Interview Vampire Weekend
Vampire Weekend fait partie de la hype des groupes indie new-yorkais. L'histoire devient amusante lorsqu'on apprend que les gars voulaient faire à la base un film d'horreur amateur et que les producteurs n'en ont retenu que la bande-son. Le batteur, Chris Thomson, aurait même pu s'imaginer footballeur. S'il a mis ses rêves de côté, il n'en livre pas moins une belle analyse du soccer dans son pays, un sport de chômeurs et de banlieusard.
Etre fan de football, c'est pas une manière de se démarquer à New York ? Pas en ce qui me concerne. J'ai grandi avec ce sport. Je l'avais choisi à l'école en matière obligatoire, je ne savais pas trop pourquoi. Au final, je n'ai jamais regretté, on y prend beaucoup plus de plaisir qu'en jouant au base-ball ou au basket ball. J'ai eu la chance de voir Italie-Mexique à Washington lors de la World Cup de 1994. C'était un match de poule mais il y avait une grande intensité. A ce moment là, personne ne se doutait que l'Italie allait faire le parcours qui allait être le leur. Dans l'équipe du Mexique, il y avait Jorge Campos qui avait sorti le grand jeu dans les buts. Après, lors de la dernière coupe du monde, Zidane était juste incroyable. Sa prestation contre le Brésil est peut-être un des plus gros matches jamais réalisé, et tout ça à quelques jours de la retraite.
Lorsqu'on est américain, que préfère-t-on regarder ? Les championnats européens ou la MLS ? Dans l'élan de la Coupe du Monde 1994, je me suis mis à suivre les New York Metro Stars. J'étais au premier match et il y avait une grosse ambiance. Mais c'est vite retombé. Il faut savoir que le stade a été construit près de Jersey river. On est loin du centre-ville. En fait, la MLS aux Etats-Unis intéresse presque exclusivement les banlieusards. Parce que pour les gens de Manhattan, tant qu'à regarder les matchs à la télé, autant voir ce qui se fait en Europe. Quand les désormais New York Red Bull avaient Youri Djorkaeff, leur fans venaient nous dire : « Hey, nous on va voir un champions du monde jouer, c'est mieux que de rester dans un bar ! ». Ouais, Djorkaeff, il ne s'est imposé qu'à Bolton, même pas à Blackburn. Si c'est ça une star ... Je préfère la Champions League. J'étais au pub pour voir la finale entre le Milan et Liverpool en 2005. Tu sais, quand Milan menait 3-0 à la mi-temps. Depuis ce jour là, je fais mon maximum pour ne rater aucun des grands moments de la compétition. Ce match a montré ce qu'il y avait de plus beau dans le football, avec cette équipe de Liverpool qui revient puis qui tient à 10 contre 11.
L'ambiance dans les bars pour voir les matchs, ça donne quoi ? C'est très étrange. Avec le décalage horaire, les matchs sont programmés en plein milieu de l'après-midi. Il y a donc trois catégories distincts de gens qui regardent : les étudiants européens, les sans emplois et les gens comme moi, quand ils peuvent se le permettre. Il y a un bar dans le centre de New York qui regroupe tous les fans de football et chacun vient défendre les couleurs de son équipe mais le problème vient encore des commentaires. Les matchs sont retransmis par ESPN, et on sent que ce n'est vraiment pas leur truc.
Votre musique s'inspire beaucoup de la musique africaine. Les internationaux africains sont de plus en plus nombreux à jouer dans de gros clubs. Tu penses qu'il y a un lien ? Le Football, comme la Musique, a une renommée mondiale. D'une manière générale, ces dernières années, on s'est rendu compte que l'Afrique avait un potentiel culturel sous-exploité. Alors de la même manière que les groupes s'inspirent de plus en plus de la musique africaine, les gros clubs n'hésitent plus à faire appel aux joueurs africains. Le cliché du joueur ingérable ou de la musique de tribus, c'est fini. Pour en revenir au foot, j'aime beaucoup l'équipe du Ghana. Je pense qu'ils ont l'occasion de faire un parcours intéressant suite à leur expérience lors de la dernière coupe du monde.
Et la sélection américaine dans tout ça ? Je suis derrière eux. J'étais déçu pour la finale contre le Brésil en coupe des confédérations. Mais contrairement à Obama, je ne suis pas sûr que cela ne puisse pas se reproduire !