Vikash convertis
8 février 2008 à 00:11
Il était parti une première fois de Gerland, trop discret. Il devait y revenir, ne serait-ce que pour rejouer son départ et avoir droit cette fois à l’ovation vibrante, sincère et délicate qu’il méritait.
Alors, quand Dhorasoo a annoncé qu’il ne jouerait plus jamais ni à Gerland, ni dans aucun autre stade, on s’est dit qu’une petite collection de souvenirs dérangés serait la seule façon à peu près convenable de dire ce lien singulier qui relie aujourd’hui encore Vikash à toute une ville. Quelque part entre mise à distance raisonnable et passions secrètes.
Une histoire d’amour à la lyonnaise, en somme.
Pixies - Where Is My Mind
Ansel
« Pourquoi Vikash fut l’un des plus grands joueurs de Gerland ? Pour ce match contre Toulouse au début de ce siècle. Vikash sortit un match christique, "monstrueux" comme diraient nos amis journalistes. On peut légitimement se demander pourquoi, lorsqu’un match est reporté un jeudi soir à 20 heures au mois de novembre, que le stade est au trois-quart vide, pourquoi diable venir à Gerland… La réponse est simple : voir un mec d’1 mètre 70 ridiculiser les colosses d’en face et rire sous la pluie aux injonctions du commandant Nanard Lacombe.
Pour cet OL-Benfica aussi, en juillet 2002. Vikash revient de sa pénitence bordelaise et les troupes aulassiennes jouent un match de préparation sans sortir le grand jeu à Gerland. Le match est très moyen mais du haut de Jean Boin, je me concentre sur le retour du fils prodigue. Il ne touche pas beaucoup de ballons, est excentré côté gauche, ne joue qu’en passes courtes… Mais le revoir encore une fois, ne serait-ce qu’une fois, avant un départ certain… Heureusement, Jean Boin le verra illuminer la pelouse finalement beaucoup plus longtemps…
Il y a bien OL-Denizlisport en UEFA, le 100ème match européen de l’OL en Coupe d’Europe. Une interview à midi sur la radio Sport & Musique lyonnaise au micro d’un journaliste (aujourd’hui sur la télé évangéliste olympienne) : "Il faut être clair. On doit gagner et les battre facilement. Autrement, on n’ a rien à faire ici…". Le bidasse Coupet et son respect de l’adversaire n’auront qu’à bien se tenir…
OL-Porto en 2004, en bas du Virage Sud. Se trouver à quelques mètres des buts du futur champion d’Europe et voir de face Vikash faire sauter les lignes portugaises. Voir surtout arriver des ballons au millimètre dans les pieds d’Elber qui, après avoir loupé son tir, se retourne vers Vikash en levant son pouce… Les grands champions se reconnaissent entre eux…
Enfin OL-Strasbourg en 2003 à Gerland et ce slalom devant Jean Jaurès où le petit gars passe en revue l’armada alsacienne et donne un caviar à Sonny qui loupe le but grand ouvert… Sonny se prend les mains dans la tête en regardant Vikash. Quel est le plus incroyable : ce but loupé tout fait ou cette incroyable percée ?
Voilà pourquoi Vikash est grand. Forcément grand… »
Tarm
« En fin d’après-midi, rien de tel qu’un petit verre pour refaire le match ou le film, et avec Dhorasso on ne sait plus trop. Faut-il se souvenir de la rapidité technique des enchaînements pour récupérer le ballon et passer l’adversaire, ou débattre amicalement des longueurs narcissiques du Substitute ?
Toujours est-il que le plaisir est grand à voir le film dans le même cinéma "art et essai" où, croit-on savoir, le joueur se rendait parfois. On passe tout au footballeur cinéaste, car le footballeur cinéphile était en soi un bonheur. »
Christophe
« J’ai croisé l’Homme, une fois, sur un pont de la Saône, au tout début des années 2000 - c’était en fait, précisément en 2000, en août ; écrirais-je le 15 août, pour dire que "ce fut comme une apparition" ? Accompagné de quelques camarades québécois qui se trouvaient en France pour leurs congés, grands connaisseurs de hockey sur glace devant l’éternel mais parfaits ignares en matière de football, je fus pris d’une violente envie de faire mon crâneur, comme on di(sai)t dans les cours de récréation, en prétendant éhontément que je connaissais cette Silhouette qui passait au loin – "parce que c’était un (bon) joueur de foot de Lyon".
J’ai donc interpellé Vikash – ah, je rougis en écrivant ces lignes car je n’ose avouer de quelle manière j’attirai Son attention... : je crois bien que je lui lançai "Eh, Monsieur Dhorasoo !"… Celui-ci Se tourna alors et m’adressa, avec la classe et l’élégance qui Le caractérisaient sur le terrain – comme si la rue, que dis-je, le pont, était aussi son jardin – un signe de la main. Le temps se suspendit alors et ce fut, simplement, beau. Grâce Lui soit en tout cas rendue car Il m’assura ainsi une gloire sans pareille, pendant au moins quelques minutes, auprès de mes camarades. Cela éclaira notre journée à tous.
Et ce n’est jamais sans verser une larme émue et sincère que je songe à ce moment, véritable instant de félicité. »
Tiouze
« Je ne garderai pas forcément un souvenir précis de Vikash Dhorasso.
Je ne me rappelle pas particulièrement d’un but ou d’un de ses matchs sous notre cher maillot lyonnais. Je préfère rester sur une impression, celle d’un joueur au centre de gravité si bas qu’il tournait littéralement autour de ses adversaires.
Pour peu que de grands défenseurs centraux soient chargés de s’occuper de lui et l’on était assuré de passer une agréable soirée. Voir quelques latéraux maladroits péter les plombs face à lui a souvent permis d’égayer certains matchs insipides.
Ce type de joueur à l’ancienne me manquera, même s’il nous reste l’incomparable Sidney Govou. »
Method
« Une bonne frimouse, la gouaille qui va bien avec, Where is my mind ? comme hymne, des sorties au théâtre, des phrases syntaxiquement correctes ; à lui seul, Vikash laissait espérer qu’un autre footballeur est possible. Et puis un bon en plus de ça, science de l’avant-dernière passe, art du décalage, vision élaborée du jeu, accélération plein axe précédée d’un tour sur soi-même.
Bon Dieu, le milieu du football aurait tout de même pu avoir la bonne idée de s’adapter à lui. Surtout, au lieu de le bouder, le faire chier, le toiser, le provoquer, Vikash aurait pu avoir la bonne idée de s’y adapter un peu plus. Merde, à lui seul, ce petit bout de relayeur aurait pu être le magnifique symbole du plus grand club français, le piston technique qui manquait tant au milieu de l’EDF, s’imposer au Milan ou pire relever le PSG.
D’ailleurs, ne pas prendre son mal en patience dans l’ombre de Gattuso et préférer se rapprocher de la lumière des concerts de Philippe Katerine, c’est tout lui. Je le comprends, j’aurais peut-être fait pareil, c’est bien pour cela que je ne suis pas champion de foot. Et Vikash pas autant qu’il aurait dû.
Il préférait faire des tours sur lui-même, nous laissant dorénavant de prodigieux souvenirs et quelques regrets. Vikash est le football. »
Foumane
« Sur Dhorasoo, je suis un peu sceptique face à la hype attachée au bonhomme. Un peu moins con certainement que la moyenne des footballeurs, mais certainement beaucoup plus que mes amis. Enfin… Si souvenirs il faut compter, je dirais que je l’ai vu deux fois dans ma vie, et toujours dans un parc… Tous dans le Vieux Lyon. L’un à côté de la cathédrale Saint Jean et l’autre rue du Boeuf - en face du café Sol. Parc pour enfants je précise, et d’ailleurs il était accompagné d’un(e) mioche. Très papa moderne, jean tee-shirt moulant. Je savais qui c’était même si je ne m’intéressais pas à l’OL ,et ce que je garde de cool dans ce souvenir, c’est que personne ne venait l’emmerder dans sa vie de papa. Il était là, au milieu des autres pères et mères dans une jolie kermesse propre à ce genre de jardin.
On m’a confié aussi un témoignage de seconde main sur lui. Une fille, serveuse dans le resto qui me sert de cantine et qui a pas mal tourné dans le milieu de la nuit. Elle l’a croisé une fois au Boudoir, établissement assez chic, juste à côté du First. Plus accablant pour Vikash, elle se rappelle qu’il l’a presque bousculée au comptoir, assez irascible, supportant mal de ne pas être servi plus vite (le complexe du ...). Des histoires de comptoir... »
Rezza
« J’étais très content de mon coup lorsque je suis arrivé sur le Plateau de la Croix-Rousse. L’impression de prendre enfin un peu de hauteur, de n’être pas si loin que ça du centre du monde et, en prime, un Ecossais bourré pour me donner du "Jarvis !" à chacune de mes apparitions dans les rades du coin – oui, j’ai les mêmes montures à écailles et un peu de la mine pincée au grand échalas-leader de Pulp.
J’étais vraiment content de moi. Jusqu’à ce que je découvre qu’un voisin menaçait de me faire de l’ombre et de contrarier mon bonheur naissant les jours de match. Il ressemblait à Vairelles et encourageait toutes fenêtres ouvertes "son" Tony. J’ai d’abord mis ça sur le compte des débuts pas franchement fracassants d’Anderson, lui aussi tout juste débarqué à Gerland – Vairelles semblait alors plus en rythme et profitait de la situation pour se faire sa place. Avant de me rendre compte, stupéfait, que mon voisin adorait vraiment la pute à franges des années Pathé et ses passements de jambes improbables.
Je supportais d’autant moins ses hurlements à répétition que je n’en avais de mon côté que pour Vikash. Plus précisément pour l’art de la passe du n°10 d’alors. Parce que bien plus que sa façon de tourner autour des adversaires, c’était toutes ses passes déroutantes qui en faisaient à mes yeux un joueur différent. Une marque d’intelligence, une vraie, dans laquelle tous ces types venus de la classe très moyenne et n’ayant que leurs goûts comme seul étendard, pouvaient enfin se reconnaître.
Je ne savais pas encore que, question goûts, Dhorasoo avait à peu de choses près les mêmes que moi. A vrai dire, pour l’instant ses seules fulgurances suffisaient à le placer bien au-dessus du reste de cette équipe très physique et presque lourde. Ses passes avaient bien ce quelque chose de plus dont je me réclamais et qui rendait l’OL enfin plus supportable ; alors même que mon voisin et Vairelles n’en finissaient plus de déborder.
Bien sûr, j’ai pu redouter le pire lors de l’épisode du faux-départ pour Bordeaux, véritable crève-cœur. Son retour en grâce, une saison plus tard, dans l’effectif de Le Guen était bien la preuve de l’existence d’une certaine reconnaissance mutuelle. Entre lui et nous.
Il y a tout juste un an, quand l’OL se cherchait un substitute au milieu pour une pige de que dalle, j’ai encore rêvé d’un "come back to the OL house". De toute évidence, il n’y avait que Gerland pour lui offrir ce dernier espoir de rédemption. Avec une étrange délicatesse, Lacombe a préféré ne pas voir tout ce qu’il pouvait (se) passer avec Tiago. Une façon d’éviter peut-être des retrouvailles au goût amer dans un collectif alors en souffrance. Et préserver tel quel le souvenir de ce lien secret tissé à l’abri du regard des voisins. »
Val
« Vikash je l’ai toujours adoré, pour des raisons diverses et variées d’ailleurs, qu’elles soient sportives ou extra-sportives. Mais le souvenir qui me vient à l’esprit spontanément, c’est une fois où j’ai été TRÈS en colère après lui. Un dimanche après midi, j’assiste à un match des Gones à Gerland. Défaite.
Le soir-même, soirée Factory au B52. Y a des beats, des gin-to, des gogos, et... mon héros, Dhorasoo. J’ai eu méchamment les boules, pur réflexe. Comment pouvait-il se ramener, pépère, en soirée après la branlée de l’après-midi ? C’est con, mais c’est comme ça.
Un lundi plus tard, je regrettais déjà d’pas lui avoir payé un pot, ne serait-ce que pour refaire le monde avec lui toute la nuit. »
» Vikash convertis · 13 février 2008 18:38 | |
FRB |
» Vikash convertis · 9 février 2008 21:10 | |
Franck ANNESE |
» Vikash convertis · 8 février 2008 12:06 | |
Gilles FRANCOIS |
FRB