3 février 2008 à 12:33
Samedi soir dernier, je regardais Toulouse- Nice dans un bar. A la lecture de cette phrase, ma vie craint. Je pourrais courir les soirées, terminer mon Gabriel Garcia Marquez, je suis supposé vivre comme un garçon de 25 ans sain d’esprit, ne pas indexer mon week-end sur le rendement d’André-Pierre Gignac. D’ailleurs, l’existence d’André-Pierre Gignac devrait m’être étrangère. Je devrais arrêter de répondre, Johan Elmander, à la question : quel est votre personnage historique favori. Donc je suis dans un bar, mon bar, je suis très monobar comme type. En minorité, isolé, pas favori, la diaspora niçoise de la Capitale se réserve le sous-sol de l’établissement. Mes voisins niçois ne prennent pas le TFC au sérieux, même avec notre 4-4-2 déterré des archives du Haillan par Baup. « De toute façon, à part Elmander il y a personne à Toulouse ». Cette sentence rapide – pas dénuée d’un certain sens de l’observation je l’admets – est à peu prés la seule thèse que les supporters des 19 autres clubs semblent en mesure de formuler sur nous. Je vous passe les conneries liées à notre prédisposition - supposée - pour des ballons ovales.
Quand j’essaye de dégager un souvenir de la rencontre, il me remonte des débordements de Salim Arrache. Les Niçois du bar tremblent, Salim pétille, même Jeunechamp n’arrive pas à cisailler sa cheville. Arrache me donne du plaisir, mais je crois qu’avec lui, je vais vite me lasser des préliminaires. Arrache ne vit pas pour les statistiques, c’est louable, mais à moment il ne faut pas oublier que l’on a un maintien sur le feu. Pourtant, samedi soir j’avais décidé de penser positif. Alors, comme sur chaque corner, je prophétise une tête rageuse d’Arribagé, JM, mon collègue rennais, me suit dans cette vision. JM et moi sommes très susceptibles (enfin surtout moi) sur les blagues à base de nandrolone. Car Arribagé est grand, quand il ne peut placer sa tête, il invente une aile de pigeon inversée.
La seconde mi-temps s’égraine, le Tef ne casse pas des briques mais on a vu pire, Sissoko améliore l’ordinaire du milieu axial, Gignac court, glisse, les Niçois du bar se marrent. Pas gênés, ils se plaignent de l’arbitrage, de ma pinte, je crois entendre Antonetti brailler au complot jacobin. Dans la tête je lâche un peu. « Mais qu’est-ce que je fous devant ce match ? » se demande un pote lensois, pris d’un accès de lucidité coupable concernant le niveau de la rencontre. Je crois qu’avec le temps, et le Tef, je suis devenu d’une mansuétude coupable.
On souffre, enfin je souffre, j’essaye de voir une logique derrière tout ça, derrière le recrutement, l’ébauche de jeu, derrière un club qui m’oblige à croire que derrière tout bonheur, il y un ascenseur qui mène au stade Gaston Petit de Châteauroux. Insidieusement, on dérive sur Jérôme Kerviel, le talent d’or de la Société Générale, on imagine le casting pour son biopic. Pour le rôle titre, je propose Clovis Cornillac, film français oblige. Finalement, on s’arrête sur Julien Boisselier, qui présente le double avantage d’avoir une tête de trader breton et d’être acteur. Les trois poins s’annoncent, un dernier corner niçois, j’ai un flash, on va le prendre, on le prend. Je déteste le TFC, il me le rend bien.
En reprenant le métro, j’ai envie d’envoyer un texto à mon père pour lui dire :
« Mon petit papa, mon club va descendre. Encore. Dis à ma petite maman que je n’ai pas souffert, ou à peine, quand Paulo César a déserté son poteau sur la tête d’Ederson. Demain à l’aube, je ne regarderai pas France 2 Foot. »
Le Truskel /12 rue Feydeau 75002 Paris / 5 euros la pinte
« L’amour au temps du choléra » de Gabriel Garcia Marquez / 6 euros en édition de poche
André-Pierre Gignac/ Stadium de Toulouse 31000/ prix à débattre.
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