13 février 2008 à 09:54
Les enfants, vous savez le Toulouse Football Club a toujours occupé une place particulière dans la vie de votre père. Une place bien trop importante quand j’y repense. Achille, Johanna, venez sur le canapé, aujourd’hui je vais vous raconter ce qui m’est arrivé un soir de février 2008. La scène devait se passer à Nancy. Je crois que Nancy était en France à l’époque, mais de justesse, en tout cas elle se déroulait avant que l’Etat ne vende l’Alsace et la Lorraine pour payer ses échéances auprès des banques luxembourgeoises. Depuis quelques semaines, votre vieux père - qui était à l’époque encore un jeune homme avec des pulls American Apparel - se faisait beaucoup de soucis pour son club. Je crois l’avoir démontré plus tard dans mon livre enquête (The Plot against TFC, préface de Gérald Passi, aux éditions So Foot/ La Dépêche du Midi), une cabale ignoble se tramait afin d’enrailler la progression irrésistible de notre club. Car si vous m’avez bien suivi, le TFC faisait peur aux puissances en place, et ce match à Nancy ne sera qu’une preuve parmi d’autres.
Les enfants, la vie de votre père n’était pas toujours faîtes d’envahissement de terrain, de doublés d’Elmander et de Mojitos dans des festivals bretons. Croyez-moi ou pas, mais notre cher TFC flattait surtout l’ennui et la frustration cette année là. D’ailleurs Salim Arrache s’était déjà mué en citrouille, après un mois de débordements priapiques ou presque, il redevenait cet ailier placardisé capable de réussir un petit pont sur lui-même. Le premier qui dit Abdessadki en ramasse une. Derrière Arrache, Oncle Elie était forcé d’aligner Fofana. Fofana arrière gauche, les temps étaient durs, mais le devoir de mémoire me doit de dire qu’il s’en sortit avec décence. On a beaucoup écrit sur cette première mi-temps, certains la qualifiant même de purge sans nom, aussi hideuse qu’un plan de Fred Godard. Il faut dire que l’ Oncle Elie se contentait de peu. Mais que vouliez vous ? César allait sur ses 42 ans, Sirieix portait des bouclettes et un dénommé Gignac se faisait passer auprès de nous pour un international en puissance.
Pour ce match nous avions un plan simple, mais assez cohérent, à savoir descendre le bloc équipe à hauteur de notre surface de réparation, puis nous amorcions un déploiement vers le camp adverse avec un maximum de trois joueurs, et une fréquence de 30 minutes pour ne pas trop éveiller les soupçons. J’aurais voulu vous dire que nous proposions un jeu exigeant, mais tout l’amour que j’ai pour vous m’oblige à l’avouer. Le TFC flirtait avec l’indigence, il lui roulait mêmes des pelles un samedi sur deux. Et il n’y pas de bien en place qui tienne, nous proposions des séquences de reléguables, avec une réussite de reléguable. Les enfants, je vous préviens, je vais maintenant aborder les cinq dernières minutes.
Comme me le disait souvent votre grand-père : « Il ne se passe jamais rien de bon après la 88ème minutes, alors va te coucher », il avait encore une fois raison. Il ne se passe jamais rien de bon, surtout avec un arbitre français dans le coin. A cette époque, la LFP n’avait pas encore pris la décision de délocaliser l’arbitrage, donc des Ennjimi et des Chapron exerçaient en toute impunité. Les enfants, je crois vous avoir appris à respecter l’arbitre, à ne jamais lui cracher à la gueule sans son consentement. Oubliez tout ça ! Il s’agit là d’une décision touchant l’intimité de Pantxi Sirieix. Je me souviens de l’infâme roulade de Gavanon - que tout le monde avait jugé grotesque après trois ralentis à peine, je crois bien. Par pure résignation, j’avais crû voir l’amorce d’une faute à vitesse réelle. Après quelques années auprès de Dieuze, je pensais que notre Pantxi avait pris le mauvais pli des penalties nihilistes. Moralement, la défaite sonnait comme un rappel du destin, nous devions expier tout notre bonheur à l’étage d’en dessous. Je me souviens de cet ami qui essayait de me réconforter : « Nantes en L2 est diffusé un match sur deux avec Eurosport ». Et voilà comment je me suis abonné à Eurosport, et comment votre mère a voulu me jeter de mon propre appart.
« How I met you mother » saison 3 en DVD.
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