Steaua / OL - Bonus Track List
24 octobre 2008 à 09:05Les lendemains de Ligue des Champions peuvent parfois s’éterniser. Non qu’on prenne un malin plaisir à se repasser les cinq buts de la semaine passée. Disons simplement que les Dirty Bâtards ont parfois besoin d’un peu plus de temps pour revivre les états par lesquels ils ont pu passer mardi soir et soigner la playlist qui va avec.
The Libertines – What Katie Did (1-2)
Découvrez The Libertines !
On avait quitté Keita impliqué jusqu’au coup dans les deux prestations les plus navrantes de la saison, à Rennes puis contre le LOSC. Alors forcément, quand l’OL prend feu à 2-0, on se met à fumer en direct les placements foireux de Kader, ses courses dans le vide et ses passes pour personne. On débranche la wha wha et on devine déjà le sourire narquois d’autres supporters à qui l’on déclarait samedi dernier que Keita serait bien le joueur décisif du printemps, celui grâce à qui l’aventure fluobscure ne se terminerait pas forcément en quart de Ligue des Champions.
Depuis, on regrette de ne pas avoir noté dans son agenda la date de reprise de Govou. Y a plus qu’à s’en remettre au Saint Sidney Style pour sauver l’OL du naufrage qui menace ce mardi à Bucarest.
23ème minute, voilà Keita qui s’apprête à sortir un geste qui frise à nouveau l’inconscience . La passe piquée de Mak II mérite sans doute mieux que cette reprise de volée qui devrait se terminer dans les tribunes à moitié vides de Ghencea. Le frisson parcourt les gentils membres du C.E de la Cegid, venus jouer les supporters low cost, l’écharpe jaune soigneusement nouée autour du cou.
Une seconde plus tard, à Lyon et ailleurs, tous les autres supporters laissent échapper ce « Oh whatchagonna do, Keita ? », dans lequel se mêlent incrédulité et soulagement. On y trouve aussi l’intuition que cet ailier branque n’est peut-être pas si loin de ce rôle d’homme providentiel qu’on a bien voulu lui prêter. Toujours ça de moins à assumer pour Sid’.
Beck – Totally Confused (2-2)
Découvrez Beck !
Comme bien souvent, c’est sur les faces B qu’on trouve les vrais titres qui savent bouleverser. Celui-là est sur le Loser EP, chanson-titre pourtant bien partie pour tourner dans cette playlist. Jusqu’à ce que la confusion emporte tout en fin de première mi-temps : l’OL qui bascule dans le foot à réaction, se défaisant un peu plus des principes de rigueur tactique amenés par Puel ; le Steaua qui veut bien y jouer, découvrant au passage une défense elle aussi à la rue.
C’est là que la ligne de basse de Totally Confused produit son effet. Un titre qui rappelle que Beck n’a jamais été aussi bon que lorsqu’il allait piocher des idées de titres dans le répertoire blues US et jouait bière à la main avec les copains de passage. Pour cette fois, il rameute les filles de That Dog, groupe aujourd’hui dans lequel jouent deux sœurs Haden. Des filles qui ont tout des bonnes copines que l’on aurait aimé accueillir avec Beck dans sa cuisine, histoire de parler cul, foot et politique. Avant bien sûr d’ouvrir les dernières bières et de jouer cet air qu’on aime bien, pas trop fort non plus – les voisins dorment.
Beck n’avait alors pas besoin d’en faire plus pour réussir à jouer dans la catégorie des grands songwriters américains. Un peu comme Benzema en ce moment qui, avant de rejoindre un championnat et une équipe plus mainstream, profite de tous ces moments de jeu « totally confused »,foutraques, limite improvisés, pour trouver le meilleur de son inspiration. Là où il peut décrocher et remonter balle au pied avec deux défenseurs sur le dos. Briller en prenant la profondeur, avant de tirer au ras du poteau adverse. Pour finir à la 33ème minute par planter d’une tête qu’on ne lui connaissait pas encore, sur un centre arrêté de Grosso.
L’air de rien, c’est dans ces conditions que Benzema peut passer en revue cet autre répertoire, celui des grands attaquants. Sauf qu’à la différence de Beck, lui ne laisse plus vraiment le temps de décapsuler une autre bière. Pas grave, on les gardera au frais pour le prochain passage des sœurs Haden les soirs de Ligue 1.
The Boo Radleys – Lazarus (3-3)
Découvrez The Boo Radleys !
De tous les joueurs de l’OL, Fred est l’un des plus désespérants. Pas tant à cause de son côté instable qui le rend attachant dans ce collectif qui ne lui ressemble pas vraiment. Se casser au Brésil pour mener sa rééducation plutôt que de goûter plus longtemps à la quiétude des matins fumants de Tola Vologe en compagnie de Vincent, Greg et les autres, embarquer Crosas le temps d’un autre retour au pays qui sent les soirées sans fin, conserver coûte que coûte la confiance de Lacombe et faire partir, coup sur coup, Carew et Baros, autant dire qu’avec ça, Fred ne cadre pas vraiment avec les repas dominicaux des Juninho et encore moins avec les sorties de Cris au Carrefour d’Ecully.
Non, si Fred est aussi désespérant, c’est qu’en dépit de ce pedigree prometteur, il n’est jamais resté autre chose qu’un joueur moyen de plus à l’OL. Tellement moyen qu’il apparaît bien souvent comme le révélateur assez exact de la classe moyenne du moment au sein du collectif lyonnais.Capable de ressusciter avec cette égalisation de la 69ème minute, sur une passe décisive toute en déhanché et en plat du pied de Toulalan, ou de piétiner lors des dernières journées de Ligue 1, Fred est surtout de ceux qui sombrent avec constance à partir des huitièmes de Ligue des Champions – le sale souvenir de sa soirée de perdition contre la Roma il y a deux saisons reste tenace.
De quoi faire un bon Lazare de service, pour lequel on sait maintenant qu’il ne faut plus attendre que ces retours réguliers à la moyenne. Et rien d’autre.
Michel Legrand –Rêves Secrets d’un Prince et d’une Princesse (Peau d’Ane) (4-3)
Découvrez Anne Germain, Jacques Revaux !
Si vous cherchiez de nouvelles raisons de détester l’OL, ce blog vous soumet une nouvelle idée. Oubliez votre horreur un rien commune du maillot fluo, de moins en moins insupportable pour les supporters. Fuyez une bonne fois pour toute la cohorte de ceux qui prophétisent un ralliement massif en cas de passage dans le dernier carré de Ligue des Champions. Gardez vos distances avec tous ces exégètes courroucés de la geste aulassienne.
Il ne sert à rien de se disperser. Si l’OL est détestable,c’est d’abord pour l’imminence de la fin de cycle effleurée du bout des doigts en première mi-temps à Bucarest et de nouveau renvoyée à plus tard. Comme bien souvent, Juninho et Benzema ont quelque chose à voir avec cette occasion manquée de plus. Un coup-franc, une déviation aveugle et un but déjà vu tant de fois cette saison (71ème minute).
Non seulement l’OL parvient à sauver sa peau, mais en profite pour renvoyer au loin les folles espérances qu’autorisait cette défense aussi figée que sur une autochrome Lumière.
De quoi être obligé de supporter pour quelques temps encore la saveur très moyenne de ce conte de fée lyonnais, où la coke et les putafranges ont cédé la place au bonheur conjugal, aux détours tout juste coupables par la buvette et les pâtisseries, où la pipe peut se fumer à l’abri des regards. Un bonheur simple et « en chanté » qui n’en finit plus de se décliner en 4-3-3 accords.
James Yorkstone & The Athlete – A Calvinist Narrowly Avoids Pleasure (5-3)
Découvrez James Yorkston and Bill Duncan !
Que les calvinistes se rassurent : ils ne sont plus les seuls à ne pas savoir profiter du plaisir. Y compris quand s’offre ce cinquième but de Fred (90ème + 2) qui finit de transformer le naufrage des vingt premières minutes en triomphe pour le côté fluobscur.
Comme les calvinistes des chansons de James Yorkstone, les supporters lyonnais préfèrent se tenir à l’égard des célébrations de la belle remontée de leur équipe mardi soir. C’est à peine s’ils entendent la tirade d’Aulas qui s’empresse de vouloir trouver à cette folle remontée des raisons d’aimer enfin son club. Lorsqu’il la compare à ces renversements de situation sur lesquels les Verts d’avant-hier ont forgé leur légende, les supporters prennent la mine dégoûtée des types à qui on ne la fait plus. Ils savent bien qu’il ne sert à rien de réclamer tout l’amour (du reste) du monde sur la foi d’une victoire de ce genre. Vous-même, vous connaissez par cœur la devise qui règle la vie de ce blog : « On est bâtard et on le reste »
Ce que les supporters lyonnais voient surtout dans cette prestation spectaculaire, c’est une victoire en forme de cache-misère. Deux ans après avoir célébré dans le même stade une victoire maîtrisée pour le « Dark Horse » d’alors, ils doivent aujourd’hui supporter ce jeu tout droit sorti d’un autre temps –peut-être bien celui des Verts. Le prix à payer pour se sortir d’une entame consternante contre un Steaua sans doute encore plus faiblard qu’il y a deux ans.
Même avec un Benzema au-dessus du lot comme il peut l’être certains soirs de L1, même avec un Toulalan conquérant autour de cette 60ème chère à son prédécesseur, le roi Djila, même avec un Keita en partie retrouvé ou avec un Fred qui décrète sa résurrection à la faveur de ses deux buts, même avec un Juninho amenant son troisième but sur un nouveau coup-franc-passe décisif, même avec un Mounier qui pointe sa mine Clerc pour planches de Hergé en toute fin de partie, cet OL-là présente encore trop de limites pour espérer tirer de cette nouvelle campagne en Ligue des Champions autre chose qu’une ou deux jolies victoires à l’arrachée.
Les supporters savent bien qu’il faudra d’abord compter sur le rigorisme du système voulu par Puel s’ils veulent éprouver le seul plaisir qui tienne, celui d’une victoire d’envergure à partir des quarts de Ligue des Champions. Nouvelle preuve s’il en est que les supporters lyonnais sont bien des calvinistes qui s’ignorent.
Serge Rezza