OL-Real vu par les gars du crew

OL-Real vu par les gars du crew
15/02/2010

Pas facile de supporter la classe moyenne inférieure de l'OL par les temps qui courent. Surtout à la veille de ces retrouvailles avec le Real, bien décidé à faire payer aux Lyonnais leurs deux démonstrations du temps du Serpent à Sonnettes à Houllier. Entre un retour vers ce passé proche qu'ils n'en finissent plus de regretter et ces dernières prestations au bord du précipice, les gars du crew ont mis le plus grand soin à préparer le dernier tour de piste annoncé du plus insupportable des clubs qu'ils supporteront demain à Gerland ou ailleurs.

1. Pour vous, que (vous) reste-t-il des deux victoires contre les Galactiques, sommets de la splendeur lyonnaise ?

Philippe -; Septembre 2005. Dix ans à Lyon, aucun match loupé à Gerland depuis 1999. Déménagement à Mulhouse et Lyon-Real pour ce premier match où je ne me trouverai pas du côté de Jean-Bouin. Match qui sera, rétrospectivement, le point d'orge de l'âge d'or lyonnais. Assis dans un salon froid d'une bâtisse alsacienne où on ne trouve pour l'instant qu'une télé bancale et un matelas trop dur, j'assiste à une démonstration, presque une réflexion à livre ouvert sur le football moderne.

Le stakhanoviste Juninho a déjà rendu sa copie double et le camarade Jean-Michel lui donnera, à la fin du match et devant les camarades de la Pravda, sa médaille habituelle plaquée sur une batterie de cuisine fort soviétique. Quand se dessine le dernier but que le camarade Dziga Vertov ne renierait pas : relance à la main de Coupet vers le kohkozien Réveillère qui fera sans doute là le meilleur de match de la vie, premier relais avec Wiltord qui décroche, remise à Diarra qui prolonge sur Juni pour lancer Réveillère, centre en retrait et Wiltord qui claque l'un des plus beaux buts de l'histoire du club...

Il s'est passé 17 secondes : c'est généralement le temps qu'il faut pour démarrer une voiture et passer la première, le temps de repasser un pantalon ou le temps de lire la quatrième de couverture d'un roman noir. Ce fut surtout le temps d'une prouesse artistique que seuls les footballeurs d'une autre époque lyonnaise ont pu donner à leur public ébahi...

Depuis Coupet marche sur une jambe, Réveillère sur l'autre, Diarra est invité chaque année à voir si l'herbe est plus verte dans un club de D2 turque, Juni déprime au Quatar et Wiltord prolonge une improbable fin de carrière sur les rives de la Moselle. Oui, le siècle d'or lyonnais est bel et bien terminé...

Rezza -; Parmi les grands du milieu lyonnais, on a un peu vite oublié Mahamadou Diarra. Sans doute parce qu'il s'est révélé moins doué qu'Essien pour aller briller dans une grande maison. Peut-être aussi parce que son successeur, Toulalan, n'a jamais vraiment laissé de place aux regrets à son poste. La faute aussi un peu à Houllier qui l'empêche d'aller au bout de son chef-d'œuvre sous le maillot lyonnais, un soir d'avril 2006 à San Siro, en faisant reculer d'un cran tout le bloc lyonnais à un quart d'heure de la fin après l'entrée de Réveillère dans le jeu de quilles milanais.

Et puis, il y a ce coup de latte du destin, ce retour à Gerland sitôt parti. On le voit alors revenir dans le rôle de l'Ogre Djila qui promet de manger tout cru les chevaux devenu d'un coup plus légers-légers côté lyonnais. Même Lacombe y va de son numéro du père tout remué à l'idée de pouvoir croiser son « fils adoptif » parti pour remettre en ordre le milieu merengue.

Pourtant, ce qu'il fallait entendre dans ces jours précédant les premières retrouvailles entre l'OL et le Real, c'est ce voile levé par Diarra sur le souffle que Houllier s'emploie à manier pour animer le vestiaire lyonnais. Alors qu'on l'imaginait surtout en père-la-rigueur-scientifique, biberonnant son beau Serpent à Sonnettes à coups de stat', on découvre un coach qui s'en remet à l'entretien serré d'avant-match pour gonfler l'ego de ses joueurs. Vidéo à l'appui, chacun de ses onze types en ressort avec la conviction qu'il mettra sous l'éteignoir le mec d'en face.

A peine le temps de se rappeler de toutes ces exhortations de la veille que Diarra se met dès le coup d'envoi à en goûter les effets. Tout premier ballon et vilain taquet qui le flanque par terre. Il se relève dans les pattes de Juninho. Regard panique du Malien qui sait que, question ego-trip, le capitaine lyonnais joue au-dessus de tous les autres.

L'OL n'a plus alors qu'à venir serpenter dans le milieu madrilène. Des quarante-cinq premières minutes, il ne reste pas de but-symbole comme celui de Wiltord l'année précédente, mais une domination outrancière rarement vue ,oui. Qui aurait pu se conclure sur un score autrement plus fleuve que le 2-0 final. Et qui aura surtout fait oublier un peu trop vite le roi Diarra.

Chris -; La splendeur lyonnaise, elle semble évanouie... Alors, dire que les victoires jumelles contre le Real Madrid en septembre 2005 (3-0) puis septembre 2006 (2-0) furent des sommets de cette splendeur lyonnaise, ça me fait mal de reconnaître que c'est bien le cas. D'autant plus que j'ai assisté, debout dans le virage Sud, à l'une de ces victoires, la seconde, celle où le score fut plus mesuré - mais l'impression de puissance que dégagea l'OL plus marquée.

Je crois ne garder qu'un seul souvenir de ce match. Ce qui est amusant, c'est qu'il ne s'agit pas de l'un des deux (jolis) buts, ni d'une action de jeu, ni d'une parade du Lloris de l'époque, Greg. C. Non, il s'agit du tout début de match, lorsque Djila Diarra reçoit la balle et s'applique à faire une passe ou je ne sais quoi... Avant de se manger un tampon monumental de son ancien camarade de vestiaire, Juninho dans le rôle du père fouettard.

Ce fut peut-être un tacle, je ne suis plus très sûr. Ce que je sais en revanche, c'est que le message était clair : « Eh, les cadors galactiques, vous voyez, là, le mec à terre qui hurle et se tord de douleur, votre partenaire ? Eh ben, y a de ça trois mois, on était super potes. Alors, si j'ai pris la peine de bouger comme ça un des mecs avec qui on a tout partagé, vous devinez comment que je vais vous caresser pendant tout le match ! » Ca m'a fait plaisir. Pas trop « joga bonito » comme geste, ni comme attitude je l'accorde, mais c'était probablement nécessaire pour battre le Réal différemment cette fois-ci. Une impression confirmée après coup, en revoyant la rencontre à la télé, nettement moins fun que la première... Reste qu'en changeant de la sorte de registre, l'OL atteignait un niveau de maîtrise et de sérénité assez impressionnant, esthétiquement moyen, mais efficace en diable.

Genius Jo -; Mon esprit et mon souvenir frémissent encore de cette joie infinie, provoquée par la domination et la précision clinique d'une force en mouvement, symbolisée à la perfection dans l'exécution d'un but d'école, cinq fois « somptueux » dixit Larqué de l'époque, somptueux, oui vraiment -; une reprise de Wiltord qui avait vu Réveillère lui-même se sublimer, passeur décisif pour l'occasion, contre un Real aux abois.

A l'instar de Spinoza, cette équipe envisageait son football ordine geometrico demonstrata et conduisait à la même admiration devant l'enchaînement de preuves, démonstrations et autres scholies.

Ayant depuis toujours en horreur les sports mécaniques et l'horlogerie, cette machinerie parfaitement huilée s'imposait pourtant naturellement à mon enthousiasme, car elle était une « force vive, un torrent maîtrisé, une volonté d'assujettir dans la gaieté. »

Ce savant mélange de mécanique froide et de tumulte joyeux scintillait dans les buts du bout du monde de Juninho, les blocages définitifs de Cris the Policeman ou Coupet The Wall, les embardées fantastiques de la Maloude et du poil-à-gratter Govou , ainsi que le fameux Triangle d'Or Diarra-Juninho-Tiago -; dit « l'orfèvre ».

Sans oublier évidemment l'étoile filante, le Kramer de l'OL, Francis Perrin qui aurait atterri dans Vol au-dessus d'un nid de coucou, connu sous le sobriquet Fred, le sanglant.

L'OL représentait un fol espoir dans une compétition où les armes étaient, à bien des égards, inégales.

C'était notre David à nous contre une myriade de Goliath espagnols, italiens et britanniques.

Ce rêve s'est pourtant éteint à la 88ème minute d'un match retour en Italie, le 5 Avril 2006, probablement par un bête complexe d'infériorité qui ne devait plus nous lâcher.

Arthur -;La détresse de Canavaro, bouffé par Carew qui se met à faire des jongles dans la surface adverse, et l'Italien qui ne peut que regarder. Sale soirée pour le Ballon d'Or !
2. A quelques jours d'accueillir le Real à Gerland, quelles faiblesses peuvent perdre un peu plus l'OL pour la fin de saison ?

Genius Jo -; En étant honnête, on peut légitimement invoquer des faiblesses lorsqu'il y a des forces en contrepoids. Or, il n'en existe plus aucune, sauf peut-être du côté du parfois talentueux Lloris . Mais c'est de toute évidence insuffisant.

Rezza -; Après avoir terminé 2009 sur la pire des défaites contre Montpellier, les Lyonnais avaient un bon mois de convalescence devant eux pour se calmer et se présenter face au Real autrement que dans le rôle de la victime sacrificielle.

Ce mois de janvier a d'abord été l'occasion de boucler la saison plus tôt que prévu en se faisant sortir des deux seules compétitions où il y avait encore un titre à gratter -; Coupe de France et Coupe de la Ligue. En championnat, le bilan est redevenu plus présentable (trois victoires et un nul), surtout côté défense avec seulement deux buts encaissés.

Reste qu'on a attendu que le niveau de jeu s'élève enfin et se rapproche match après match de celui aperçu à la fin de l'été. Il faudra sans doute attendre qu'une nouvelle saison commence pour qu'on recommence à parler jeu entre Saône et Rhône. Pjanic n'a pas dit autre chose à la sortie du match face à Lens : « On a du mal à produire du jeu. On cherche à concéder très peu d'occasions mais on s'est peut-être trop focalisé là-dessus.. » Pour les matheux, les stats faméliques de Lisandro de ce début d'année en parlent elles aussi très bien : trois tirs en cinq matchs, deux cadrés, un but.

En cause, le milieu de terrain qui ne joue plus dans les 35 mètres adverses et resserre les lignes devant sa défense pour ne pas la laisser à l'abandon. Face aux Lensois, Cris et Boumsong ont bien tenté de montrer la voie le temps de quelques incursions éclairs parmi les gars du milieu. Peine perdue, les bonnes intentions ont eu vite fait de disparaître après la première alerte.

Pour s'en sortir, l'OL en est donc réduit à attendre que le vent mauvais souffle un peu moins fort et que Puel fasse entrer le supersub du moment, Delgado, pour passer en 4-4-2, se créer un temps fort d'un quart d'heure pas plus et marquer. Pour l'instant, c'est ce qui marche encore le mieux en Ligue 1 lorsqu'il s'agit d'assommer les équipes très milieu de tableau rencontrées jusque-là.

Face au Real mardi et avec un déplacement à Rennes dans la foulée -; en pleine période jeu de l'amour et du bazar signée Marvaux -;, l'organisation-sécurité des Lyonnais pourrait bien être secouée au moins un cran plus fort. Et pour peu qu'il soit question de naufrage, il faudra sans doute se préparer à une fin de saison encore plus déprimante que ces premières prestations de janvier...

Chris -; Le Real revient et va, je le pense hélas, se frotter à un adversaire lyonnais bien moins coriace qu'il y a trois saisons. Une défense en carton, un milieu en papier mâché et une attaque de pâte à modeler... Bien entendu, les joueurs sont tout à fait capables de (très) belles actions de jeu, mais c'est de plus en plus rare.

Ce qui l'emporte, ce sont plutôt les approximations -; mauvais placements, passes confuses, relances manquées, résignation... Pour ces retrouvailles contre la deuxième fournée de Galactiques, ça ne passera pas, à moins d'afficher un mental en béton armé -; et d'avoir a réussite qui va avec.

Ce que je crains, c'est que la garde impériale blanche découpe les petits ewoks lyonnais au laser... Non pas tant que cette équipe soit infiniment supérieure à nos peluches préférées mais sur ce match, à moins d'une apparition sui generis de Jedi dans le collectif lyonnais, tout laisse à penser à ce que l'empire contre-attaque, quatre ans après avoir craint une menace plus fantôme qu'autre chose...

Philippe -; Puel.

Arthur -; Le manque de confiance, clairement, mais ça on le sait depuis l'an dernier. Il serait temps qu'un papa se mette à exister dans le vestiaire pour chouchouter, bousculer tout ce petit monde et aller enfin dans le même sens. D'autant que l'OL a vraiment un effectif de qualité cette saison. Personne ne doute ni de Lisandro, Bastos, Delgado ou de Govou. Pas de joueur tout désigné comme ces dernières années pour plomber le reste de l'équipe. Ok, je ne suis pas trop fan de Jean II « une touche de balle » Makoun, mais il n'est pas encore au point de tuer un match à lui tout seul en prenant un carton rouge, par exemple. Si ? Ah... Derrière, Lloris permet d'oublier un peu la lourdeur d'une charnière qui devra faire sans Lovren.



3. Y a-t-il encore des raisons de croire à une sortie par le haut pour l'OL en vue de qui ressemble de plus en plus à un dernier round d'honneur en Ligue des Champions ?

Genius Jo -; Il faut se faire violence et penser qu'il s'agit d'une époque révolue, d'une phase de transition qui accouchera peut-être d'un diamant, aujourd'hui disparu. Wait and see...

Chris -; Son prénom m'a toujours plu. Son patronyme déjà moins. Son surnom, carrément pas. Et puisque son temps de jeu est en légère hausse, pourquoi ne pas croire en Cesar « Chelito » Delgado ?

Je me rappelle des toutes premières images que j'ai vues de lui, juste avant qu'il ne signe. Des buts incroyables, des passages en revue de défenses entières, des chevauchées héroïques, des tirs lointains de toute beauté. Rude retour à la réalité, tout ça provenait du charmant championnat mexicain...

Reste que j'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'un recrutement aussi improbable que malin. Surtout depuis son but contre Liverpool, assez laid, autant que je me souvienne... Comme je peux voir qu'il rejoue un peu plus et marque aussi, pourquoi ne pas croire qu'il va enfin confirmer mes attentes ?

D'accord, il fait des supers matchs contre Boulogne et il faudra sans doute que l'équipe joue un cran au-dessus... En attendant, il reste le seul joueur à même de faire la différence en ce moment. Peut-être pas suffisant pour l'emporter, surtout quand on sait que les Gones n'ont jamais battu de gros à domicile dans les matchs allers à élimination directe, ni ne sont passés contre un gros. Le 0-0 à dom' suivi d'un 1-1 au retour, je n'y crois pas un instant. Ca va, j'ai assez donné contre Manchester et Barcelone les deux saisons passées ! Autrement dit, avec une victoire 1-0, cela va de soi, sur but de Delgado (normalement, vers la 70e), l'honneur sera sauf. Et l'OL pourra passer à la trappe en douceur...

Serge Rezza -; Des problèmes, l'OL en a toujours connus avant d'entamer ses phases finales de Ligue des Champions. Y compris quand il inspirait encore la crainte chez ceux qui le croisaient dès les huitièmes de finale. Une époque où l'on répétait à l'envi qu'il manquait encore un grand attaquant pour venir à bout des quelques temps morts et espérer ainsi pousser l'histoire au-delà des quarts. Maintenant que l'équipe va vraiment moins bien, c'est du côté de la défense qu'on réclame des soins intensifs.

C'est oublier ce qui reste l'épicentre du jeu lyonnais et, en grande partie, de son identité, son milieu. Il suffit de passer à Gerland un soir de match pour comprendre qu'on peut bien se foutre d'avoir son lot de cracks devant ou de défenseurs durs au mal derrière si, dans l'entre-deux, il ne reste rien pour mettre le collectif en mouvement et amener les tribunes à lâcher quelques râles de plaisir.

Même si on sent l'OL plus près de la rechute de décembre que du grand réveil, la suite de sa saison dépend donc du niveau de jeu de Pjanic et de Makoun, l'un et l'autre donnés pour disparus depuis quelques mois. Le prodige de la passe messin semble n'être jamais revenu de l'élimination en barrages avec la sélection bosniaque. Quant à Mak II, sa légèreté dans le pressing et sa réserve dans le jeu offensif sont tenues pour responsables de tous les maux, du moins à entendre les plaintes qui descendent des tribunes les soirs de match.

Alors, entre autres attentes, on se dit qu'avec un match de cette envergure, ce huitième contre le Real pourrait au moins servir à ce que l'un et l'autre joueurs haussent le ton comme le rythme et remettent le collectif lyonnais en marche.

Bien entendu, il n'est pas question de réclamer un improbable exploit dès mardi, contre des Merengue qui ne devraient pas passer à côté de pareille occasion pour finir leur Ligue des Champions à la maison. Mais profiter de cet aller-retour bigger than life pour assister à une reprise des affaires de ces deux joueurs là où ils les ont laissées au cœur de l'automne, sûr que ça rendrait la fin de saison un peu moins duraille entre Saône et Rhône.

Arthur -; On a vu dernièrement Delgado bien en forme, mais on ne le sent pas vraiment capable de soulever toute l'équipe. Lisandro a un comportement irréprochable, mais est-ce pour autant le meneur d'homme qui manque ? Cris, Toulalan, Govou restent certes des joueurs énormes, mais ils n'ont jamais réussi à prendre à bras le corps ce rôle de leader qu'on veut leur refiler. Pour moi, le seul qui sortir l'OL de l'ornière, c'est encore Puel. A condition qu'il parvienne à fédérer son vestiaire...

Philippe -; Non... A moins de croire que le Doc et Marty McFly soient bien vivants...

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