Fuck Y’OL !
12 mai 2008 à 20:21
Vous pensiez peut-être qu’un OL enfin obligé de se lancer dans une lutte à couteaux tirés pour un titre de plus pouvait enfin devenir supportable. N’importe quoi. L’actuelle fin de saison, confuse à plus d’un titre, révèle surtout que l’OL n’est jamais aussi dirty et bâtard que dans la difficulté. Si vous n’aimiez déjà pas le club lyonnais, on vous donne des raisons de plus de pas l’aimer. Ce qui tombe plutôt bien, parce que, cette fois c’est sûr, l’OL n’en a vraiment plus rien à foutre…
Les sales gueules de l’emploi
Depuis son match contre Bordeaux, l’OL s’est vu promettre un septième titre. Un titre que l’équipe a décidé d’honorer en pratiquant le jeu le plus triste de ces dernières années. Loin devant celui de la fin de saison passée, où l’on pouvait encore se consoler de supporter l’insupportable en admirant le cerveau de Tiago et en s’inclinant devant le One+One bien rôdé des couloirs.
C’est pas faute d’avoir cru l’espace d’un automne au miracle permanent, celui du jeu en 4-3-3 accords réinventé. Avant que ça ne se remette à tirailler à mesure que le titre se rapproche. Baromètre de cette nouvelle saison au goût d’inachevé, Govou. D’emblée jugé insuffisant, pas vraiment donné partant, surtout menacé par la concurrence venue du banc, Govou ne fait pas que s’adapter. Il redevient flamboyant, au point de s’imposer comme le porte-parole d’un 4-3-3 devenu plus direct, de tous celui qui finasse sans doute le moins la construction, mais qui sait éclater la concurrence du jour sur ce principe simple et imparable : le foot reste un jeu où il faut marquer un but de plus que l’adversaire. Si l’on peut en mettre trois ou quatre de plus, c’est encore mieux. La triplette Govou-Benzema-Ben Arfa peut alors s’en donner à cœur-joie, enchaînant les victoires sur la folle moyenne de 3,5 buts par match. L’état de grâce est tel qu’on voit ressurgir cet autre refrain qui accompagne la drôle de carrière du 14 lyonnais : Govou est encore parti pour réaliser sa plus belle saison.
Cinq moins plus tard, le songe de cette attaque issue des rangs de la formation à la lyonnaise s’est envolé. Benzema provoque bien quelques gestes géniaux, mais paraît plus seul et approximatif qu’auparavant. Déjà ailleurs. Ben Arfa se prend les pieds dans des histoires de vestiaire, avant de rejouer le rôle du soliste inutile et exaspérant. Et Govou ? Il reste égal à lui-même. A l’OL aussi. Au moment où on lui promet un retour par la grande porte en équipe de France, il redevient ce joueur à la classe trop moyenne, abandonnant les coups d’éclat techniques pour d’obscures courses de replacement. Tout pour déplaire.
Du coup, ça craint de devenir champion quand plus personne ne se souvient des séquences de haute volée évoquées plus haut. Alors, quitte à l’emporter de la moins supportable des façons, autant y mettre la dose. Comme Govou s’en fout, on demande à Juninho de s’y coller. Un rôle taillé sur mesure. Agacé par la question lancinante d’une fin de carrière qui se lit dans des prestations à la limite de la transparence, il profite de quelques réussites aux coups-francs pour endosser ce costard du capitaine revanchard qui en veut à la terre entière. Là où d’autres rayonneraient devant caméras et micros après un but décisif en demi-finale de Coupe de France, incarnant les héros providentiels hyperpositifs, lui se pointe le visage impassible, les cernes sous les yeux et les joues mangées par la mauvaise barbe. Hostile et muet. La gueule des mauvais jours. Ou plus sûrement celle d’OL Dirty Bastards qui s’assument enfin en tant que tels.
L’ennui sonore
Difficile dans ces conditions d’attendre des supporters qu’ils jouent leur partition sans fausse note. Mercredi soir, l’OL vient de renouer son histoire d’amour avec la Coupe de France. Les anecdotes autour des épopées des Di Nallo, Lacombe et Chiesa flottent tellement dans l’air que les premiers échos resservent dès le lendemain ces expressions sorties d’un autre temps. Où l’on reparle de toute une ville dans l’attente d’une nouvelle finale depuis 1976. La patience des Lyonnais ayant ses limites, la joie de la soirée ne dépassera pas les alentours du stade et ne couvrira jamais les beats enlevées des Nuits Sonores, à peine plus loin.
Certains y verront sans doute la preuve supplémentaire d’un public d’enfants gâtés, n’appréciant que sagement les victoires à répétition. Les autres savent quels genres de souvenirs la délicate fin de championnat peut ramener à la surface. Entre supporters, on a encore en tête l’histoire de ces deux premiers titres, acquis au prix de folles remontées sur Lens en 2002, puis sur Monaco en 2003. On se met alors à craindre plus que tout d’être séchés par un nouveau venu sur la ligne.
C’est comme ça que samedi soir, au terme d’une partie où l’on a de nouveau senti l’équipe à trois fois rien du fiasco, les nerfs ont fini par lâcher chez les supporters. Gerland a eu droit à une invasion de pelouse inédite. Un bordel décalé et profane qui ne manque pas d’agacer le club. Les joueurs d’abord, réclamés par le public, qui restent cloîtrés dans leurs vestiaires, refusant d’aller se mêler à la foule pour crier victoire avant l’heure. Aulas ensuite qui finit par revenir sur la pelouse, déclinant l’invitation avec une histoire de superstition quand il aurait fallu invoquer ce qui relève du bon sens : le respect des deux adversaires qui font encore planer les derniers restes d’incertitude jusqu’à samedi prochain – les Girondins et l’AJ Auxerre.
Un épisode étrange qui fait penser à la fausse bio à thèse de François Bégaudeau sur Jagger (Un démocrate, Mick Jagger 1960-1969). De sa naissance en mai 1960 au milieu de nulle part (un quai de gare) à sa mort sur la grande scène d’Altamont, Californie, dans la nuit du 6 au 7 décembre 1969. Cette fois où la foule ne répond plus à Jagger, cette fois où Jagger a peur de la foule. Cette dernière fois où l’un et l’autre ne jouent plus ensemble.
Il y a un peu de ça dans ce jeu à contre-temps entre l’OL et la foule. Une équipe qui joue seule, faisant mine de fuir la crispation de son public, pour mieux la retrouver une fois sur le terrain. Une foule à moitié soulagée par la victoire contre Nancy, sans doute impatiente devant ce dénouement devenu trop incertain pour elle. Surtout frustrée par tous ces rendez-vous manqués, quand les titres finissent par se fêter loin d’elle, autour de quelques coupes de champagne tiède dans un hôtel Ibis de Paris ou d’Auxerre.
Elle n’a pas encore admis que son équipe a enfin délaissé cette course à la reconnaissance pour laquelle elle ne sait décidément pas y faire. Après tout, à quoi peut bien rimer cette conquête un peu vaine et un rien idiote du cœur des autres ? A rien quand on a compris qu’on ne serait jamais assez veinards, barrés, pourvus – enfin, ce qu’on veut - pour les campagnes au long cours en Ligue des Champions. A rien quand on n’est plus assez médiocre pour se remettre à jouer la chanson des modestes en Ligue 1.
Il n’est question que d’obtenir ce nouveau titre tant promis. Alright, comme disait Jagger tant qu’il était en vie. Ou plutôt Alright, comme il a fini par répondre une fois mort : « Alright. Comme toujours. Donc, tout était comme avant ? On va survivre, bouffer les seventies, on est éternel ? Non non non non non. Ce Alright-là ne sonne pas comme les milliers d’autres déposés sur la foule par Mick de 60 à 69. Il dit d’accord, mais ce n’est pas allégeance démocratique à ce qui vient au-devant de lui. C’est résignation. D’accord, je consens, j’accepte le verdict, je reconnais, j’ai bien compris, j’ai bien vu, je vois bien, je vois bien ce qu’il me reste à faire, je vois bien qu’il faut arrêter, rentrer à la maison, trouver un abri, on est bon cette fois, on y va tout droit, O.K. on va faire ça, tout est bien, tout est consommé, c’est fini ».
D’ailleurs, les rappels à l’éthique adressés en fin de partie par Aulas à tous les journalistes, son goût de l’outrance au micro de Canal (« Nous sommes ici en France dans un pays développé et démocratique où les gens qui investissent et ont des bons résultats doivent être encouragés ») comme sa dénonciation du grand complot ne disent rien d’autre. Car, nouveau sacre ou non, l’OL s’est enfin résigné à ne plus chercher l’adhésion des foules. OL right.
Serge Rezza
» Fuck Y’OL ! · 13 mai 2008 11:02 | |
|