Salaires des footballeurs : le temps de l’indécence ?
11 mars 2010 à 15:41
Pour compléter le très bon article " Salauds de riches" de Simon Capelli-Welter dans le dernier numéro de So Foot, en kiosque près de chez vous, je remets en ligne ce texte sur les origines de l’affaire, quand juste après le début de la crise, la société française et les politiques ont découvert ébahis que nos footballeurs touchaient des sommes mirobolantes et que surtout, comme tous les privilégiés, ils avaient désormais eux aussi leur niche fiscale.
Depuis, tout est rentré dans l’ordre. Plus facile de taper sur les enfants des banlieues quand ils encaissent des salaires insensés que de priver ses petites copains de Neuilly de l’indulgence du fisc. On peut poser à coté de footballeurs après un match, mais on part en vacances sur le yatch de Bolloré. Il ne faut pas confondre les bling-bling, même entre assujettis à l’ISF. L’occasion de vous recommander la lecture du très instructif "Ghettos du Ghota" qui sort en poche.
Salaires des footballeurs : le temps de l’indécence ?
So foot mai 2009
Le football a toujours possédé un mérite politique particulier : dégager des convergences inattendues. Ainsi les fortes rémunérations que touchent nos stars à crampons (et ces derniers temps de l’Equipe au Parisien, les journalistes sportifs passent leur temps à les compter) constituent peut-être le seul sujet sur lequel Benoit Hamon et Frédéric Lefebvre partage presque la même optique. Quand le porte-parole du PS admet ne pas être choqué par le salaire de Zizou car « la différence entre Zidane et les grands patrons, c’est que Zidane il est rare et selon la bonne loi du marché , ce qui est rare est cher », son homologue de l’UMP défend de son coté que « les joueurs doivent gérer une carrière extrêmement courte, il n’est alors pas honteux qu’ils touchent des sommes qui semblent certes beaucoup trop élevées au commun des mortels. »
Exception sportive, brièveté de la carrière, bonus au talent,… Autant d’arguments qui ont toujours fondé l’exterritorialité idéologique et sociale des affaires d’argent dans le petit monde du ballon rond. Bref, les génies du gazon évolueraient en dehors du règne ordinaire, plus près de l’artiste que du salarié, à l’instar des gros cachets du cinéma. Seulement, devant la déferlante anti-patronnale qui submergent le pays, plus aucun salaire « hors-normes » n’échappent au spectre de vigilance d’une société traumatisé et angoissée. Et de ce point de vue, les footballeurs pros présentent de nombreux points communs avec nos amis du « grand patronat ». A mettre certains chiffres sur la table, il est même possible de retourner le rapport de force économiques, ce qu’a fait récemment dans son Blog Vincent Beaufils, le rédacteur en chef de Challenges (un peu le Onze-Mondial du capitalisme) : « (…) en 2008, les revenus de nos dix champions les mieux dotés ont progressé de 10 %. A l’inverse, pour les 25 patrons du Cac 40 pour lesquels l’information est disponible et pertinente, leur salaire annuel a chuté de 25 % entre 2007 et 2008,– je ne parle ici que de salaires, excluant les stock options des PDG et les revenus publicitaires des icônes des stades. » Précision importante si l’on se souvient a contrario qu’Antoine Zacharias aurait accumulé en tout 250 millions d’euros de revenus chez Vinci en six ans (ce qui nous porte à plus de 41 millions annuel).
Mis à part ce concours de mauvaise foi, les éléments troublant de comparaison ne manquent pas entre les deux mondes. Tout d’abord ils ont subit les mêmes transformations profondes, notamment du profil de base. Le footeux de Reims, futur tenanciers de bar dans son village e campagne, à laissé la place au jeune de banlieue avide de signe extérieures de richesse pendant que le patron paternaliste avec son bureau surplombant les chaines de production de son usine survole désormais les océans dans un jet privé entre deux conseils d’administrations transatlantiques.
Dans la foulée, la flambée des salaires s’est révélée exponentielle. Quand le joueur de 1969 recevait la paie d’un cadre moyen, aujourd’hui Karim Benzema empoche 4,7 millions d’euros par an (Lionel Messi 28,6 au Barca). En 2007, le gagne-pain des petit gars du cac 40 avaient bondit de 20 % en une seule année. Surtout la composition de leur revenues a connu une diminution similaire et régulière de la part du salaires fixes au profit des apports variables (du contrat pub Addidas au golden Hello ou parachute). Enfin, finalement, ils partagent presque les même tics culturels : divinisation pour la réussite individuelle, incompréhension talmudique devant la fisclalité considérée comme du harcèlement, fascination identique pour l’Angleterre des années Tony Blair (de la City à Manchester city). Michel Rouger, ancien responsable au Crédit Lyonnais, parle pour les chefs d’entreprise de « dérapage générationnelle » concernant les salaires. On peut facilement transposer l’expression dans le foot.
Ces excès dans les stratosphères monétaires faisaient fantasmer les cités (et « son » Nicolas Anelka à Chelsea) ou le jeune employé de banques débutant devant son « Capital » spéciale ma vie de milliardaire ». C’était avant le big bang des subprimes. Aujourd’hui les langues se délient et l’heure des (mauvais) comptes a sonné. Jean-François Davoust, responsable du sport à la CGT aimerait surtout ramener tous ces braves gens dans la vie réelle : « Il faut arrêter avec le coup des carrière courte qui justifieraient des rémunération exceptionnelles. Il est tout a fait possible de les inscrire dans une grille bien déterminée balisant les écarts de salaires. De même que nous sommes contre les stocks options et les parachutes dorés des patrons, nous sommes évidement contre les surémunérations de footeux pro. C’est la cohérence de la société qui est en jeu. »
Le fameux salary cap que préconise Michel Platini serait-il la solution magique ? Fabien cool , ex –joueur d’Auxerre, aujourd’hui conseiller municipal d’opposition la mairie de la ville et membre du Nouveau Centre, trouve l’idée séduisante, sauf qu’il aimerait surtout savoir ce « que va devenir tout cet argent, notamment les droits télé, qui s’engloutit dans le foot. A qui va-t-il profiter si on paie moins les footballeurs ? Et on oublie derrière quelques star, tous ces footballeurs moyen en L2 ou en nationale, qui gagnent, certes plus que la moyenne des gens, mais pas des sommes ubuesques. » Si l’argent ne va plus comme aujourd’hui à hauteur de 64% dans la masse salariale, qui va garder le pognon ?
En outre, à ne pas rétribuer nos joueurs comme il se doit (à défaut de le mériter), on sent déjà le doigt vengeur d’Aulas se poser sur le front des irresponsables collectivistes qui coule chaque saison l’OL en champion league. « En France, poursuit Fabien Cool, il serait toutefois inconcevable de se caler sur le modèle fiscal anglais. Les gens ne comprendront pas que les plus riches bénéficient encore d’une niche fiscale supplémentaire. » Bien vu ! Si les revenues des footballeurs semblent de plus en indigestes, c’est qu’ils bénéficient d’un exonération spécifique, le droit à l’image collectif (le DIC), récemment allumé par la Cours des comptes. L’opinion n’a déjà pas digéré le bouclier fiscal, dont jouissent nombre de patrons et quelques footballeurs !
Voilà au moins un thème qui réveille la fibre sociale du PS par la voix de Cristelle Bourgignon, secrétaire national au sport du PS « l’Etat ne devrait en aucun cas soutenir l’actuel dispositif du foot pro, avec tous ces cadeaux fiscaux. Le DIC exonèrent les footeux de la solidarité nationale et il est désormais supérieur à l’ensemble des crédits alloués au sport amateur. En cette période de crise, nous avons besoin de cette manne. Surtout quand on pense à tous ces joueurs qui reviennent finir leur carrière en France pour bénéficier de la protection sociale et des avantages du système français. ».
Ne dites pas à ma mère que je suis footballeurs pro, elle croit que je retiens mon patron dans les bureaux de l’usine.