, on a pu découvrir ces derniers jours Juni sur deux terrains plus surprenants, loin des histoires habituelles de milieu à trois. On a d’abord entendu parler d’une désignation officielle d’héritier, lorsqu’Ederson est venu signer son contrat à Tola Vologe. Il y a dans cet événement comme la promesse que le 4-3-3 à la lyonnaise ne peut pas vraiment disparaître, même sans lui. S’il a toujours rechigné de son côté à faire de tel ou tel son digne successeur, y compris quand il affirmait qu’il en était à ses derniers tours de piste, Morrissey n’avait plus qu’à s’éclipser en toute discrétion pour laisser la place à une autre grande voix du Nord, perpétuant la tradition d’une certaine idée de la pop ; l’heure du triomphe jouissif et inespéré de Jarvis Cocker était enfin arrivée.
Dernière étape de cette analogie évidente, avec l’apparition toute récente de Juni dans un duo encore plus inattendu, aux côtés de la miss Bompastor, capitaine de la seule équipe lyonnaise à passer des quarts européens. Dans un sourire timide, il pose pour promouvoir l’euro-vision de l’OL, en prélude aux grandes bagarres que filles et garçons s’apprêtent à disputer sur la scène continentale. Il était davantage question d’Interlude quand Morrissey accompagna à quelques encablures de son Boxers ep Siouxie dans un refrain qui aurait mérité de semer le trouble un soir d’Eurovision. Sans doute une occasion manquée de plus. Est-ce si grave ?
Serge Rezza
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