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Regroupés dans un collectif à géographie variable, les OL Dirty Bastards assument seuls contre tous le je-m’en-footisme de Govou comme les méthodes du discours aulassien.

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Haut, bas, fragile

31 mars 2008 à 20:56 Haut, bas, fragile

J’adore Steve Savidan. Pas comme un joueur de foot. Rien à voir avec l’admiration que je continue à porter aux milieux lyonnais qui, en quelques passes et autant d’anticipations dans le replacement, rappellent que les gars à la classe très moyenne sont capables de subtilités insoupçonnées.

Non, j’adore Savidan pour à peu près les mêmes raisons que tout le monde – ils ne doivent pas être nombreux d’ailleurs ceux qui n’aiment pas pareil joueur. Sans doute pour cette histoire du cheval de retour sorti des divisions les plus obscures qui fait toujours recette. Plus encore que ce parcours à la limite de l’anachronisme, ce sont ces quelques scènes-clés touchantes racontées par le joueur qui me touchent. En début de semaine passée, invité sur un plateau, Savidan refaisait surgir ces longues nuits passées seul sur un balcon, un peu paumé, condamné à défaire et à refaire des choix, pris au piège entre le désir de rebondir ailleurs quand la carrière se remet à patiner et la nécessité de mettre un terme à ces départs à répétition qui usent les proches. Obligé de rester responsable avec des gamins sans rien sacrifier au plaisir de jouer avec une bande de potes.

Il faut sans doute être un peu contrarié pour apprécier Savidan, le footeux venu d’en bas, et continuer à supporter l’OL, le club qui n’en finit plus de jouer tout en haut. Quand le héros valenciennois a pris l’habitude de réduire le métier de footballeur à sa plus simple expression –« Jouer ! » -, les joueurs lyonnais offrent en retour un professionnalisme à la limite de la névrose obsessionnelle. Il n’y a qu’à voir d’ailleurs le sort réservé à un joueur comme Govou, trop vite taxé de dilettante au nom d’un certain je-m’en-foutisme une fois sorti du terrain, quand tout dans son jeu et sa préparation transpire la rigueur.

A la différence de Govou et de presque tous les autres, parce recul et cette décontraction à même le terrain – il faut le voir s’échauffer pour comprendre -, j’adore Savidan parce qu’il incarne à lui tout seul le chaînon manquant entre le foot professionnel et la vraie vie. Un type suffisamment borderline pour retrouver en lui du François Perrin, le joueur de Trincamp, double footeux de Patrick Dewaere dans Coup de tête.

Joueur fragile et inconstant, les nerfs en pelote et le talent débraillé, Savidan peut ainsi disparaître le temps d’un match, tout juste une semaine après son numéro contre Bordeaux. Hier, on ne l’aura aperçu qu’à de rares occasions. La faute peut-être à l’OL, venu l’emporter à Nungesser en se contentant de jouer comme il sait le faire cette saison : haut, bas, fragile.

Haut comme Cris, montant régulièrement d’une ligne une bonne partie de la première mi-temps, devant sa défense. Aux côtés de Toulalan, le Policier reste impressionnant de harcèlement sur les rares offensives valenciennoises. Sans forcer, les Lyonnais réussissent à monter une première contre-attaque qui fait mouche. Relance sur Govou dans l’axe qui sert Clerc sur son côté gauche. Le latéral a tout le temps pour travailler son centre en direction de Keita, venu se replacer dans l’axe après une course de 60 mètres. Sa tête vient lober Penneteau (8ème, 0-1).

Pendant encore quelques minutes, on aura droit à un retour du 4-3-3 canal historique attendu, compte-tenu de l’absence de Benzema. Le serpent à sonnette d’Houllier est de sortie cet après-midi à Nungesser : récupérations dans les trente-cinq mètres adverses, parfois à peine plus bas que la ligne médiane, pivot de Fred de l’axe vers les côtés, centre et frappe au but. Comme Govou et Juninho font dans le cotonneux, Bodmer et Keita profitent de l’occasion pour s’en donner de nouveau à cœur-joie. Dans une économie de gestes déconcertants de facilité, le grand blond domine le milieu comme il sait le faire depuis la sortie de Ligue des Champions. C’est sans doute pour ce genre de raison que ce moment de la saison reste un de mes préférés : lorsque, une fois l’excitation des huitièmes retombée, l’OL sort du banc ceux qui règleront le jeu lyonnais l’année prochaine. Ainsi, depuis quelques matchs, la transmission Toulalan-Bodmer et les solos de Keita font de telles merveilles qu’on rejoue les regrets éternels entre supporters de l’insupportable, désolés que Manchester United si tôt, à un match de l’éclosion du grand Mathieu.

A peine le temps de repenser à l’Europe que le quotidien de la Ligue 1 reprend ses droits sur une tête d’Eric Chelle (1-1, 27ème). Une drôle de période où les Lyonnais jouent plus bas, s’en sortant par des sauvetages assurés du bout des pieds, une fois par Cris, une autre par Coupet. VA a compris qu’il valait mieux se débarrasser du milieu, quitte à balancer à l’arrache vers Sebo. L’OL joue à l’arrêt, retrouvant en fin de mi-temps ces instants de fragilité qui ne l’auront jamais quitté cette saison.

La seconde mi-temps reprend sur ce même faux rythme. Comme les Lyonnais ont plutôt la maîtrise du ballon, ils peuvent recommencer à endormir les Valenciennois en faisant circuler le ballon d’un côté à l’autre et délaisser cet axe en délicatesse sans Benzema. On se remet à jouer haut pour mieux sonner Valenciennes. En repiquant vers l’axe, vers Fred, qui remet en première intention, toujours dans le rôle du pivot, pour Keita, décalé sur la droite. Kader centre fort. Alors qu’on l’avait tous oublié, Govou ressurgit l’air de rien, entre deux défenseurs. Quoi de plus normal ? Il faut bien quelqu’un pour aller planter un nouveau but décisif, du plat du pied (1-2, 64ème).

La suite ne vaut que pour le coaching de Perrin qui accorde un peu de temps de jeu à Crosas et à Delgado. Le jeune milieu catalan vient de crier sur tous les toits qu’il aimerait rester une saison de plus à Tola Vologe. Il joue encore un peu trop bas pour assurer les bonnes passes entrevues à chacune de ses apparitions. Du côté de l’Argentin, sa prestation de fin de match contre Sochaux en Coupe de France a rassuré ceux qui le trouvaient fragile. Il n’aura eu droit cette fois qu’à quelques bons appels restés sans suite en toute fin de partie.

L’OL peut encore se permettre d’expérimenter quelques minutes avant d’enchaîner les deux derniers sommets de sa saison, le premier en championnat contre Marseille, le second en Coupe contre le FC Metz. Deux rencontres où, à coup sûr, il faudra choisir entre jouer haut, bas ou fragile.

Serge Rezza

Bonus

Pendant que Govou et ses copains empilaient une nouvelle victoire dans la perspective du septième sceau, les filles de l’OL disputaient une demi-finale de la Coupe d’Europe féminine contre les Suédoises d’Umeå. Devant 12 000 spectateurs présents pour l’occasion, la rencontre s’est terminée sur le score de 1-1, synonyme de ballottage défavorable pour les Lyonnaises. A moins que les coéquipières de la Bompastor ne resservent l’exploit du quart retour contre les tenantes d’Arsenal Ladies…

Demain, le n°53 de So Foot présentera un très joli portrait militant de Sidney Govou, signé Simon Capelli-Welter. Ce papier aura son prolongement sur ce blog sous peu. En attendant, il est possible de patienter avec cette analyse du génie trop longtemps incompris de Govou, accompagnée d’une analogie musicale convaincante, à lire chez mes copains de Kickofflabière .






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