OL-Real vu par Chérif Ghemmour (So Foot)

OL-Real vu par Chérif Ghemmour (So Foot)
13/02/2010

Plus que trois jours avant de célébrer les retrouvailles entre l'OL et le Real. D'étranges retrouvailles dont on a très peu entendu parler, jusque dans les allées de Tola Vologe. Entre la belle machine lyonnaise qui martyrisait des Galactiques sur le retour à chacun de leur passage par Gerland et l'équipe actuelle qui ne parvient toujours pas à évacuer son spleen, une petite éternité s'est écoulée. Alors, plutôt que de se demander quelle allure prendra la sortie de route qui s'annonce, on a préféré refaire le chemin qui sépare l'OL de la veille ou presque et celui d'aujourd'hui avec quelques invités. Cherif Ghemmour (So Foot) est le premier à s'y coller.


Pour toi que reste-t-il des deux victoires contre les Galactiques, sommets de la splendeur lyonnaise ?
Lyon a joué deux fois le Real en C1, d'abord en 2005-2006 (3-0 et 1-1) puis en C1 2006-2007 (2-0 et 2-2). Dans les deux cas, le Real, c'était plus vraiment les Galactiques -; les vrais se sont évanouis après la finale de 2002 contre Leverkusen. En 2005-2006, ce Real est en plein déclin alors que Lyon est l'épouvantail absolu en Europe, l'équipe que tous les clubs redoutent -; ou du moins qu'ils respectent vraiment. Donc, le combat est déjà plus inégal, même si les noms les plus ronflants sont côté espagnol.

Autre différence avec ce huitième, les deux fois que l'OL joue le Real, c'est en phase de poules. Autrement dit, même dominé, le Real pouvait se permettre de ne pas tout donner. Le 3-0 de 2005 à Gerland, c'était le premier match de poule. Pas le feu pour Madrid, dans leur tête ça ne les éliminait pas.

Reste que cet OL de 2005-2006 est prodigieux. Au milieu, Tiago, Juni et Djilla Diarra. Wiltord et Malouda devant, avec un Carew pas mauvais. Houllier sur le banc. C'est le sommet de l'OL, éliminé en quarts par Milan. De son côté, le Real ira se faire sortir à peine plus tard, en huitièmes, par Arsenal... Preuve de son déclin prononcé.

Cet OL était très fort physiquement, tactiquement et psychologiquement. Les joueurs étaient tous de vrais serial killers dans leur tête ! Il n'y avait pratiquement que des internationaux à l'OL. Pour rappel, Juni était en Seleçao !

Et Juninho, c'était l'arme fatale. Pendant longtemps, jusqu'à l'année dernière en fait, Lyon s'en tirait toujours grâce à ses coups francs qui faisaient très souvent basculer un match. Ce fut le cas à Gerland, en 2005. L'OL l'emporte 3-0, deux coups-francs de Juni.

L'année suivante, l'OL commence à décliner. Mais comme le Real est encore plus faible, ça va. Ceci dit, le Real finira fort en gagnant la Liga. L'OL terminera premier de sa poule devant Madrid pour gicler plus sèchement dès les huitièmes contre la Roma.

Conclusion, énorme impression en 2005-2006 qui donne à croire qu'on tient enfin un club français crédible en C1 -; le premier depuis Monaco 2004. L'année suivante, on reste satisfait, tout court...
Cette année, où en est l'OL pour toi ? Comment envisages-tu ces retrouvailles de l'étrange avec le Real et la suite qui va avec ?
A priori, le Real a un avantage très net. L'équipe progresse de mois en mois, à la différence de Lyon qui n'a toujours pas eu de match référence -; et ne me parlez pas du 2-1 à Anfield, sinon je vous pacse avec Benjamin Castaldi ! Attention ! Si le Real prend Lyon de haut, il va leur arriver une tuile. En revanche, si les Merengue prennent Lyon comme ils ont abordé l'OM, avec respect et sérieux, ça doit passer pour Madrid.

D'autant que cette saison, j'ai trouvé Lyon faible tout le temps, que ce soit en L1, en Coupe de la Ligue, en Coupe de France, en C1, au tournoi de Décines, pour le jubilé de Vénissieux, en amical contre Viroflay ou en sixte à Parthenay... La faiblesse essentielle de l'OL, c'est que c'est une queue de comète presque éteinte qu'on essaye de rallumer en vain. L'effectif compte trop de joueurs « d'avant » -; Cris, Réveillère, Govou, Kallström, Vercoutre, Clerc... Des joueurs pas mauvais, mais avec quelque chose de mort en eux. De toute évidence, ils ne peuvent plus rien transmettre alors qu'ils sont censés être les garants de « l'esprit lyonnais ».Rien de plus normal tant ils ont tout gagné, et pendant très longtemps. Suffit d'entendre Cris qui, depuis le début de la saison, est tout le temps dans la nostalgie, à la manière du type qui n'a toujours pas compris qu'on avait changé d'époque...

Un qui l'a compris, c'est Benzema. On se pose la question de savoir si c'était pas trop tôt pour filer à Madrid, vu son âge, vu son manque d'expérience, vu la concurrence et vu la pression démentielle au Real. Mauvaise question. Karim devait se casser de Lyon. Il ne progressait plus, point barre. Peut-être la meilleure preuve du marasme lyonnais que ce départ du Benz...

L'OL du moment, c'est l'histoire d' une fin d'un cycle qui s'éternise. Phénomène classique qu'on a repéré à Liverpool ces derniers temps. Une histoire qu'a connue le Barça entre 1999 et 2005, à l'agonie après la disparition de la Dream Team de 1994. Aujourd'hui, à Lyon, l'amalgame avec les nouveaux -; la plupart pourtant tous très bons -; ne prend pas et Claude Puel n'y est pas pour pas grand-chose. Tu peux jouer avec quatre attaquants, ça marquera peut-être plus, ça gagnera peut-être plus aussi... Mais c'est pas sûr.

Pas sûr non plus de remporter des titres. Heureusement, Aulas bouge toujours. Aujourd'hui encore, c'est lui le vrai patron. Il paye, il gueule et on continue de lui obéir. Et puis les Lyonnais sont des pros, des vrais, des bons. C'est ce qui les sauve. C'est même ce qui pourrait les rendre crédibles contre le Real. Mais de là à éliminer les Meringues, faut pas trop rêver.

Tu peux recruter qui tu veux, virer Puel et mettre Lippi à la place, ça changera pas grand-chose. De toute évidence, ce club est convalescent. On voit bien que tous les Lyonnais, nouveaux et anciens, ont du mal à se faire violence pour battre Lorient ou Grenoble. Or, c'est exactement ce qui faisait la force de l'OL d'avant : comprendre et accepter que même contre Boulogne ou Le Mans, il faut s'arracher pendant 90 minutes ! D'ailleurs, Lyon gagnait souvent dans le dernier quart d'heure, là où c'était souvent dur de vaincre, mais ils savaient se faire mal. Aujourd'hui, l'OL n'a que très peu de temps forts par match. Des fois, presque pas du tout... Du coup, on en arrive à cette autre vérité vérifiable tous les week-ends, Lyon ne fait plus peur.

L'OL doit donc aujourd'hui assumer une période de transition qui est naturelle. Plus l'OL voudra redevenir très rapidement le leader du foot français, plus cette période de transition risque de durer. Lorsque j'entends parler d'un OL -; chez les dirigeants surtout -; qui ne viserait que les trois premières places du championnat, je me dis que le club est sur la bonne voie. Il doit repartir avec humilité. D'autant que les bases sont bonnes... Pas de raisons donc de flipper éternellement.

Pour terminer, je cerne quand même un bémol qui peut jouer en faveur de Lyon. Avec un OM qui reste fragile et des Girondins qui peuvent très bien exploser en vol avec les départs de Chamakh (sûr) et ceux (moins sûrs) de Gourcuff et de Lolo Blanc chez les Bleus, l'OL pourrait revenir vite au sommet en France. Mais qu'en France. Pas en Europe.
Propos recueillis par Method

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