OL'Dirty Bastards

06/05/2013

Et le pire, c'est que tout cela paraît normal : l'OL gagne à Nancy (0-3), Gomis marque deux buts magnifiques, Gourcuff ressemble à un meneur de jeu international… Que ce soit une pièce exceptionnelle ou le début d'une production en série, ça reste de la belle ouvrage. Le genre de Rank'art à ne pas manquer.

35ème journée de Ligue 1 

AS Nancy Lorraine – Olympique Lyonnais 0-3
Pour Lyon : Gomis (47ème et 88ème), Gourcuff (80ème)


Notes : la grille d’éval’



1. Bafétimbi Gomis : le Rank a toujours su rendre hommage à ses matchs de combattant, passés dos au but, au service du collectif et de la sacro-sainte « institution ». Et même si cela devait être au détriment de son efficacité. Mais personne ne pouvait défendre le Bafé 2013, lent et maladroit. Inoffensif. Alors Gomis avait fini par sortir du onze, et ce n’est pas ses entrées en jeu qui allaient le faire regretter. Pour tout dire, on en était presque à se demander comment on avait pu soutenir (à jeun) qu’il n’y avait pas meilleur complément pour Karim Benzema en équipe de France. Aussi osera-t-on avancer que Rémi Garde, après avoir compris que Licha ne rentrerait pas sur le terrain après la mi-temps, a réfléchi avant de prendre la décision qui allait tout changer. Martial ? Malbranque à droite pour recentrer Benzia ? Une demande de dérogation à la LFP pour inscrire Lacombe sur la feuille de match ? Ce sera finalement Gomis. Qui prend d’entée la mesure du double quintal de la défense centrale nancéienne avec une remise pour Benzia avant de marquer un premier but qu’il ne doit qu’à lui-même. Il n’est alors pas rentré depuis trois minute. Véritable aimant à défenseurs, Gomis reprend son rôle d’ouvrier et ouvre des brèches à la pelle pour ses coéquipiers. Avant de finir le travail sur un nouveau chef-d’œuvre : enchaînement roulette-balle piqué en douceur. Génial. Et quatrième meilleur buteur de Ligue 1 (16 buts). Entre Gomis et les Lyonnais, il y a clairement eu une histoire d’amnésie. Reste à savoir de quel côté.

2. Yoann Gourcuff : depuis qu’il est arrivé à Lyon, Gourcuff n’a jamais fait qu’une chose : revenir. A chaque fois, on a vu cette même scène se reproduire, celle d’un joueur voulant renaître au football, multipliant les étirements comme les touches de balle comme pour mieux sonder ce corps qui semblait lui en vouloir, presque autant que le destin. Voilà pour le corps. L’esprit maintenant. Soit précisément ce qui a foutu le camp après ces neuf mois passés à incarner le futur du foot français – et un peu plus que ça – du côté de Bordeaux. Un après-midi passé sous le soleil de Nancy ne suffira sans doute pas à ramener ce joueur qu’on a perdu. Mais il en a peut-être esquissé un genre de futur. Où Gourcuff donne d’abord dans ces courses qui sauvent Dabo de sa condition d’orphelin, pour mieux se retrouver à coups de contrôles soyeux, de détours dans l’axe ou de passes en première intention à libérer un peu plus que l’espace : l’esprit justement.

3. Anthony Lopes : avant lui, en bon gardien ayant grandi à l’ombre de ceux qui l’ont précédé, Vercoutre avait fait du name dropping un genre d’art en soi. D’abord en ramenant quelque chose de l’allure de Coupet dans les cages lyonnaises, entre interventions frappées au coin du bon sens et sorties à l’énergie. Puis en reprenant à son compte le théorème de Lloris qui veut qu’un gardien ne vaut que s’il s’impose aux points – ceux qu’il fera gagner à son équipe. Parce qu’il savait qu’il ne pouvait en arriver là, Vercoutre a construit sa place de titulaire à coup de sortie aux poings et en permettant de la sorte aux siens d'en perdre, des points. Et pour Lopes alors ? Il est déjà ailleurs. Ses sorties décisives évitent à l’OL de perdre bien plus que des points (un Derby), avant d’en faire gagner au bout de deux apparitions. Soit la chance du débutant pour ceux qui attendent de voir la suite. Ou la nouvelle assurance tout risque pour les autres qui prennent à leur compte ces échos qui l’annonçaient en prochain crack des cages lyonnaises. Entre les deux, une place à prendre, celle du moment : la chance tout risque.

4. Gueïda Fofana : après tout, il avait été irréprochable à son poste. Alors quand on lui a dit « Gueïda, tu vas jouer latéral », il a répondu : « D’accord. Mais à ma façon. » Et de la même manière qu’il fait un piètre récupérateur lorsqu’il joue trop bas à son goût au milieu de terrain, Fofana n’aime le poste d’arrière droit que pour sa partie récréative, à savoir devant. Alors certes, le bonhomme est déjà en postion d’ailier quand Koné ne sait pas quoi faire du ballon. Et on peut craindre à tout moment qu’un adversaire puisse s’engouffrer dans son dos. Sauf la stratégie tout-ou-rien a débouché sur une clean sheat de Lopes et deux passes décisives pour Gomis et Gourcuff. La stratégie était risquée au départ. Mais quand ça se passe comme ça, c’est du gâteau. Fait Maicon.

5. Bakary Koné : le titre du mec le plus cool de la terre, c’est un peu comme le Ballon d’Or. Il n’est jamais question que de retenir deux noms, d’alimenter un vague suspens quand tout le monde sait que la cause est entendue et de révéler celui des deux noms que tous les kids auront envie de floquer sur leur maillot. On a ainsi longtemps fait croire que Kim Gordon pourrait remporter le titre en question, avant que Stephen Malkmus ne sorte le nouvel hymne à même de faire chavirer l’Internationale slacker. Laquelle a dû être ébranlée dans ses certitudes pour peu qu’elle ait aperçu la partie de Bako Koné. Parce que, de mémoire de slacker, on n’a jamais vu un défenseur jouer aussi cool et délié que le Général : des têtes en tour de qu’on trolle, des relances nez au vent et des dégagements à l’emporte-Cris. On pourra toujours dire qu’Umtiti y est pour quelque chose, à rendre aussi indispensable un type donné pour perdu au moins un bon millier de fois cette saison. On rappellera qu’il faut surtout une bonne part de génie pour profiter de ce travail de sourd qu’un autre veut bien faire pour vous et rester ainsi fidèle au seul style qui compte : le Bakonbauer.

Par Serge Rezza et Pierre Prugneau.

Retrouvez le Rank’n’OL sur OL Dirty Bastards et sur Le Libéro Lyon.


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