Real/OL – Bonus Tracks List

Real/OL – Bonus Tracks List
19/03/2011

Je ne sais pas encore si Lisandro a affiché comme l'an passé ses aphorismes dans le vestiaire pour amener ses partenaires à se mettre le cœur au bord des lèvres. En attendant, je me suis dit que ça pouvait valoir le coup d'aller en prendre un à Manoel de Oliveira : « L'art n'est rien d'autre que la représentation de l'énigme de la vie. » En prenant soin d'ajouter à l'art les défaites de l'OL en huitième de Ligue des Champions, ainsi que quelques-uns de mes morceaux préférés.





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Timber Timbre -; Demon Host

Ouais, je sais, l'OL est une équipe qui fait 1-1 au match aller à Gerland et c'est toujours son adversaire qui gagne à la fin. Avec une classe d'écart. Mais c'était le Real, les six matchs sans défaite, la bête noire, Carew et sa danse macabre sur Canavaro, Pjanic qui remet ça l'année dernière avec son enchaînement extatique exécuté dans un souffle.

On savait bien que la dernière mi-temps avant le retour à Bernabeu annonçait en creux la domination qui a suivi, déjà bien oppressante au fil des minutes à l'aller. Pourtant, on a tenu coûte et coûte. On s'est même accroché comme pas possible à ces signes qui rappelaient que l'histoire avait un sens, celle de invincibilité lyonnaise face à la Maison Blanche, quelque chose comme le dernier titre à défendre quand tous les autres ont foutu le camp.

Samedi dernier, on était même tout près d'inviter Damien Perquis à la maison pour cette révélation qui collait si bien à la dernière impression laissée par l'OL : « C'est la meilleure équipe qu'on ait vu à Bonal. » N'importe quel supporter un peu calé le sait, si Marvin Martin et Ryad Boudebouz en ont autant bavé face à un collectif lyonnais retrouvé, au nom de quoi Özil et Di Maria pourraient-ils échapper au calvaire ?

Ne restait plus alors qu'à ressortir la geste de la classe moyenne, trop moyenne, qui n'aime rien tant que redevenir supérieure lorsqu'il est question d'aller taper la flambe madrilène. Ça commence en début de saison dans les pages du Progrès où, comme chaque année, un ancien de la boîte, Réveillère, est invité à dresser la cartographie de sa vie d'entre Saône et Rhône : « Dieu, Dexter et les bonnes tables. » Avant que Vincent Duluc ne relaie de manière définitive cette reconnaissance mutuelle qui s'est construite entre les deux monuments de la classe moyenne à la lyonnaise, Jérémy Toulalan d'un côté et la tribune Jean-Bouin de l'autre.

Ce qu'on n'imaginait pas, c'est que, comme l'histoire ou le monde, la classe moyenne aurait elle aussi une fin. Là même où s'étaient joué les fois précédentes ses exploits les plus retentissants, qu'ils aient l'allure du chef-d'œuvre des années Dark Horse ou la saveur de la victoire à l'arrachée de la saison passée.

Après une première demi-heure passée à remuer les dernières illusions d'un nouveau miracle, le Real pouvait mettre à sac le milieu lyonnais et semer le désordre dans les couloirs. Scalp de fin. Redevenue une équipe moyenne comme les autres, l'OL n'a désormais plus qu'à reprendre ce dernier couplet soufflé par Timber Timbre : « It was Real and I repent. »
Deerhunter -; Memory Boy

Gourcuff ou la mémoire dans la peau. Celle du type qui se débat avec les derniers restes de Knysna, les folles attentes qui ont entouré son transfert record et tous ces comptes qu'il faut solder avec ceux qui ont fait savoir qu'il n'aurait jamais le niveau du fuoriclasse qu'on a bien voulu voir en lui.

Celle des supporters aussi qui le voient s'enfoncer à l'arrière du banc à la 69ème minute. Dans l'ombre, comme s'il fallait ramener sa prestation de la soirée à cette plongée dans les ténèbres qui n'en finit plus d'agiter sa saison lyonnaise. Gourcuff n'a pas sorti le match que tout le monde attendait. Il est juste sorti du match. C'est un peu l'idée qu'on a pu se faire hier soir entre supporters de l'insupportable. Comme si toutes les promesses d'un retour aux affaires, ce 4-2-3-1 qui rapproche le 4-3-3 lyonnais du losange girondin, les parties plus abouties du collectif lyonnais, la belle confiance de Laurent Blanc devaient être emportées face à tout le reste. En refermant de la sorte sa parenthèse européenne, Gourcuff et l'OL avec lui pourraient bien avoir perdu plus qu'un huitième de Ligue des Champions. C'est une partie de la fin de saison lyonnaise qui promettait de se jouer hier soir, celle qui exige d'une poignée de joueurs qu'ils endossent le rôle de joueur décisif pour emporter la mise dans le money time de L1.

Pour ceux qui n'auraient toujours pas compris, non, Jean-Mi', myself et l'OL ne jouons pas le titre cette saison.
Pavement -; Father To A Sister Of Thought

On en arrive au moment du post où vous vous dites : « Ca y est, après ses histoires de classe moyenne, de frange pessimiste et de jeu en 4-3-3 accords, manque plus que Pavement. »

On ne change pas les habitudes (de vieux garçon), même quand elles gagnent moins. Et puis l'OL est ainsi fait que c'est effectivement toujours la même chose : la saison reprend au milieu du mois de juillet avec son stage à Tignes et ses matchs de préparation dans lesquels on traque les signes d'une saison qui sera enfin différente ; pour se terminer implacablement sur une élimination au mois de mars. Ce qui laisse forcément pas mal de place aux habitudes prises ces dernières saisons. La première consiste à défaire l'OL quand la sortie de Ligue des Champions en huitièmes est tout juste fumante. Chaque supporter peut alors déballer ses obsessions et autres certitudes du moment avec le secret espoir que Jean-Michel Aulas se ralliera à ses convictions pour bâtir l'OL qui emportera de nouveau tout ce qu'il veut. Autant dire qu'avec ce blog, j'ai une longueur d'avance sur le demi-million de supporters qui se livreront ces jours eux aussi au jeu « OL, bilans et perspectives : en route pour la ouine ! » Ce qui me permet de vous livrer en toute modestie ma vision du monde de demain et plus précisément de l'OL de 2012.

Un projet qui ne laisse pas de place au hasard, ne serait-ce que parce qu'il est l'œuvre d'un think tank d'exception qui a su allier hier soir, dans la foulée de la défaite, le cool des conseillers en image de Sidney Govou et la machine de guerre de la team à Jean-François Copé pour 2017. Des mecs suffisamment nostalgiques des années 00 pour dominer leur sujet, repérer les failles actuelles du système lyonnais et trouver les vraies solutions. Des mecs qui voient à la lumière des traumatismes vécus à Eindhoven en 2005, puis à Milan l'année suivante que ce qui manque à l'OL, c'est un milieu qui se remette à dégager ce qu'il faut de puissance physique pour impressionner son monde. Ce qui tombe plutôt bien avec l'émergence d'un 4-2-3-1 qui appelle la reconstitution d'un duo façon Diarra-Essien. Suffit de laisser Toulalan occuper la place de chef de meute et filer celle du bison de service à un type comme Ndinga. Devant eux, Gourcuff ou Pjanic aura tout le loisir d'apprivoiser enfin le juninhisme.

De quoi ramener un peu de tranquillité parmi les quatre de derrière. Façon de rappeler aussi que la charnière centrale n'est pas ce grand chantier qu'on veut bien présenter. Lovren est bien parti pour gagner ses galons de patron de défense et Cris en annonçant sa préretraite ces dernières semaines a déjà ouvert la porte à un passage de relais. A ce sujet, on a encore en tête l'appel lancé l'an passé par une voix isolée, celle d'Olivier Bertrand sur les pages de Libélyon, pour faire descendre d'un cran Gonalons. Son physique à toute épreuve, sa qualité de passe, son attachement au club, son engagement qui flirte avec la brutalité en font un candidat séduisant pour le poste.

L'offensive lyonnaise pourrait elle aussi profiter de la montée de sève des jeunes pousses maison. En une poignée d'apparitions, Lacazette est déjà plébiscité par les chœurs lyonnais pour incarner le Govou du futur. Un cran plus haut et plus fort si l'on en croit JMA himself -; il l'annonce « futur Ballon d'Or » -;, on guette les quelques apparitions qui permettront à Belfodil de confirmer les belles promesses entrevues l'été dernier. Au sein du club comme parmi les supporters, on n'a pas ressenti pareille excitation pour un attaquant formé au club depuis Benzema. OL dirty battu, mais pas loin d'être de nouveau d'attaque grâce aux bâtards.

Note à l'adresse de Jean-Michel Aulas et de Bernard Lacombe : pour toute précision sur mon projet pour l'OL ou pour toute demande de référence de morceau de Pavement, écrire à la rédaction de So Foot qui transmettra.
The Boo Radleys -; Wish I Was Skinny

L'OL a peut-être perdu l'habitude de l'emporter face au Real, il n'en liquidera pas pour autant les quelques certitudes glanées au fil des passages sur la scène européenne en vue d'un sacre -; même lointain.

Parmi toutes ces règles, il y en a une laissée en héritage par Gérard Houllier à laquelle on tient tout particulièrement : avoir dans son effectif un ou deux joueurs de classe mondiale. Voyant midi à sa porte, le grand architecte du Serpent à Sonnettes s'était empressé de promouvoir publiquement Juninho parmi ces types dont les exploits finissent par tourner en boucle sur youtube. Dans le secret de ces entretiens qu'il pratiquait avant chaque match de Ligue des Champions avec chacun de ses joueurs et qui avaient tant impressionné Diarra, on le soupçonne d'avoir envoyé le compliment à près de la moitié de son effectif.

Houllier et Juninho partis, restait un filon à entretenir pour l'OL. Le plus court chemin a consisté à se payer les types capables de rejoindre le club très fermé des joueurs qui ont ce truc en plus que les autres n'ont pas. Quitte à oublier qu'avant le prix, ce sont encore ces rencontres bigger than life qui servent de révélateur. Alors qu'on hésitait à savoir qui de Lisandro ou de Gourcuff sortirait du chapeau pour cette fois, les premières minutes du match de samedi ont réglé la question : seul Lloris a la carrure de l'homme providentiel dans les très grandes occasions.

Une nouvelle pas franchement rassurante quand on sait qu'il sera sans doute question d'un départ en fin de saison. Mais une victoire de plus pour tous les grands échalas à tête de moineau qui se cherchent un héros depuis que Jarvis Cocker a versé dans la semi-clandestinité.
The Soft Pack -; Extinction

La semaine passée, on était prêt à ne retenir du passage de Toulalan sur OL TV que ces quelques passages sur les dessous de son coup de spleen de début de saison. Avant de se rappeler cette drôle de révélation passée inaperçue : « Ce n'est pas le match avant un retour décisif de Ligue des Champions qui est le plus difficile à jouer. C'est celui d'après. »

Un match d'après pas seulement difficile parce qu'il se jouera contre Rennes. Plutôt un match qui a tout du juge de paix quand il faut revenir au quotidien de la L1, avec des illusions en moins quand la défaite a pris des allures de leçon. Par chance, comme le rappelait Puel le mois dernier dans Lyon Capitale, l'OL est déjà passé par là : « Quand je suis arrivé à Lyon, ce qui était marquant, que ce soit de la part des dirigeants, du président, ou des supporters, l'attente était au niveau de la Ligue des champions. (...) Après l'élimination contre Barcelone, la saison était terminée. C'était une vraie dépression. Plus rien ne les intéressait derrière. Ils ne voulaient plus s'entraîner, jouer... Les gens ne s'en rendent pas compte, mais atteindre cette troisième place, ç'a été très costaud. »

Ces dernières temps, les joueurs se sont succédé pour rappeler que l'objectif de la saison était bien de ramener un titre, quelque soit le résultat au retour de Bernabeu. Bien plus que la petite claque ramenée de Madrid, c'est encore la fermeture de la parenthèse européenne qu'il convient de digérer en trois jours et deux nuits. Hors du sentier rythmé par les étapes européennes, l'allure du collectif lyonnais paraît plus cahoteuse, plus incertaine. Et la fin de saison pourrait promettre d'être aussi duraille que le fut le début pour peu que s'éteigne samedi le tout dernier espoir accroché aux cœurs lyonnais, celui d'un titre de champion de France.
Serge Rezza

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