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Octobre rouge et noir

6 octobre 2008 à 10:15 Octobre rouge et noir

Samedi, je me suis enfin décidé à rentrer dans l’automne. Le match contre Rennes n’est que dimanche en fin d’après-midi, ce qui me laisse le temps de remettre quelques disques de saison sur la platine - Yo La Tengo, c’est parfait comme groupe d’automne -, avant d’entamer le portrait en monstre de Led Zeppelin par François Bon. Avant ça, j’ai pris le temps retrouver Jo. C’est ce gars du crew dont la présentation en première page du blog laissait entrevoir la promesse de quelques posts incisifs, capables de secouer à l’occasion les habitudes de vieux bâtards qui règnent ici. Au lieu de quoi, il a passé sa saison à tourner les soirs de match devant quelques écrans de la Presqu’Ile avec son beau maillot noir floqué « Nietzsche 10 ». Comme ça, tout ce que Lyon compte d’étudiants en philo un peu exaltés et autres geeks connaissant par cœur l’œuvre complète des Monty Pythons peut venir lui taper dans le dos. Sans oublier, bien sûr, cette fille des Beaux-Arts, pas insensible à ce genre de performance.

En passant du Montagny au Saint-Jo’, j’ai cru comprendre que les équipes d’OL Store allaient devoir s’habituer à floquer plus de maillots fluos aux noms de Kierkegaard, Lester Bangs ou Eric Rohmer dans les prochains mois. Lorsque la fille des Beaux-Arts s’est mise à sourire à côté de lui, j’ai surtout eu la confirmation que mon obsession pour les middle-class heroes – Jérémy, Mira, Juni et les autres – ne me permettrait sans doute pas de sortir de l’automne avec d’autres satisfactions que celles de lire quelques bons livres de plus, d’écouter d’autres disques de saison et de boire pas mal de picons rue de Paradis.

Comme pour m’éviter de marcher seul sous le crachin venteux d’octobre, l’OL s’est aussi décidé à rentrer dans l’automne avec cette même mélancolie qui a pu secouer d’autres grands clubs européens. Une première défaite sèche du côté de la Route de Lorient sur laquelle il n’y a rien à redire. A moins de faire partie du camp de ceux qui ne supporteront jamais l’insupportable – soit à peu près 80 % de l’humanité.

En se prenant trois buts de Pagis, les Lyonnais ont fait bien plus que livrer une prestation sans consistance et laisser filer trois points. Ils ont sacrifié à cette étrange mode de saison qui s’est déjà emparée ailleurs de quelques grosses bêtes et qui fait de l’automne la plus belle période de l’année quand on rêve de voir l’ordre des choses qui paraissait jusque-là immuable enfin bousculé.

Ils ont permis de retrouver cette joie enfantine donnée pour disparue le week-end dernier. Souvenez-vous de ces jours où l’on s’ entendait dire qu’avec Mounier et les autres fluokids, l’OL avait déjà scellé le sort de la Ligue 1. En 90 minutes, les Rennais ont permis à Hantz d’en appeler à « un véritable coup de tonnerre », avant que soit décrétée la « fin de l’hégémonie lyonnaise » sur des ondes où il est souvent question d’info, de sport et de talc.

Lorsque River Plate se traîne dans le fond du classement du championnat argentin, qu’Arsenal ne s’en sort pas face à Hull ou à Sunderland, que Bielefeld manque de scalper le Bayern, la rengaine est le même. Au-delà du grand renversement de l’ordre des choses, il est aussi question quelque part de victoire morale. On a beau savoir que d’ici quelques matchs, quelques mois, une saison, on remisera les rêves de fin de cycle au placard, mieux vaut en profiter. Quel plus beau signal d’ailleurs que ce hat trick de Pagis pour rêver tout haut à la révolution ? Lui le joueur tout droit sorti du football d’en-bas, le King du pauvre, le héros du lumpenfussball ? Grâce à Mika le rouge et noir, on peut faire remonter Saint-Just à la tribune pour dénoncer l’OL, ce “roi-usurpateur”. Vous les entendez sûrement le grondement des joueurs qui bouffent de l’entraînement froid et humide tous les mardis soirs, qui se font engueuler par un entraîneur qui doit tenir quelque chose comme le bar-tabac du coin, qui doivent traverser le terrain pour venir serrer la main de Pinault-simple-président.

D’ici là, avant que l’automne devienne complètement rouge contre le LOSC, Claude Puel, l’« entrepreneur du football », et ses hommes ont « 15 jours pour faire le point et se remettre dans le bon sens » (Källström). Si le 4-4-2 avait jusque-là convaincu lors des dernières sorties en Ligue 1, il a ce soir souffert de toutes les faiblesses possibles. De la fatigue de l’homme fort du système, Benzema. Du manque de soutien lors de chaque initiative - Mounier et Keita sortant rarement de leur couloir et rejouant à la note près la partition du One+One. Du duo Toulalan-MakII, abandonné au milieu et pas franchement bâti pour mener le jeu au-delà de la première relance. De l’aspiration de la charnière centrale en direction du milieu, obligée ensuite de courir après Briand, Sow et Thomert, profitant de la profondeur.

15 jours, c’est aussi ce qu’il faut pour mettre fin au Led Zepp’ de Bon et se mettre à Courir d’Echenoz. Passer de Yo La Tengo à Pavement sur ma platine d’automne – à moins que vous ayez d’autres pistes vous. Et enfin savoir quel nom de middle class hero trouvera sa place sur mon maillot fluo pour cette saison.

Serge Rezza






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» Octobre rouge et noir · 8 octobre 2008 18:50

Mouais... Une défaite presque courue d’avance. Pas de liant, pas d’envie et surtout pas de révolte. Les journaleux sont contents, la ligue 1 n’est pas finie. Ca leur ferait tellement de mal de dire que Lyon enchaine quand même les succès en France, qu’elle est en passe de devenir le meilleur club francais de tous les temps, et enfin qu’elle s’apprête peut être a être sacré champion. "Nul n’est prophète en son pays" dit l’adage... Un adage confirmé lorsqu’il s’agit de ressasser les défaites lyonnaises, qui, heureusement, se comptent sur les doigts de la main. Bref, rien d’anormal a Ligue 1 Land. Chez moi Geoffroy Guichard a tremblé, Gomis a marqué, tout le monde va ésperer. Et puis cette année il y a l’UEFA, une coupe d’Europe du pauvre, qui a reservé Valence, Rosenborg, Bruges et Copenague. Bref tout pour oublier la frappe d’un certain Karim Benzema qui a contraint Jody Viviani a aller chercher la balle dans les filets. Si l’automne passe vite en France, les souvenirs sont encore plus rapides a Saint Etienne.