Time for heroes
10 mai 2008 à 12:47
Clubs dos au mur, cherchent héros désespérément. L’UEFA en ligne de mire, la L2 dans la nuque, Rennes et Toulouse ne peuvent plus trop calculer. On demande donc du sauveur. Qui pour se racheter samedi soir ? Qu’on ne s’y trompe pas, on va beaucoup parler de vengeance entre les deux équipes (la faute à cette maudite fin de saison 2007, à Nantes, la LFP, Sadran, Fauvergue, la défense rennaise, Jupiter en Verseau, le complot franc-maçonnique, ad lib) alors qu’en réalité c’est de rédemption, de rachat in extremis qu’il s’agit.
Rennes a, une fois de plus, fait sa saison en negative split, un gros creux au milieu, un retour canon, sans doute des regrets en touchant le mur. Sauf si. Toulouse a lui prouvé que le Capitole et la Roche tarpéienne ne faisaient décidément qu’un aller simple, C1-L2. Sauf si.
Qui pour sonner l’heure de la rédemption chez ces deux déceptions (à des degrés différents) du championnat ? D’un côté, une équipe où beaucoup d’individualités ont plutôt plu mais où la dynamique collective a toujours été très incertaine ; de l’autre, une formation longtemps en mort clinique, et sans doute, il faut bien le dire, la plus laide de L1 (Metz ayant eu le mérite de très vite créer sa division à elle, la Ligue 1.5, Strasbourg de s’autodétruire avec panache, le PSG et Lens de donner l’occasion à certains médias de bien nous faire rire).
Des deux côtés, deux joueurs possèdent une bonne tête de héros du money time. A Toulouse, Elmander, peut-être le plus surestimé des très bons joueurs de L1, pourrait tenter de sauver son club, sa saison et sa réputation de buteur décisif avant d’aller imposer sa carrure de déménageur et sa précision Ikea en Premier League. A ses côtés, on attendra bien sûr monts et merveilles de Nicolas Dieuze, le héros très récurrent de Nothing Toulouse, l’homme qui voulait croire, le Fox Mulder de la Ligue 1, le débusqueur de complots pro-PSG : on le voit bien rejouer la théorie de la balle magique sur une frappe triplement contrée franchissant péniblement la ligne en fin de match pour donner le maintien au Téf’.
Côté rennais, un milieu et un attaquant jouent dans la même catégorie. Etienne Didot, passé en quelques semaines de capitaine incontesté et futur grand espoir à abonné du banc de touche à regarder Lacombe se friser les moustaches, devrait se voir offrir un but pour son jubilé, s’il foule la pelouse, évidemment. Surtout, on attendra le grand réveil de Daniel Moreira contre son ancien club.
Comme Vairelles, passé lui aussi à Rennes faire copie blanche, Moreira est un peu l’éternel second rôle de cinéma de genre (le football provincial) qui aura fait le film de trop et gonfle tout le monde tant son visage rappelle ses anciennes belles heures. Les techniciens se moquent de son rendement quasi nul (là où Briand, dans son rôle de pivot NBA, enchaîne les situations dangereuses, Moreira obtient au mieux une touche, concède au pire le coup franc), les supporters dénoncent son salaire qui pourrait financer une nouvelle pelouse, les acteurs multicartes (Pagis-Leroy, ou les bons, les brutes et les truands à eux seuls) le relèguent au rang de doublure, mais Lacombe continue, malgré ses zéro but toutes compétitions confondues, de l’inviter de temps en temps à danser le quart d’heure américain avec Thomert ou Briand.
Pour une fois, il a raison : comme le savent bien les scientifiques, plus une série dure, plus elle se rapproche de sa fin. Ce qu’on pressent depuis la passe décisive offerte par Moreira à Briand à Caen la semaine dernière est donc inéluctable, évident : samedi soir, à 0-0 à la 93e, c’est forcément Moreira, entré quelques secondes plus tôt, qui se présentera devant Douchez pour marquer le penalty victorieux, gentiment offert par l’arbitre pro-parisien suite à un triple lutz de Leroy dans la surface. Le genre de scène de complot qui vous donnera presque envie de croire en Dieuze.
Jean-Marie Pottier