Bayern/OL - Bonus Track List
2 octobre 2008 à 19:17Feist – My Moon My Man
Découvrez Feist !
Les filles qui écoutent Feist se demandent souvent ce que font les gars du crew quand ils se retrouvent rue de Paradis, un samedi soir, le temps d’un OL-Nancy. Elles ont bien entendu parler du doux-amer des picons et de ces compos improbables qu’il faut désosser en vue d’un mardi de Ligue des Champions. Surtout, elles ne peuvent feindre d’ignorer le charme discret de la middle class powa – sinon, pourquoi écouter Feist ?
Ce qui peut à la limite leur échapper, c’est ce SMS de Method qui tombe en même temps que la compo : « Pjanic pas titulaire, je viens plus ». Esthète et radical. C’est sûr que ça ne leur dit toujours pas, aux filles qui écoutent Feist, pourquoi on reste là au lieu de les accompagner voir Entre les murs. Disons que ce genre d’explication tient souvent à rien. Et celle-là, plus que les autres. On la doit à la titularisation-surprise d’Anthony Mounier.
De quoi sourire tout de suite à cette merveille de vanne signée Dirty Bernie (Lacombe) : « A l’heure actuelle, Mounier devrait être le meilleur buteur de Ligue 1 ». Si les filles qui écoutent Feist n’avaient pas tout raté des plus belles heures de Dirty Bernie au micro d’OL TV, elles seraient déjà complètement accros aux papiers de Duluc dans L’Equipe, aux maillots fluos et aux playlists de ce blog. Peut-être même qu’elles auraient su chantonner un « My Moun’, My Man » décalé pour célébrer la jolie performance du kid de l’Arbresle ce soir-là.
Au lieu de quoi elles risquent de retrouver les gars du crew encore plus étranges, agacés lorsque la Moun’ entre à la 75ème face au Bayern, déjà porté au rang de révélation fracassante alors qu’il n’était jusque-là question que d’un gentil tube de saison. Un peu comme pour une chanson de Feist.
NTM – Seine Saint-Denis Style
Découvrez Suprême NTM !
Parce que la première d’entre elles a toujours des allures d’acte fondateur du style lyonnais en Ligue des Champions et de l’histoire de Govou à l’OL, toute nouvelle confrontation contre le Bayern est l’occasion de faire un détour du côté de Sid’.
Ça commence avec cette interview à base de pop-pop-pop-pop dans les pages de L’Equipe, en milieu de semaine dernière. Une confession aussi brute et foutraque qu’une performance du duo du 9-3 sur la scène de Bercy, reprenant les incontournables de cette carrière singulière. Où il est à nouveau question de vrai faux-départ, d’embrouilles à deux balles avec Aulas, des promesses non tenues par Ben Arfa.
On sent surtout qu’avec cette interview et ce match à Munich, Govou entend marquer son retour sur la grande scène après un début de saison tout en discrétion. Un motif qui se découvre dans cette révélation lâchée en bout de flow : « Je ne me lasse toujours pas gagner… »
Toujours au diapason avec les styles successifs du jeu en 4-3-3 accords, mardi soir, ses premières courses sentent la hargne et l’envie d’en découdre au plus vite. C’est suffisamment débraillé pour qu’on comprenne qu’en ce moment, à défaut de s’appuyer sur une ligne tactique claire, on joue d’abord à l’envie. Avant que soient dévoilées, par petites touches, les dernières pistes du projet de Puel. Plus ramassé dans l’axe, le 4-3-3 maison se met cette fois à donner dans les remises en première intention. Pendant quelques instants, c’est la queue du serpent à sonnettes qu’on croit voir ressurgir.
Et puis, en bon baromètre du jeu lyonnais, Govou part se retourner la cheville dans la surface du Bayern (un mois d’indisponibilité au dernières nouvelles). Comme l’OL, il ne peut donc tenir ce rythme plus d’une mi-temps. Surtout, malgré ses belles intentions, on comprend qu’il ne peut toujours pas décider de son retour aux affaires à sa guise et qu’il attendra une fois pour renouer avec le plus bel exploit de sa carrière, ce premier OL-Bayern d’il y a sept ans. Autant dire qu’on a assisté à une nouvelle variation du Saint Sidney Style.
The Breeders – German Studies
Découvrez The Breeders !
Il fallait bien un groupe de mémères débonnaires pour donner le ton à ces retrouvailles entre Lyon et ce modèle bavarois qui colle au maillot de l’Aulassie. D’accord, les correspondances ne manquent pas. On citera, en vrac, ce goût immodéré pour les grandes gueules insupportables (Beckenbauer, Aulas), ce public qu’on dit tout droit sorti des lotissements de l’Ain ou des villages cossus de Bavière, cette même façon d’aller débaucher sans vergogne la concurrence, ces joueurs qui deviennent des cheap-types, se foutant bien de se montrer en doudoune Tex ou en culotte de cuir.
Pour le reste, la rencontre de mardi a prouvé qu’au-delà de ce statut de club que tout le monde adore détester, l’OL n’a plus rien à voir ou presque avec le Bayern lorsqu’il faut rester dans la place en Ligue des Champions. Alors qu’à chaque début de saison on prenait un malin plaisir à chercher les correspondances avec ces clubs-modèles dont on aime s’inspirer à Tola Vologe (Manchester United, Barcelone, Arsenal, Milan AC), cette année, l’OL semble s’être décidé à ressortir des cartons quelques vieilles formules qui valaient le coup.
Paradoxalement, c’est au moment-même où l’on parle de remiser une bonne fois pour toutes le 4-3-3 à la lyonnaise que le club tente la synthèse de quelques théories passées qui n’étaient sans doute pas si fumeuses que ça. La première et la plus évidente est ce retour d’un milieu accrocheur, physique et relayeur en diable, capable d’étouffer l’adversité et de faire la bascule droit devant grâce à l’une des colonnes vertébrales les plus sexys du moment - Bodmer, Mak II + Toulalan, Juninho ou Pjanic, Benzema, ça pose tout de suite son axe.
Bien sûr, l’Europe entière semble s’être donnée le mot pour passer par ce côté gauche encore orphelin du One + One orchestré par le duo Abidal + Malouda. Les trois buts encaissés pour le moment en Ligue des Champions ne viennent pas d’ailleurs. Pourtant, on se dit que cette nostalgie qui pouvait affleurer l’an passé - lorsque Duluc demandait, par exemple, à voir le retour d’une paire Essien-Diarra derrière Benzema – et qui opère dans certains choix de Puel pourrait bien réussir par renvoyer les modèles allemands à leurs chères études.
Alain Bashung – Résidents de la République
Découvrez Alain Bashung !
Il était d’abord question de passer I Can’t Imagine The World Without Me, titre savoureux signé Echobelly, qui va bien quand on veut remettre l’ego d’Aulas sur le tapis. Et puis, en faisant tourner le disque sur la platine, la rengaine a tout de suite paru beaucoup moins digeste que par le passé. Elle ne pouvait résister à ce Résidents de la République où la voix de Bashung l’emporte sur la raison.
Il faut d’ailleurs ne plus en avoir beaucoup, de raison, pour faire sonner cette chanson-là, déchirante, au moment où Aulas joue le numéro du clown suicidaire – « Si les travaux n’ont pas commencé dans deux ans, année de la Coupe du monde, je quitterai la présidence du club et partirai ailleurs ». Jusque-là, il était resté fidèle à sa promesse de discrétion. On ne l’avait entendu que le temps d’un hommage vibrant rendu à Puel, célébré comme un « entrepreneur du football ».
Comme le remarque Steed Mikebrant, spécialiste en menaces et en ego surchauffés, « c’est quand même la menace la plus cramée et inoffensive qui puisse exister, genre "Ouais, si t’acceptes pas de coucher avec moi, je me barre là, tout de suite et je te laisse tranquille. Attention, hein…" » Y a de ça avec cette menace désuète. Elle l’est d’ailleurs tellement qu’elle en arrive aussi à faire résonner au loin ce bout de complainte d’un autre résident, « Un jour je parlerai moins / Jusqu’au jour où je ne parlerai plus ».
Drôle d’exploit quand on sait qu’on n’a jamais cru aux différents vœux de silence d’Aulas. A moins qu’un dernier couplet oublié par Bashung nevienne se mêler à l’affaire : « Un jour je gagnerai moins / Jusqu’au jour où je ne gagnerai plus ».
Metronomy – The End Of You Too
Découvrez Metronomy !
Chaque saison, on annonce sa fin à lui aussi. Cette fois, on y croyait d’autant plus que cet improbable maillot fluo ne collait plus à l’image qu’on s’était fait de lui, celle du capitaine taciturne et nerveux. Certains matchs, avec ses cernes et sa barbe des mauvais jours, il lui arrivait de se laisser gagner par une certaine fébrilité, celle qui s’empare des types qui savent qu’ils ne pourront plus faire ça très longtemps.
Après son but de mardi, autant dire qu’on s’imagine mal se passer de Juninho. On a beau savoir que le métronome du milieu lyonnais joue un peu comme les machines de Metronymy, essoufflé et dans un rythme saccadé, la petite mélodie qu’il réussit à sortir sur coups de pied arrêtés laisse, mine de rien, encore surgir quelques jolis trésors d’inventivité. Du vrai foot de nerds, joué avec les (beaux) moyens du bord, et qui sait taper juste où il faut – la tête de Michelis fera l’affaire. De quoi en arriver à prendre goût aux sarabandes fluorescentes…
Serge Rezza