Sport populaire recherche ministre visionnaire désespérément...
Jamais dans notre société le sport a été à ce point envahissant. Y compris notre actuel président n'a eu de cesse de se monter sur ce terrain, que ce soit en joggeur du dimanche ou aux côtés d'amis sportifs. Pourtant les faits sont têtus, et malgré la promesse présidentielle des 3%, le gouvernement est en train de vider de sa substance l'intervention de l'État dans l'univers sportif. Un retour sur le passé et une revue d'effectif de nos ministre des sports permet de mesurer ce qui est en train de se jouer.
paru dans le n° de janvier-février 2012 de « Sport et Plein Air », revue de la fsgt (www.fsgt.org).
Le «ministère de la paresse». C'est ainsi que la droite (ici par la voie de l'Action Française) avait accueilli en 1936 l'annonce de la création d'un sous-secrétariat aux Sports et à l'organisation des Loisirs. C'est dire si l'idée que le gouvernement de la France puisse s'intéresser à ce genre de questions s'avérait aux yeux de beaucoup comme une hérésie. De fait, l'intervention de l'État dans le sport va souvent être rattachée, au sein des administrations centralisées, à des grands domaines «nobles» de compétence (où il sera joint à la Jeunesse ou à la Vie associative), que ce soit l'Éducation nationale (à ce titre Lionel Jospin supervisa le sujet, lui dont la seule accointance sportive fut de partager la chambrée militaire de Guy Roux) ou plus récemment, et de nouveau, la Santé. Il faudra attendre 1966 pour que soit institué un ministre des Sports ès qualité, confié à l’époque à François Missoffe, qui entrera dans l’histoire pour avoir donné en quelque sorte le coup d’envoi de mai 68 lors d’une rixe verbale avec Daniel Cohn-Bendit à Nanterre. Comme l'expliquent Lionel Arnaud et Jean-Pierre Augustin dans l'ouvrage «Le sport en France» (La documentation française) : «Les sports ne trouvent donc pas naturellement une place légitime et autonome au sein de l'état et l'histoire de ce ministère est celle d'une administration concurrencée.» Ainsi, durant les années 90, quand s'affirment les problématiques d’actions publiques spécifiques liées aux «banlieues», le sport se retrouvera happé dans la noria des programmes d'insertion et/ou de prévention. Le député communiste Georges Hage, rapporteur du budget des sports à l'Assemblée nationale en 1992 en déduira que ce ministère est désormais «satellisé» par celui de la ville.
Anciens sportifs loin d’être de simples cautions
De fait, rien ne serait plus erroné que de déconnecter l’intervention de l'État dans le champ sportif de la trame générale des choix politiques des divers gouvernements. Loin de recouper la simple ligne de fracture droite/gauche, elle se retrouve plutôt dans la place accordée à l'État comme agent régulateur et impulseur. Ce clivage se retrouve également dans le choix des hommes et des femmes (et dans le sport, étrangement elles sont plutôt bien représentées, tout comme les anciens sportifs furent loin d’être de simples cautions) pour occuper cette fonction. Bref, à grandes ambitions, personnalités clefs, restant souvent longtemps en poste, suffisamment en tout cas pour mener à bien une visée d’ensemble (loi, orientation, politique d’équipement, etc.). Les profils des ministres ou des sous-secrétaires d'État se révèlent ainsi à l'image de l’humeur politique du moment.
Ainsi les périodes fortes de notre histoire sont également celles des grandes politiques d'État dans le sport. Le grand souffle du Front populaire, emporté par Léo Lagrange. Le chantier permanent du gaullisme triomphant qui correspond au cœur des Trente glorieuses, avec le rôle central de Maurice Hezrzog en charge près de 7 ans de ce ministère. Citons à ce propos la façon dont l’homme de confiance du général de Gaulle présentait en 1963 la philosophie gaullienne en matière de sport, des propos qui laissent songeurs aujourd’hui : «Le sport est un service public. Voilà ce qu'il nous faut proclamer. Seul l'État est capable actuellement de donner à chacun ses chances, dans la justice et dans le respect le plus intransigeant des principes de l'olympisme et de l'éducation tout court.» N’oublions pas ensuite naturellement l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 avec le travail d’Edwige Avice et sa fameuse loi de 1984. Autant d’héritages gouvernementaux qui ont laissé des traces durables et balisé les rapports (organisationnels, culturels…) entre le mouvement associatif et l'État.
Personnalités de passage
Le reste du temps, se succèdent des personnalités politiques de passage, qui viennent y faire leur classe en attendant des destins plus grands ou plus simplement de se consacrer à leur véritable sujet de prédilection. On peut multiplier les exemples, surtout sous la quatrième république dont l’instabilité essora de nombreux candidats. Qui se souvient de la socialiste Andrée Viénot, sous-secrétaire d'État à la Jeunesse et au sport de 1946 à 1947, militante anticolonialiste, qui pourtant tenta de développer les colonies de vacances. Ou du passage d’André Morice en 1951 au même poste, alors que ce fervent de l‘Algérie française demeurera dans les mémoires comme le père en 1957, en tant que ministre de la Défense, de la ligne de son nom, le long de la frontière avec la Tunisie. Et puis citons l’anecdote tragique de Pierre Chevalier, ancien Résistant (Libération Nord), spécialiste de l'urbanisme, nommé secrétaire d'État à l'Enseignement technique, à la Jeunesse et aux Sports le 11 août 1951 et assassiné par sa femme le lendemain (trompée, elle sera acquittée). Plus près de nous Jean-Pierre Soisson, ministre «d’ouverture» centriste sous Mitterrand, fut quelques années plus tôt, transparent durant son passage entre 1978 et 1981, sous le gouvernement Giscard d'Estaing (il se fera davantage remarquer en se faisant élire à la tête de la région Bourgogne avec les voies du FN en 1998). Sans oublier, Michelle Alliot-Marie dont la seule réussite, entre 1993 et 1996, fut d’instaurer les interdictions de stade contre les «hooligans», preuve de sa précoce la fibre sécuritaire. Et bien sur pas le peine de s'appesantirrr sur la valse des pensionnaires depuis 2007, du « copain » Bernard Laporte à Chantal Jouanno, sans oublier la médiatique Rama Yade.
Face aux exigences de Bercy
Cela dit, progressivement dépossédé des profs d’EPS passés à l'Éducation nationale, rogné dans son envergure par la décentralisation et sachant par ailleurs que le budget des sports n’a que rarement suivit la hausse de celui du gouvernement, le ministère a également subi de plein fouet les transformations du sport avec l’essor du spectacle, de sa médiatisation et des malédictions qui les accompagnèrent. Les ministres se trouvent désormais contraints de répondre d'abord à la demande de «l’opinion publique» quand la machine sportive s’emballe comme le montre le combat de Marie-Georges Buffet contre le dopage. Le grand paradigme libéral qui s’impose de plus en plus dans les années 1990 (Guy Drut parlait en 1996 de «requalifier» les cadres techniques, bref de remettre en cause leur statut) ne cesse de repousser la politique d'État en la matière à une simple utilité réglementaire et au coup par coup sur des publics dit «cibles» ou autour des moments «forts» (Coupe du monde etc.).
Aujourd’hui, David Douillet explique devant les élus locaux en charge des sports que son rôle est d'abord leur fournir quelques conseils amicaux et il incite les fédérations à se tourner vers le privé. L'’enveloppe très modeste de son ministère fonds comme neige au soleil face aux exigences brûlante de Bercy (un ministère des Finances qui désormais n’hésite même plus à toucher à la sacro-sainte Armée). Le triple AAA vaut bien que l'on sacrifie quelques millions de sportifs.
La FSGT qui, tout au long de son histoire, n’a cessé d’interpeller les pouvoirs publics, depuis qu’elle accompagna les premiers pas de Léo Lagrange, risque de n’entendre prochainement ne lui revenir que l’écho laissé par le vide.
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psykoi24/02 à 10:54+ -vive le cnr !!!