Dépité type
10 décembre 2007 à 22:33On aimerait bien leur taper dans le dos et leur tendre la main secourable qui les sortira cette fois de leur déprime. Il y a un an, Kader Keita et Mathieu Bodmer étaient les sentinelles d’une Ligue 1 décomplexée, qui se sentait encore d’aller narguer le Milan à San Siro. Dos au mur en Ligue des Champions, la doublette lilloise s’était fait un plaisir de sortir tout l’attirail rock des fines équipes du Nord, entre dribbles-riffs et passes lascives qui prennent dans le dos une défense rouge et noire - la tête sans doute ailleurs.
Un an plus tard, les voilà dissous dans un collectif qui joue encore mieux. Mais sans eux. Bodmer n’est plus le même depuis le début de la saison. De grand ordonnateur du milieu lillois avec Sa Majesté Jean II Makoun, la grande gigue a appris à rejouer à corps défendant. Derrière, donc. On lui a demandé de faire semblant d’y être, dans l’attente du retour du Cris. Depuis, on assiste à la passion selon Saint Mathieu. Ou comment un joueur accepte la souffrance, espérant plus seul que jamais cet aller simple un cran plus haut, quelque part à la droite du seigneur Juni, dans le saint trident lyonnais.
Pour Keita, la donne est encore différente. Départ en fanfare en tout début de saison, des courses foutraques, des coups tordus, du jeu très border line. Très bien. Gerland applaudit en ouverture contre Auxerre. Avant que Perrin n’endosse le costard de père sévère en le sortant en première mi-temps face à Lorient. Ou comment renvoyer tout ce déploiement de soliste surdoué à plus tard.
Hier soir contre Caen, on a voulu y croire encore un peu. On n’a même vu que leurs noms sur la feuille de match. On s’est dit que l’occasion était belle pour eux de se mettre enfin au diapason du reste de l’équipe. Après une première balance convaincante en Coupe de la Ligue à D’Ornano, Perrin leur a quasiment filé les clés du jeu. C’est bien à eux qu’il revenait de placer la setlist de leur choix dans l’anonymat d’un jeu de 20 heures. Un 8 décembre de surcroît*.
Bien sûr, les deux n’y sont pour rien dans ce coup de tête-épaule d’Anderson qui fuit la lucarne de Planté à la 1ère minute. Ils n’ont rien ou presque à se reprocher non plus sur ses placements défensifs hasardeux qui pourrissent la vie du couloir gauche lyonnais, amenant au passage ce but à la 17ème minute (Goufran).
Reste qu’il a fallu attendre la 68ème pour voir des tacles horribles, des fautes, de la mauvaise foi dans les discussions avec l’arbitre, cette sale envie d’emporter la mise, ici comme ailleurs, devant le peuple de Malherbe. Là encore, sans eux. Le power trio du moment (Juni, Sid et Benzi) a joué tendu et nerveux pour sortir les tentatives lyonnaises de la neurasthénie et des aventures sans issue dans la défense caennaise. Sans succès certes, mais avec ce qu’il faut de conviction pour mettre tout le monde d’accord et clouer les deux anciens Lillois plus près du banc encore.
D’accord, depuis son entrée virevoltante contre Barcelone, on sait que Keita joue inconstant et a dans ses provocations fantasques ce qu’il faut pour jouer les supersub décisifs. En revanche, on commence à craindre le pire et surtout le dépit pour un Bodmer venu quand même à Lyon chercher une place en équipe de France.
On se doute bien que ce ne sera pas pour cet Euro. Non, il ne suffit pas de juste jouer comme Clerc ou de s’en foutre comme Govou pour passer de l’OL aux Bleus. Mathieu risque bien de se demander ce qu’il lui reste alors à espérer entre Saône et Rhône.
On pourrait l’aider à choisir.
1. Son goût du jeu mi-long, son ancrage plein axe et sa gueule de mec gentil qui rêve de jouer équipe de France rappellent deux précédents : Pedretti - l’épisode marseillais en moins – et Alou Diarra. Bodmer prévient que d’ici le printemps il ne se satisfera ni d’une place de remplaçant, ni d’un rôle de rustine en défense. Ce qui revient à annoncer une saison lyonnaise et puis s’en va. Dans le ventre mou de la Ligue 1.
2. Lacombe réussit à la convaincre qu’il manque de mobilité et d’explosivité dans un milieu lyonnais jouant maintenant pied au plancher pour suivre les deux Ben. Conscient des talents de visionnaire de Dirty Bernie, Bodmer accepte alors de faire sien ce fabuleux destin de Laurent Blanc qu’on lui colle au maillot depuis des lustres. Et de se libérer enfin en nouveau libéro aux côtés de Cris ou de Toto.
3. On le sait, la plupart des grands hommes du milieu lyonnais ont mis du temps pour comprendre et réinterpréter les principes du jeu en 4-3-3 accords. A l’exception d’un génie parti trop vite de Gerland (Tiago qu’on annonce perdu à Turin, envisageant même un départ pour West Ham), il a fallu le plus souvent à tous les autres (Djila Diarra, Juninho, Källström, Toulalan, Fabio Santos ou Essien) passer une saison à tituber. Avant de réussir à trouver quelque chose de nouveau dans ce schéma au classicisme achevé. Ce qui nous fait croire d’ailleurs que cette année, oui cette année, ce sera la bonne en Ligue des Champions.
Vu qu’on l’aime bien, le grand Mathieu, on espère secrètement qu’il saura se montrer patient. On regrettera l’air de rien son absence dans le onze-type de mercredi, lui qui a connu son plus beau moment de gloire sous la pression d’une victoire à l’extérieur obligatoire, qualificative pour des huitièmes de finale de Ligue des Champions.
D’autant que cette fois la descente annoncée dans l’enfer d’Ibrox n’aura peut-être rien d’un sauvetage en règle. Surtout sans lui.
Serge Rezza
*Fête des lumières.
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