Capitole de la douleur
21 décembre 2007 à 09:38
Stranglers - Goodbye Toulouse
« I walked your streets in fear/I washed your streets with tears/Toulouse ». Les affiches du championnat devenues de gros films malades (PSG-OM), il reste heureusement en L1 quelques bons vieux duels de série B, des rivalités improbables. Lyon-Metz, où comment une entourloupe lorraine à la déneigeuse s’expie pendant des années à grand renfort de coups-francs de Juninho. Le plus rare OM-Guingamp, Anigo en Parrain, la vengeance est un plat qui se mange à la dernière journée. Et, désormais, TFC-Rennes.
TFC comme Thiriez Football Club, car le Rennais à la rancune tenace. Ceux qui étaient à Villeneuve d’Ascq (son stade échappé de l’ère soviétique, son ciel gris cendre) le 26 mai 2007 ont depuis longtemps coché la date des retrouvailles avec Toulouse, pourtant retardée au maximum par le calendrier.
Face à une Ligue qui tourne douze fois sa langue dans sa bouche avant de lancer un appel d’offres, on ne croira pas au hasard, mais celui-ci fait bien les choses, laisse le temps de réfléchir. Haïr le TFC, cette saison, quand on est Rennais, c’est un peu se haïr soi-même, détester son gémeau. Deux cousins de province arrivés haut, too much too soon, et qui chutent aussitôt, deux équipes capables de coups d’éclats et de coups dans l’eau. Des honnêtes briscards et quelques talents classieux, à la même attitude d’étudiant attardé qui joue l’UEFA comme on passe une LV3 en option, les mains dans les poches, en ayant révisé son FC Bâle ou son Sparta Prague dans le bus, vite fait.
Le supporter rennais qui a un peu de mémoire se souviendra, lui, que tout a commencé contre Toulouse. C’était en mai 1998 : ce siècle avait moins deux ans, déjà Pinault, bois et matériaux, perçait sous le stade en reconstruction de la Route de Lorient, Rennes jouait son maintien contre les Violets, avec une feuille de match qui interdit aujourd’hui toute nostalgie. Quelques mois avant, Arribagé donnait la victoire au Téf’, au Stadium, de la tête (pléonasme). Quelques mois après, Arribagé donnerait la victoire à Rennes, au Stadium, de la tête (pléonasme, bis). La conjoncture astrale était donc parfaitement équilibrée, tellement équilibrée que le match s’écoulait comme une petite mort à 0-0.
Jusqu’à ce que, à un quart d’heure de la fin, Michael Silvestre, sans doute possédé par l’esprit de Christophe Deylaud, n’expédie une ogive vers l’entrée de la surface que rabattait vers le but le pigiste de luxe Kaba Diawara. Gouaméné, le gardien adverse, bien poli comme il faut, ne bougeait pas trop, histoire de ne pas empêcher le public derrière de voir. 1-0, maintien, arrivée de Pinault, et une suite qui appartient à la légende : Alexander Frei, les barbarismes de coach Vahid, le zéro pointé en UEFA en 2005, les dix matches de Bergeroo, la PlayStation de Réveillère, les buts à 40 millions chacun de Severino Lucas et la tête de Fauvergue.
Le but de Fauvergue, résultat d’un scandaleux complot toulouso-lillo-thirézien. Ou, tout simplement, juste retour des choses : en 1998, Toulouse avait sauvé Rennes en envoyant son voisin Guingamp en D2 ; en 2007 Toulouse aura piqué la place de Rennes en profitant de son voisin Nantes… envoyé en L2. Sommes-nous quittes ou nous doivent-ils réparation sur le pré, au premier sang – a priori, celui de Dieuze, qui se fera déchiqueter l’oreille par Pagis ? Attendons le résultat. Si, dimanche, vers 20 heures, les supporters visiteurs scandent « On vient, on gagne et on s’en va », tandis que Dréossi glisse en passant devant Sadran « A la douche ! », on sera sûr d’une chose : les dettes sont toujours faites pour être payées. « I will return some day/So you can hear me say/Farewell/Goodbye Toulouse ».
Jean-Marie Pottier
Merci à Hugh Cornwell, Jean-Jacques Burnel, Dave Greenfield et Jet Black.
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