Never trust a marxist in football !

12/06/2011

3 questions à Pascal Blanchard, historien

paru dans le n° de juin de [Sport et Plein Air,->http://www.fsgt.org/spip.php?rubrique18] la revue de la [FSGT->http://www.fsgt.org/]


L'affaire des « quotas » a déstabilisé le foot hexagonal durant le moi de mai. Enterrée provisoirement par deux rapports d'enquête (un du ministère, l'autre de la FFF) qui concluait par un « circulez, c'est finis! », il n'en demeure pas moins qu'elle a révélé au grand des jours d'inquiétantes façons d'aborder la citoyenneté française, dès lors que l'on est « d'origine ». Il serait erroné de réduire cette crise à un épiphénomène ou de vagues bavardages entre personnes pas très attentives à ce qu'elles racontent. Au contraire, il faut inscrire ce « psychodrame » dans le théâtre plus vaste de l'histoire de l'immigration en France et des récentes crispations politiques autour de ce sujet. Nous avons demandé à Pascal Blanchard, historien du colonialisme et co-auteur du documentaire « des Noirs en couleurs - » (Universal vidéo) de nous apporter son précieux éclairage.

1) L'affaire des quotas a défrayé la chronique, comment en analysez-vous la profondeur historique au-delà du cas de la fameuse réunion du 8 novembre ?


Tout d'abord, la notion de quotas n'est pas nouvelle dans le foot. Par exemple à l'époque de l'Algérie coloniale, il existait des quotas de joueurs arabes ou pieds-noirs dans les équipes locales. Uniquement par peur d'être complétement envahi et débordé par les footballeurs « indigènes », dans un championnat alors rattaché à celui de la metropole. Pendant longtemps le foot français a été l'un des seul foot européens à compter des quotas de joueurs étrangers dans ses clubs. Mais effectivement avec ce cas particulier qui concernait des jeunes français, nous sommes en train de vivre dans le football la machine en arrière qui s'opère dans l'ensemble de la société. Nous sommes en train de régresser. Avec cet alibi des « bi-nationaux », on voit bien que ceux qui ont défendu ce principe des quotas appréhendent surtout, dans deux ou trois ans, une équipe composées que de noirs et de maghrébins.


2) Beaucoup de personnes, notamment à la FFF, pour défendre les personnes incriminées, ont justement avancés qu'il n' y avait rien de « racistes » dans le débat sur la bi-nationalité?


Même si les discussions ont toujours oscillé autour de la frontière entre la nationalité et le « racial », elles ont quand même finit par basculer dans l'ethno-racial (et qui a cette fois-ci un peu moins concernés les maghrébins). Mais c'est une problématique qui traverse la fédération depuis au moins 4 ou 5 ans. C'est à dire de répondre par des représentations « racialisées » et un imaginaire « ethnique » à une réalité qui relève de l'ordre du social. Ce sont en effet les milieux populaires et les minorités discriminées qui sont le plus enclins à pousser leur enfants dans une carrière footballistique perçue comme une des rares trajectoires possibles d'ascension sociale, alors que les classes moyennes ou supérieurs projettent d'autres aspirations sur l'avenir de leurs enfants . Certains finalement continuent de penser que notre pays ne peut être représenté par une équipe uniquement constituée de noirs, fussent-ils des français comme les autres, qu'ils soient antillais ou de la seconde génération de l'immigration africaine. Cela fait 15 ans que Le Pen a mis la question sur le tapis. Apparemment certains cadres de la FFF, qui étaient autour de la table -; quelque part en parfait accord avec une partie de l'opinion- n'ont pas intégré simplement que l'on pouvait être noir et français.


3) Alors que l'on ne cesse d'affirmer que le foot a toujours jouer un rôle de creuset, il semblerait donc que la FFF, en tant qu'institution, ne l'a jamais véritablement valorisé ?


La composition de l'équipe de France actuelle s'explique par 80 ans d'histoire de l'immigration et de la colonisation. Les dirigeants de la FFF ignorent tout et font tout pour ignorer les tenants et les aboutissants ce processus. Ils n'ont jamais su mettre en valeur, notamment auprès des jeunes, ces cinq générations d'histoire partagée en bleu. Car la France fut, il est vrai, la première nation européenne à posséder un noir dans sa sélection nationale (en 1931), à accorder un capitanat à un africain et à un antillais, à aligner, dès 1980, une formation majoritairement composée de noirs a Moscou... En revanche, par exemple, la fédération a systématiquement refusé de nous soutenir ou de promouvoir de telles actions, quand nous travaillions -en tant qu'historiens- sur le sujet ou sur des expositions décrivant la place des immigrés chez les bleus. Il s'agit de la seule structure impliquée dans le foot qui ne nous a pas soutenus, au point de ne même pas signaler ces travaux et productions sur leur site. Sans oublier le rôle de Franck Tapiro (ancien conseiller de Nicolas Sarkozy en 2007) qui insistait sur le besoin de gommer toute aspérité, toute diversité, toute profondeur historique de l'identité des bleus. On récolte avec le « scandale » des Quotas le fruit de ces blocages et de ces choix.


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