Temps de chiens
18 septembre 2008 à 12:15« Arrête de te cacher, Serge. Regarde les titres de L’Equipe ces derniers jours : ils viennent tout juste de comprendre quelle bande de bâtards étaient les Lyonnais ! Et la rumeur, celle des nerds, qui est en train de suivre derrière ! C’est pour toi, mec… »
Que les gars du crew et les derniers lecteurs de ce blog se rassurent : il était nullement question d’abandonner ce blog, d’autant plus cette saison où l’on parle déjà de grand 8 – du huitième titre, du passage des huitièmes en Ligue des Champions, du numéro du capitaine qui pourrait bien jouer là ses dernières partitions.
Il fallait juste se montrer patient et attendre que la saison commence enfin. Non pas à mi-août en Ligue 1, mais hier soir, avec l’entrée en Ligue des Champions. Ne voyez pas là une preuve supplémentaire de cette suffisance dont on accable l’OL et ses suppôts. Je suis peut-être passé moi aussi du côté fluobscur de la force depuis longtemps, reste que si j’ai fixé la reprise lyonnaise à ce mercredi 17 septembre, c’est qu’il y avait besoin d’un peu plus de temps.
« Du temps pour glander, ouais… » sont en train de se dire Franck Annese et toute sa team, constatant qu’ils ont dû boucler quelque chose comme trois numéros avec So Foot quand ce blog, lui, prenait la poussière. En guise d’excuse bidon, je dirais qu’ il s’agit plutôt d’un autre temps. De celui dont on a besoin pour voir où Puel veut mener ses joueurs.
Le scénario de cette entrée en Ligue des Champions avec sa remontée un rien boiteuse à 2-2 confirme ce qu’on sait déjà depuis quelques temps. A défaut d’avoir tout pigé des exigences de Puel, le groupe a déjà adhéré à la clé de voûte du système, cet esprit canin qui vous fait aboyer depuis la ligne de touche et mordre les mollets de l’adversaire jusqu’à la toute fin du match. Comme le dit si bien SCW dans sa démonstration de la matinée, il a fallu cette fois remiser les exigences esthétiques et remballer le 4-3-3 à la mi-temps pour faire sortir le Dogue de sa boîte. Se délester du travail de Mak II et de ses relances un cran en dessous de ce qu’il a montré jusque-là pour goûter aux joies des retrouvailles avec le sapeur Toulalan, ce joueur-bénévole qui n’aime rien tant que se disperser en courses et tacles à répétition sur toute la largeur du terrain pour mieux servir les chiens.
Voilà à quoi il a fallu se raccrocher cette fois pour se défaire du mauvais tour joué par la Viola, sans doute coupable elle aussi de quelques naïvetés pour son retour en Ligue des Champions qui a presque eu des allures de première en deuxième période – et pas seulement pour ce but de Piquionne, décidément parfait dans le rôle du bâtard de service. Un sauvetage in extremis qui vient renforcer un peu plus ce lien entre les supporters et l’insupportable qui opère depuis que Puel a repris les affaires, là où Houllier les avaient laissées.
A l’inverse de Perrin, Puel a compris qu’il fallait d’abord revenir à cet héritage pour croire à nouveau en ses chances de passer l’hiver, et les huitièmes de Ligue des Champions avec . Se servir au moins une fois de la perspicacité des meilleurs chroniqueurs du monde et de Paul Doyle (The Guardian) en particulier pour se rappeler que Houllier est d’abord un « putain de bâtisseur », comme on dit dans certains films américains. En deux saisons à peine, d’une équipe qui faisait du 4-3-3 en diable grâce à un milieu dense et physique, on a assisté à l’éclosion d’un onze-type capable d’apprécier les changements de rythmes et de placements au gré des circonstances.
A peine arrivé du côté de Tola Vologe, Puel rappelle combien il fut impressionné à l’époque par cette « machine lyonnaise », celle que Sidney Govou regrettait en fin de saison dernière dans les colonnes du Progrès quand il déclarait « ne plus lire la peur dans les yeux de nos adversaires ». Celle pour laquelle Duluc s’est fendu d’une sorte de tribune après ce premier tour ric-rac en Ligue des Champions, se demandant quelles nouvelles étincelles pourrait bien faire Benzema avec un milieu en acier trempé, période Diarra-Essien de préférence, faisant la loi aux 35-40 mètres avant de le lancer plein axe. C’est vrai qu’on n’a jamais rien vu d’aussi ravissant que ce 4-3-3 gonflé aux charges à relances du Bison, par le règne dans les grandes largeurs du roi Djila, avant que les plus beaux neurones jamais vus sur un terrain de foot, ceux du regretté Tiago, viennent mettre à jour tout l’éclat de cette révolution copernicienne.
En retrouvant ce temps perdu à travers quelques phases de jeu et certaines compositions de match qui ne font plus seulement la part belle à un onze-type mais à un collectif capable de pousser les finasseries tactiques un peu plus loin encore, on comprend mieux pourquoi on est prêt à faire preuve de patience à tous les étages de l’Aulassie depuis que Puel est aux manettes.
Reste à savoir maintenant si cette construction par touches successives, sans doute programmée pour le printemps prochain, est compatible avec cette urgence implacable qui a refait surface hier soir l’air de rien : la qualification pour les huitièmes de Ligue des Champions. Un impératif qui pourrait presque renvoyer à plus tard les belles promesses, comme celles entrevues par exemple le temps d’un divin 4-5-1 de pré-saison, face au Partizan Belgrade, avec Pjanic en 10 qui, sur cette seule prestation, méritait son premier portrait (So Foot n°58). Une façon de rappeler surtout, avec cette entrée de plain-pied dans la saison, que le temps mord aussi les chiens…
Serge Rezza