Never trust a marxist in football !

11/10/2013

Ce soir le Red Star joue déjà sa saison contre l'Union Sportive d'Ivry, modeste pensionnaire de CFA, dont par ailleurs les équipes de jeunes ont défrayé la chronique l'an dernier. Et même si au fil du temps, la section "football" de ce grand club omnisports emblématique du communisme municipal et de l'hégémonie du PC dans le 9-4 a fini par obtenir, tout comme l'équipe pro de hand, une certaine autonomie, il n'est pas inutile d'opérer un petit retour sur l'histoire de cette institution du football francilien.

article paru dans "Sport et Plein Air" en octobre 1999


Premier point, l'étude plus approfondie de l’histoire de l’US Ivry permet de revisiter et de nuancer celle de la FSGT en la redécouvrant par “le bas”, de dépasser une définition “politique” forcément réductrice, bien que reflétant une certaine réalité, pour saisir les modalités qui ont présidé à la digestion de la culture sportive par les clubs travaillistes. Le cas de l’USI s’avère d’autant plus instructif que son ancienneté permet de survoler presque toute la chronologie du sport ouvrier en France.


Le 23 juillet 1914 l’Humanité annonçait la création d’une nouvelle société sportive ouvrière : le Club Sportif Socialiste d'Ivry. La première guerre mondiale l’empêcha d’assurer sa première saison sportive. Il fallut donc attendre 1919 pour que s’entame véritablement l’épopée du sport travailliste à Ivry, lorsque des militants socialistes, des groupes de Jeunesses notamment, décidèrent de fonder l’Union Sportive du Travail d’Ivry (USTI). Son premier président s’appelait Gaston Richard, un ancien mutin de la mer noire. Sa sœur Lucienne assumait le poste ingrat
de trésorière. Elle épousa en 1922 Edouard Clerville, qui avait reprit
la direction de l’USTI en 1921. Voici en quelque sorte les “pères fondateurs”.
Les débuts sont pénibles. La municipalité, classée à droite, ne ménageait pas les militants ouvriers. Ne rassemblant qu’une petite trentaine d’adhérents, la direction du club se trouva donc rapidement contrainte d’arranger une entente avec les villes avoisinantes, d’où un nouveau nom provisoire : Groupe d’éducation Sociale (GES) du canton d’Ivry-Choisy. Il remporta néanmoins ses premiers succès sportifs en 1924 : le challenge “Jean Jaurès” d’athlétisme, offert par l’Humanité, et la coupe fédérale de football, contre la réputée JS Puteaux.


Entre temps la majorité de la FST avait rallié le camp “révolutionnaire” de l’International Rouge des Sports ; les “réformistes”, minoritaires, s’organisèrent dans l’Union des Sociétés Sportives et Gymniques du Travail (USSGT). Le GES resta évidemment dans les rangs de la FST-IRS. Le club sportif ouvrier représentait alors sans ambiguïté un des “cercles préalables” d’un réseau politique en milieu ouvrier. En 1925, la liste “bloc ouvrier et paysan”, présentée par le PCF, remporta les élections municipales. Georges Marrane devint le premier magistrat de la ville, fonction qu’il conserva jusqu’en 1965 (hormis le triste épisode de l’occupation). Homme politique de stature nationale , sportif passionné (à la fin de sa vie il s'amusait encore entre deux séance du comité centrale à taper le ballon avec les gamins sur la place Colonel Fabien) , il fut une des grandes figures du sport travailliste. Président pendant près de quarante ans de l’USTI, devenue l’USI en 1949, dirigeant de la FST, premier co-président de la FSGT en 1934, il resta à la tête de la fédération jusqu’en 1952. Conjuguant donc sur la continuité son rôle de maire et son militantisme en faveur du sport travailliste, il s’affirma dès les années vingt comme un grand spécialiste de la question municipale au sein du PCF, et dans ce cadre, un ardent promoteur de la démocratisation des pratiques sportives. Sa connaissance du dossier le distinguait des autres acteurs contemporains du communisme mu-nicipal, généralement investis dans le domaine sportif d’un point de vue idéologique, comme par exemple Jacques Doriot, maire de Saint-Denis.

L’USTI connait ainsi, soutenue activement par des édiles volontaristes, un essor remarquable, au moment où la FST traversait une période difficile. Elle passa de 39 adhérents en 1925 à 450 en 1933. Signe de cette vitalité, les activités se diversifièrent, enracinant l’identité omnisports du club (13 sections). La logistique municipale explique la force grandissante du club. Pourtant en 1925, le chantier parait immense. La population d’Ivry, principalement ouvrière, était confrontée à de graves problèmes de logement et à des conditions sanitaires déplorables. La nouvelle équipe municipale se lança dans une ambitieuse politique d’équipements communaux, en particulier dans le domaine des infrastructures sportives. Devant la défaillance de l’Etat, qui abandonnait le sport à l’initiative “privée”, elle initia en précurseur une logique de service public dans les loisirs populaires. Les réalisations se multiplièrent.

Emblématique, le club suivit les diverses étapes du processus unitaire qui amenèrent la création de la fédération unique. A l’occasion du Rassemblement Sportif International Antifasciste d’août 1934, une des quatre poules de la “Coupe du Monde de Football Ouvrier” disputa ses rencontres sur le terrain du stade municipal d’Ivry, le stade Lénine. De même, par souci d’efficacité et d’unité, l’USTI et l’ERSI (autre club FST basé à Ivry), formèrent ensemble l’Étoile Sportive du travail d’Ivry (ESTI), adhérente à la FSGT, bientôt rejointe par le Cyclo-Cross d’Ivry de l’USSGT.

L’ESTI fut portée par la vague du Front Populaire. Elle compta près de 750 licenciés à la fin de 1936, devenant un des plus puissants clubs du comité de la région parisienne, fort de 42 OOO membres. Le club brillait également dans les compétitions fédérales. En 1938, son équipe première de football gagna la finale de la coupe de France, début d’une longue série de victoires dans cette épreuve.
Mais la guerre stoppa une fois encore cette marche “triomphante”.

Inscrit dans le spectre antifasciste du Front Populaire, les clubs FSGT comptèrent de nombreux militants qui choisirent la voie de la résistance à l’occupant nazi et à ses supplétifs vichystes, (comme Samuel Tyszelman du CPS X, fusillé en 1941,). L’USTI paya un lourd tribut : Edouard Clerville, tombé le 22 août 1944 durant les combats pour la libération d’Ivry, Auguste Deshaies, conseiller municipal et syndicaliste, Albert Prevoteaux, l’ancien garde du corps de Maurice Thorez, déporté à Mathausen,…


Après la guerre, l’activité redémarre dans un contexte difficile, marqué par la reconstruction puis la guerre froide. Il faut attendre 1960 pour que le club dépasse enfin le millier d’adhérents. Un développement produit sous l’impulsion de Raymond Laluque qui s’emploiera à réaliser l’unité du club. Par la suite, ce sera l’envolée de la pratique sportive, favorisée par le sérieux de la formation de l’encadrement - grâce notamment au travail de Robert Mérand - et l’amélioration continue de l’équipement sportif. Les effectifs tripleront en dix ans. Le club fournit d’ailleurs toujours des militants travaillistes d’importance et de qualité à la fédération : Gilberte Janot, trésorière fédérale, Roger Fidani…

D’autres enjeux commencent à s’affirmer au fur et à mesure que le club s’agrandit. D’une part la multiplication des sections pousse progressivement à tolérer l’entrée de certaines dans les compétitions des fédérations délégataires, principalement dans les disciplines où aucune branche FSGT - très affaiblie durant les années cinquante-soixante - n’existe. Cette (r)évolution est entérinée en 1995 par un nouveau règlement intérieur qui n’impose plus “l’encartage” obligatoire de tous les adhérents, quelle que soit leur activité réelle, à la FSGT.

De l’autre, l’accès au haut-niveau de certaines disciplines, toujours appuyées cependant sur une pratique populaire, greffe de nouvelles exigences sur le fonctionnement associatif classique. La fantastique aventure du hand-ball (champion de France en 1983 et 1997, demi-finaliste en coupe d’Europe en 1997…) démontre à la fois la réussite de cette expérience, mais laisse imaginer également son poids dans la vie du club. Certains dirigeants, tel Gilbert Ridouh, appartiennent à la génération issue de cette aventure.

Pourtant le club continue d’afficher et de revendiquer son identité FSGT ainsi que son rapport privilégié avec la mairie. A simple titre d’illustration, le dixième anniversaire du challenge Marrane de Handball en 1985, fut jumelé avec le soixantième de la municipalité et le cinquantième de la FSGT. La recette (6000 francs de l’époque) fut reversée aux grévistes de SKF…

Ce soir c'est donc l'équipe première FFF de la section foot dépendante d'un grand club FSGT qui tenteront l'exploit en 5ème tour de la vénérable Coupe de France. "Le Foot Pro et le Foot Amateur seront face à face" comme annonçait sur le site des rouge et noir. On ne redoute au moins pas trop que les paris illicites viennent troubler la fête.


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