Never trust a marxist in football !

07/09

L'Union des Sociétés Sportives et Gymniques du Travail (USSGT).

Echec d'une implantation socialiste dans le mouvement sportif (1924-1934).



Introduction.

La place et le rôle des militants de la SFIO dans l'histoire du mouvement sportif ouvrier furent longtemps occultés par la fixation progressive du sport travailliste dans la mouvance communiste. L'Union des Sociétés Sportives et Gymniques du Travail (USSGT), scission socialiste de la Fédération Sportive du Travail (FST), suscita peu l'intérêt des historiens. Sa brève existence est souvent présentée comme une parenthèse, voire une excentricité « réformiste », résorbée par la naissance de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT) en décembre 1934, prémisse athlétique de la démarche unitaire du Front Populaire.
Pourtant, se pencher sur cette organisation sportive d' «idéal socialiste» ne permet pas seulement d'éclairer une réaction insolite face à l'émergence du « fait social » sportif. L'étude du cas de l'USSGT offre l'opportunité, en conjuguant l'analyse de la vie associative avec l'histoire du socialisme français -en particulier grâce à l'outil prosopographique-, d'explorer la spécificité du militantisme SFIO, tiraillé entre son rapport identitaire au mouvement ouvrier et sa relation pragmatique à la société française.

I)Histoire et force de l'USSGT

En 1923, après s'être vainement tenu à l'écart de la division du PS puis de la CGT5, le sport ouvrier fut à son tour rattrapé par la rupture entre socialistes et communistes. Le 22 juillet, le congrès national de la FST, qui se tenait à Montreuil, commune récemment retournée dans le giron SFIO, se solda encore une fois par une scission. Une nouvelle génération de sportifs ouvriers, issus pour les plus combatifs des rangs de la Jeunesse Communiste (JC) et dirigés à cette occasion par son secrétaire général, Jacques Doriot, se heurta au Bureau fédéral, animé par des vétérans socialistes de la FSAS, tels Edmond Pépin ou Albert Guillevic.
Dans une ambiance houleuse, on en serait venue aux mains selon L'humanité, les mandataires des 92 clubs représentés rejetèrent (par 126 voies contre 111 et 12 avec réserves) le rapport moral soumis par le secrétaire général, Arnold Bontemps. Le divorce se focalisa évidemment sur l'affiliation internationale. La fraction « révolutionnaires », désormais majoritaire, rejoignit l'Internationale Rouge des sports (IRS), fondée à Moscou en juillet 1921, dans la continuité de l'International Communiste (IC ou Kominterm) et surtout de l'International Communistes des Jeunes (ICJ). Les partisans de l'Union Internationale d'Éducation Physique et Sportive du Travail (ou ISL, Internationale Sportive de Lucerne), choisirent de continuer leur FST, la « vieille organisation » du sport ouvrier.

Une survie difficile

Toutefois l'entreprise fut semée d'embûches. La coopérative de l'Égalitaire, dans le dixième arrondissement, qui hébergeait le siège du comité de Seine depuis 1912, donna gains de cause à la nouvelle direction, contraignant la FST-ISL à s'installer, après quelques déménagements, rue Biscornet, dans le 12 arr. de Paris. Deux ans plus tard, les « minoritaires » se résignèrent à adopter un nouveau nom, « pour éviter toute confusion ».
Ils avaient sciemment maintenu le flou aussi longtemps que possible, misant sur l'usure de leurs adversaires. Albert Guillevic annonçait ainsi, sans autre précision, la présence de la FST lors « de la translation de la dépouille de Jaurès » au Panthéon, cérémonie majeure dans la rivalité mobilisatrice entre socialistes et communistes. En septembre 1926, Adolphe Haut, secrétaire des Jeunesses Socialistes (J.S.) de Béziers, encourageait encore ses camarades à « seconder la Fédération Sportive du Travail (Internationale de Lucerne) ». Le titre USSGT sanctionne cette impuissance symbolique à conserver le sigle de l'unité perdue.
L'Union peina également à poursuivre son activité sportive stricto sensu. Pierre Marie exposait à l'occasion du congrès de Montrouge (le 15 novembre 1931) la situation catastrophique des lendemains de la séparation: « Pendant plusieurs années, il fallut d'abord ne pas mourir, puis reconstruire petit à petit à nouveau l'armature de notre mouvement. »
Le rapport des forces s'avéra de fait nettement moins favorable que le résultat serré du vote crucial. Disposant en effet d'une supériorité militante écrasante dans le département de la Seine, principale zone de développement du sport ouvrier, les communistes avaient déjà conquis lors du congrès d'Aubervilliers (juin 1923) la direction du C.R. de la Région Parisienne. Le PCF se dota ensuite des moyens d'emporter la décision au niveau fédéral, en coordonnant ses militants sportifs au sein du Comité d'Étude Sportive Internationale, « expression politique de la fraction de la FST partisane de l'adhésion à l'IRS ».
Le dynamisme et le sérieux de l'encadrement communiste enlevèrent cette première bataille du réalisme sportif. Les responsables des clubs optèrent donc pour l'infrastructure offrant la meilleure garantie de continuité de la vie sportive. Les pratiquants indécis ou rebutés par cette guerre sportive s'éparpillèrent dans la nature ou rejoignirent les fédérations « neutres ». Propension accentuée par l'apparition des fédération spécialisées, comme nous le verrons plus loin.
Un rapport de police de novembre 1925 ne pointait qu'une trentaine de clubs « réformistes » et 2000 membres au moment du congrès de Paris en septembre 1925.

L'Union ne fait pas la force !

La faiblesse de l'USSGT resta patente jusqu'au début des années trente, en comparaison évidemment de la vigueur relative de la FST, dont la direction communiste déplorait déjà le statut « de secte avec quelques milliers d'adhérents ». La section française apparaît le parent pauvre de l'ISOS, face par exemple au puissant arbeitersport allemand. De guerre lasse, Pierre Marie recommandait de privilégier le Basket, sport collectif requerrant moins de joueurs et des terrains plus petits que le football ou le rugby. Aveu pour le moins explicite de grandes difficultés de recrutement.
En 1929, Le belge Franz Vansdermissen, reprenant les statistiques de l'ISOS, accordait à l'USSGT une 60 d'associations groupant 2800 masculins, 250 féminines et 692 pupilles, soit 4002 membres en tout29. Ces chiffres n'intégraient pas le sport ouvrier alsacien, ce qui en cas contraire permettait à l'Union de se prévaloir, en principe, de 20 000 licenciés et 200 clubs. Pierre Marie entérina évidemment cette comptabilité flatteuse dans son rapport du 6 novembre 1932 devant le Conseil national de la SFIO. Nous y reviendrons.
Le suivi de l'activité quotidienne des clubs, restituée quasi-exclusivement par la presse socialiste, confirme, avec ses carences, cet ordre de grandeur : en 1930, une quarantaine d'équipes disputait le championnat parisien de football. Le C.R. chapeautait au moins une cinquantaine de clubs, avec de grandes fluctuations d'une année sur l'autre (disparitions, créations virtuelles, forfaits à mi-saisons, mises en sommeil ...). Les nombreux challenges locaux (Alexandre Choque au quartier des quatre routes à Drancy, Justin Oudin à Issy-Les-Moulineaux,...), en toutes disciplines et la multiplication d'équipes éphémères, laissent subsister une grande marge d'approximation.
Quand l'Union fusionna en décembre 1934, elle apportait environ 6 000 adhérents dans la corbeille de la FSGT, répartis dans une vingtaine de « régions ». Ses trois principales assises se situaient sans surprise en Région Parisienne, dans le Midi et le Nord. Ces deux derniers comités évoluaient néanmoins relativement à l'écart de la vie fédérale. L'éloignement géographique et les engagements très diversifiés (politique, syndical, associatif, municipal) des dirigeants provinciaux expliquaient leurs absences chroniques des instances nationale. Intervenait également leur particularisme aussi bien au sein de la SFIO et que du sport ouvrier. Contradiction apparente, la direction fédérale, à l'instar du sport ouvrier en général, restait dominée par un fort tropisme parisien, alors que la spécificité de l'USSGT, en même temps que le gros de ses troupes, découlait des cultures sportive singulières des comités du Nord (royaume de la gymnastique) et du Midi (imperméable au football).
La FST de son côté pesait autour de 12 000 licenciés, mieux répartis sur l'ensemble du territoire, et reposait surtout sur un imposant bastion dans la Seine.

II)Définition et identité du sport ouvrier socialiste.

L'USSGT ne se distinguait pas de la FST dans l'organisation de sa vie sportive, issues toutes les deux en ce domaine d'un moule travailliste identique. La charpente administrative restait un décalque des fédérations bourgeoises. Les clubs s'aggloméraient par comités régionaux (C.R.), régentant des espaces variables en fonction de leur nombre ou de la structuration du parti et des JS. L'Union était dirigée par une Commission Administrative (CA) –un conseil fédéral à la FST - élue lors des congrès, qui désignait un Bureau fédéral et des commissions spécialisées par discipline (football, athlétisme...) ou mission (propagande, contrôle, ...).
Le sport ouvrier était profondément imprégné par les modèles sportifs dominants - diffusion géographique et configurations culturelles. Il en constitua davantage un vecteur, une nuance reflétant la socialisation politique du mouvement ouvrier, qu'une résistance. Cette tendance émergeait clairement dans la gestion technique des différentes disciplines. Baignant dans la culture sportive populaire, « le sport travailliste n'a jamais prétendu [comme le concédait P. Marie] bouleverser les techniques des différents jeux et exercices musculaires. »


Le sport ouvrier seul contre tous
L'USSGT se démarquait essentiellement par son discours sportif et ses buts politiques. Elle prolongeait le projet du sport socialiste d'avant 1914. Ses dirigeants répétèrent fréquemment cette antienne : les minoritaires de Montreuil ont simplement décidé de garder « la maison déjà bâtie ». La section française de l'IRS s'est davantage posée en termes de rupture et revendiqua peu la paternité de la FSAS, du moins programmatique. Elle ne ménagea pas dans un premier temps ses critiques envers l'héritage d'une organisation « qui n'a fait que copier d'une façon grotesque ce qui s'est fait dans les fédérations bourgeoises. »
L'approche socialiste du sport ouvrier se signalait d'abord par les menaces qu'il lui incombait de conjurer. Il constituait une prise de conscience face à l'emprise croissante de la bourgeoisie sur la jeunesse à travers le sport, la gymnastique - nettement dissociés à l'époque - et la préparation militaire. Le sport était évidemment considéré en soi comme une pratique valorisante, un « délassement » nécessaire, « un dérivatif puissant à la monotonie des journées de travail », face à la situation sanitaire dramatique du pays et les conditions de travail déplorables dans les usines. Particulièrement goûté « des jeunes salariés », il prodiguait un remède précieux aux brutalités physiques et morales qu'infligeait « le régime capitaliste » à la classe ouvrière.
Malheureusement la bourgeoisie l'avait quasiment monopolisé afin de détourner la jeunesse laborieuse des organisations politiques ou syndicales sensées la défendre. Les fédérations bourgeoises, « faussement neutres », l'avaient façonné comme un instrument de « la réaction », n'attendant que l'opportunité de seconder un régime « autoritaire », éventuellement un Etat fasciste. Le sport ouvrier se devait en conséquence d'aiguiller, sans fausse pudeur, les jeunes travailleurs vers le parti socialiste et ses réseaux.
Le sport « officiel » ne constituait pas simplement un outil d'embrigadement, il véhiculait aussi les mauvaises « mœurs » de la bourgeoisie. Il avilissait la jeunesse en inoculant dans le sport les vices du capitalisme, tels la « championnite » et le « mercantilisme », dissimulé derrière le masque de « l'amateurisme marron ». Le capitalisme, règne « des exploiteurs », sacrifiait sans vergogne la santé des athlètes au mépris de la finalité humaniste de la pratique sportive. L'USSGT condamnait enfin le professionnalisme comme une ruse du sport bourgeois. Il desservait, malgré ses attraits financiers, les sportifs en les transformant in fine en « déclassés ».
Alfred Lallement et Edmond Pépin s'en attristaient dans les colonnes de l'Auto : « trop d'exemples lamentables, de déchus pitoyables, hélas !, [...] viennent à la mémoire », à l'instar du cas emblématique de Jules Ladoumègues48, «petit jardinier de Bordeaux», athlète prodige, « fui comme un pestiféré» pour avoir été pincé « sottement » en flagrant délit de rémunération.
Ce virus n'épargnait pas les sociétés ouvrières, que les fédérations uni sport dépouillaient régulièrement de leurs meilleurs éléments. Pierre Marie déplorait en 1930 la fuite des cyclistes les plus rapides de l'USSGT, attirés vers les clubs bourgeois par le « mirage » des primes. Ceci justifiait la vigilance extrême exercée envers les licenciés prenant part aux épreuves « bourgeoises ».
Cette phobie de la contagion « bourgeoise » n'etait pas simplement d'ordre idéologique. Elle se nourrissait du sentiment d'encerclement des clubs locaux, concurrencées dans leur commune ou leur quartier par de nombreuses associations sportives, souvent mieux loties. Cette situation pouvaient les inciter à rejoindre les fédérations officielles pour des raisons « techniques », et ceci dès la fin de la guerre avec la montée en puissance des 2F.
Y compris le Populaire, dont la rubrique « Vie sportive » était tenue par Pierre Marie, comme avant-guerre celle de l'Humanité par Henri Kleynoff, diffusait les résultats des grandes compétitions nationales. Ses « notules » abordaient les événements sportifs du moment, pour leur appliquer bien sûr un regard « ouvrier ». Le traitement de l'actualité sportive par les quotidiens ouvriers désappointa souvent les travaillistes, toutes tendances confondues. Ces derniers estimaient que la presse politique accordait trop d'importance au sport bourgeois afin de satisfaire son lectorat populaire, au détriment de sa mission pédagogique.

Le sport ouvrier comme une œuvre morale

Ces inquiétudes n'étaient pas motivées par le désir de sauvegarder le niveau de performance des épreuves travaillistes. Le mandat du sport ouvrier se situait sur un autre plan. Le programme de la Vme fêtes fédérale de l'USSGT, à Guebwiller (Haut-rhin), présentait l'Union en ces termes : « [elle] est une fédération omnisports qui a pour but de grouper dans la pratique de l'éducation physique et des sports, la classe laborieuse française, pour la revaloriser physiquement et moralement.» Le club sportif ouvrier était donc pensé comme une œuvre d'éducation de la jeunesse ouvrière, « car le rôle du sport travailliste est un rôle moral ».
Sa vocation de «magasin d'approvisionnement du Parti » ne pouvait sacrifier à une quelconque mode sportive ou autres accommodements à l'air du temps : « Et je préfère pour ma part [certifiait Pierre Marie], que ses effectifs s'accroissent moins rapidement, que d'y voir affluer brusquement [...] des footballeurs, des pédestrians et des rugbymen qui ne payent ni leur licence, ni équipement, partisans de la « championnite ». jusqu'au bout et de tous les moyens pour y arriver : racolage, brutalité, etc... » .
L'écart est frappant avec la définition de « l'organisation de masse de la jeunesse laborieuse » que les congrès du PCF appliquait à la FST. Cette dernière, se conformant aux orientations du parti, se référait à une doctrine léniniste du sport rouge. Une telle posture impliquait sa vocation à l'agit-prop et un « militarisme révolutionnaire» tourné vers la formation des milices ouvrières et plus prosaïquement « des groupes d'autodéfense dans les usines et les piquets de grèves ». Elle transformait le sport ouvrier en un acteur de la lutte des classes, à la conquête des masses, quand l'USSGT le concevait comme un refuge, un îlot de salubrité sportive.
Les valeurs sportives des « réformistes », cet isolationnisme travailliste, s'apparentaient par certains aspects à l'idéologie coubertinicienne la plus pure, à laquelle on aurait retranché l'obsession du Altius, citius, fortius, pour lui substituer la convivialité socialiste et l'exemplarité ouvrière, tout en se positionnant comme le seul « groupement se réclamant de la lutte des classes ».

Contre le Sport clérical et refus du sport patronal

Dans cette optique, les sportifs socialistes se désignaient un « principal adversaire » : le sport catholique. La Fédération Sportive et Gymnique des Patronages de France (FSGPF) avait pourtant perdu de sa superbe et de son influence depuis la guerre. L'apparition des fédérations unisport avait radicalement changé la donne pour les mouvances affinitaires. Le prêtre du journal d'un curé de campagne (G. Bernanos, 1936) était ainsi confronté à la concurrence d'une société sportive « luxueusement dotée par un fabriquant de chaussure ». Le sport se faisait également plus discret dans l'action évangélique des pères missionnaires en banlieue.
Cette obsession anticléricale résultait de la genèse du sport socialiste, identifiant dans le sport catholique son contre-modèle, presque fondateur, dont il cita fréquemment la réussite pour réveiller le P.S. en provoquant sa fibre laïque. Pierre Marie dénonça violemment en 1932 « la fédération de football », qui accueillaient selon lui les patronages catholiques à bras ouverts et refusaient les « unions sportives laïques », introduisant « le loup dans la bergerie ». Cette discrimination ne préoccupait guère les sportifs communistes qui ne percevaient en l'occurrence que le double visage de l'ennemie de classe.
Progressivement « un autre danger » émergea à coté des patronages religieux: le sport patronal. Il incarnait dorénavant une des formes les plus élaborées de l'exploitation du filon sportif par la bourgeoisie. Les clubs patronaux propageaient insidieusement l'esprit de concurrence entre ouvriers. Ils justifiaient les cadences forcenées des chaînes de production. Pis encore ils embastillaient définitivement le travailleur car alors «le sport n'est autorisée que durant le séjour du salarié à l'usine ou l'administration qui le dispense. Nous avons donc raison de proclamer que c'est bien une nouvelle chaîne forgée par le patronat... »
On le comprend, l'USSGT n'entendait pas répliquer aux clubs patronaux sur leur propre terrain. Contrairement à la FST, désireuse de s'enraciner dans le prolétariat des usines, sans véritablement y parvenir d'ailleurs (à la grande déception du PCF), le principe même du sport corporatif la choquait: « Non, l'exercice physique sous ses différentes formes ne peut pas être d'essence corporative ».
Cette position ancra une forte singularité de la notion socialiste du sport ouvrier. Les liens avec la CGT furent en conséquence pour le moins ténus, en dépit de sa tutelle officielle. Nonobstant, l'USSGT et ses clubs manifestèrent régulièrement leur solidarité envers les combats syndicaux. A Pantin, il fut arrangé en septembre 1929 une journée de soutien aux pipiers de Saint-Claude au stade de la Seigneurie, en présence de leurs délégués montés à Paris pour le congrès confédéral. Malheureusement selon Le Populaire, le « public clairsemé» donna « une bien piètre idée de l'esprit de solidarité des travailleurs parisiens».

Anticommunisme sportif

Les relations avec le sport bourgeois alimentèrent donc le gros des polémiques entre les frères ennemis. Ils s'accusaient mutuellement de ne pas se révéler à la hauteur face à l'adversaire, de se compromettre au mépris d'un discours vindicatif, qu'il soit « éthique » ou « révolutionnaire ».
La FST dénonçait les accointances des « réformistes », et de leurs tuteurs de la SFIO, avec les fédérations bourgeoises, finissant toujours in fine par se dévoiler au grand jour, déniaisant enfin des adhérents ouvriers égarés chez les « social-fascistes » : « Pour une organisation [l'USSGT] qui se prétend ouvrière, il est impossible de lui trouver un caractère qui la différencie du mouvement sportif bourgeois. Ses dirigeants ont depuis longtemps accepté la collaboration avec celui-ci»
La presse communiste pointaient avec minutie les comportements qui venaient étayer ses accusations: Charles Auray, président de l'USSGT, suivant la scission néo-socialiste, entraînant son club à la 3FA,ou Roger Salengro, protecteur et dirigeant du sport ouvrier dans le Nord, recevant à la Mairie le Lille Olympique Sporting Club, première équipe à remporter le championnat de France de football professionnel en 1933.
Les sportifs « révolutionnaires » critiquaient en outre les privilèges dont jouissaient les clubs USSGT. Les subventions octroyées par les pouvoirs publics prouvaient selon eux leurs compromissions, car « seuls les clubs de la FST qui se refusent à se préparer à faire de « bons soldats » se voient refuser toute subvention . » Dans le Nord, où la FST peinait à s'implanter, les sportifs rouges, dépités, fustigèrent l'assistance des clubs USSGT dans des processions militaires résonnant du chant de la marseillaise.
Signalons qu'en retour les autorités regardèrent souvent se former avec sympathie des clubs USSGT, caressant l'espoir qu'ils concurrenceraient auprès du public ouvrier la nocive FST. Ainsi dans le Pas de Calais, la note de police rendant compte de la création en décembre 1929 d'un comité USSGT ne cachait pas sa satisfaction. Le commissaire spécial espérait qu'il mènerait «une lutte sévère contre la fédération sportive du travail ». Tout juste redoutait-il « l'antimilitarisme [...] des éléments de gauche du Parti socialiste ».
Le combat antimilitariste occupait effectivement une grande place dans les préoccupations politiques des sportifs ouvriers. Il posait derechef le dilemme de la participation aux instances officielles (Conseil national des Sports, etc...), que les sportifs ouvriers accusaient de ne songer qu'à la préparation militaire, jugement conforté par les rares mesures gouvernementales à ce sujet. Ce débat avait déjà débuté avant la guerre et repris intensément en 1919. Il traçait la ligne de fracture la plus visible entre ex-USSGT et communistes pendant le front populaire. Les socialistes y restèrent farouchement opposés, quand les ex-FST se montraient désormais soucieux de la reconnaissance de l'Etat.
De son coté, l'USSGT préférait s'amuser des contorsions idéologiques de la FST, comme lors de la venue des sportifs soviétiques en France ou à propos des supposés contacts du football soviétique avec le FIFA, assertion que la presse communiste démentait avec véhémence. Les dirigeants de l'USSGT n'hésitèrent pas également, fidèles à leur conception intransigeante du sport ouvrier, à renvoyer la balle quand la « démagogie unitaire » de la FST se faisait trop pesante de la part de la FST. Ainsi en 1926, afin de se dérober à un match de foot contre une équipe d'URSS dont ils redoutaient l'instrumentalisation par les « bolchevistes français », les dirigeants de la FST-ISL refusèrent d'intercéder auprès des ministères concernés pour prolonger le visa des joueurs russes, se prévalant de leurs « conceptions sociales » qui leur interdisaient ce type de démarche auprès du pouvoir « bourgeois ».
Surtout, observant les conséquences sur le sport rouge des dissidences au sein du PCF, l'Union prédisait la « décomposition » de ce « véritable panier de crabes ». Un de ces « avatars » communistes de la FST fut évidemment déclenché par l'exclusion de Louis Sellier et de ses amis, en décembre 1929. Parmi les élus de l'Hôtel de ville, Jean Garchery, président de la FST, anima une tendance oppositionnelle autour du « comité pour l'indépendance du sport ouvrier », évidemment qualifié de « liquidateur » par le conseil fédéral. Certains des clubs de cette mouvance, comme le CPER ou l'USO 12, rallièrent l'USSGT après l'échec du combat interne, ce qui n'alla pas sans générer quelques complications administratives quant à la répartition des subventions ou les attributions de terrains.
La CA de l'USSGT comptait déjà des personnalités tels André Morizet et Charles Auray, marquées par leur bref passage au PCF après Tours. Ces élus, qui avaient « adhéré [...] en pensant qu'ils pourraient jouir d'une latitude spécifique dans leur gestion municipale », finirent généralement par regagner la « vieille maison », via les groupes socialistes-communistes. On retrouva donc également à partir de 1930 un certain nombre de Pupistes parmi les cadres la région parisienne. Le parcours de ces militants démontrait à la fois la proximité des deux courants et le fossé politique de plus en plus béant.
L'affirmation réitérée de la nature « destructrice » du communisme dans le sport ouvrier correspondait en l'occurence au besoin de convaincre des licenciés soumis à la propagande intensive de la FST. Cette dernière, reprenant à son compte la tactique du Front Unique à la base, multiplia les sollicitations auprès des clubs ou des adhérents de l'USSGT pour rencontrer ses athlètes, essayant de les dresser contre leur direction. Une discussion au cours d'un C. C. du PCF précisa le sens de cette stratégie: « Il faut développer l'opposition au sein de ces organisations [L'USSGT et la 3FA] et non grignoter leurs adhérents. Il faut défendre dans les sociétés sportives le droit de matcher [sic] avec les clubs de la F.S.T. C'est sur cette base qu'on peut lutter contre la militarisation de la jeunesse.»
Par exemple à L'haÿe les Roses, alors municipalité socialiste, se déroula une série de rencontre entre les équipes minimes de Clichy (USSGT), du Patronage Laïque de L'haÿe (USSGT) et du CAO de Villejuif (FST) . Plus largement, l'inscription dans le championnat de football parisien de la FST resta ouvert aux équipes de l'USSGT, avec les « mêmes droits et devoirs » , sans que leurs joueurs ne soient contraints de démissionner de l'Union ou de s'acquitter d'une seconde licence. Ces contacts furent mentionnés par les journaux communistes comme autant de démentis à l'intransigeance de la direction de l'Union, obligée de prendre, en accord avec les directives de l'ISL, des « mesures conservatoires ». Néanmoins les cas de basculement de club entier demeurèrent exceptionnels.

III)USSGT et SFIO : Une déception travailliste

L'USSGT se concevait en effet comme une œuvre socialiste et ses dirigeants devaient appartenir à ses « protecteurs naturels » : la SFIO, la CGT ou le Mouvement coopératif. L'élargissement aux deux dernières catégories avait été conquis de longue lutte avant la guerre, notamment sous la pression des coopérateurs, exclus de la direction de leur propre club sauf à présenter la carte du parti. Beaucoup combinait toutefois les deux qualités. Après la guerre, Albert Guillevic encouragea le développement des pratiques sportives au sein du mouvement coopératif, notamment en région parisienne par le truchement du comité des loisirs de l'Union des Coopérateurs.
Cette dépendance organique était professée comme une donnée identitaire du sport ouvrier. Le comité du Midi demandait ainsi « l'exclusion des néo-socialistes, en particulier Auray et Guillevic », dans la logique de leur départ de la SFIO. La divergence sur cette question centrale de l'encadrement se révéla assurément une des plus délicate à surmonter durant les discussions préparatoires au congrès de fusion.
P. Marie s'en fit l'écho tout en en minimisant l'ampleur, « certains camarades – assez rares d'ailleurs- ont un peu tiqué [...]en notant que dans la charte élaborée, il était indiqué que la FSGT, tout en se réclamant de tous les partis ouvriers luttant pour l'émancipation totale des travailleurs, ne dépendait effectivement d'aucun d'eux. » Gérard Guilhem, secrétaire du C.R. du midi, regrettait effectivement que la nouvelle organisation, s'alignant en cela sur la position de la FST, ne « prévoit plus [...] cette garantie indispensable consistant en ce que les dirigeants soient adhérents à la CGT, la CGTU, le PS, le PC, le Parti d'Unité Prolétarienne ou les coopératives... »
De son coté, Raymond Guyot ne dissimula pas sa satisfaction devant le Comité Central. En ayant su imposer leur conception, les communistes avaient selon lui remportée une victoire fondamentale et prometteuse quant à la nature de la future organisation de masse qu'était appelée à devenir la FSGT. Le comité du Midi tenta toutefois de défendre une dernière fois ses positions lors du congrès de fusion par la voix de Fernand Dussol, conseiller municipal socialiste de Toulouse, contre lequel durent monter à la tribune Albert Guillevic puis Edmond Pépin. La charte fut cependant votée à l'unanimité.


Indifférence SFIO et suppliques travaillistes

Si l'USSGT multiplia les gestes d'allégeance, ses dirigeants n'éprouvaient guère le sentiment d'être payé en retour. Les promoteurs de la FSAS avaient déjà dut vaincre une certaine hostilité dans le parti et surtout l'indifférence de l'appareil, qui rattachait au mieux le chapitre des « distractions » au problème des groupes de jeunesse. Il fallut attendre 1914 pour qu'une aide pécuniaire modique fut versée et que le Parti, en leur déléguant Barthélemy Mayéras, responsable de la propagande à la C.A.P., reconnut enfin l'effort que ses sportifs avaient déployé en faveur de l'audience du socialisme.
Cependant, à en croire les propos amers de P. Marie, les rapports ne s'étaient pas véritablement amplifiés après la scission, en dessous des attentes des travaillistes en tout cas. Si le PS assura les minoritaires de son « appui moral [...] et [d']une modeste aide financière »105, les militants réalisèrent rapidement que cette bonne volonté demeurait « toute platonique ».
La subvention qui fut accordée à l'USSGT ne dépassa jamais 2000 fr. (lors du congrès de Bordeaux en juin 1930), subvention symbolique, sans véritable concertation avec les principaux concernés. Quand à l'occasion du conseil national de Paris en novembre 1931, Louis Reinhold et Jean-Pierre Grandvallet suggérèrent une augmentation de 500 fr., Jean-Baptiste Lebas, secrétaire de la commission des finances, rétorqua simplement qu'à sa connaissance l'USSGT ne réclamait rien.
Il faut par ailleurs remarquer que les textes diffusés par les diverses organisations socialistes, ne brillaient guère par leur maîtrise du sujet et dépassaient rarement le simple énoncé de lieux communs. Ainsi Georges et Eugénie Lefranc, dans leur brochure Le problème de la culture, s'ils concédaient une place, réduite, à la culture physique, assimilée à la gymnastique, ne s'attardaient pas sur le sport. A l'autre extrémité politique, Amédée Dunois publiait, afin de saluer en « non-pratiquant » l'adoption de la motion de P. Marie, un texte empreint de références antiques et d'antichristianisme nietzchéen, fort éloigné des rares débats au sein du Parti et des réflexions de l'Union.
Pourtant cette dernière espérait toujours des gestes politiques traduisant une véritable légitimation du sport ouvrier par la famille socialiste. En 1931, Pierre Marie, prenant acte du renforcement de l'USSGT, déclarait: « c'est l'ouvrage des prochains jours que de prouver au PS et à la CGT qu'ils doivent nous accorder plus d'attention qu'ils ne le font actuellement. »
Il exigeait notamment que la SFIO se dota d'une commission spécialisée « car il apparaît urgent que le parti définisse son point de vue sur cette question vitale et qu'une de ses commissions s'occupe de tout ce qui concerne l'exercice physique et l'hygiène», puis en 1932, sensible en cela aux nouvelles thématiques propagées par le BIT, une sous-commission « des sports et loisirs ». Les sportifs ouvriers réclamaient en outre l'instauration d'une commission mixte USSGT-SFIO afin de « coordonner » les efforts, de collaborer à l'élaboration de manifestations conjointes, à l'instar du fonctionnement instauré avec les J.S., dont l'USSGT louait l'engagement à ses cotés.
Celle-ci finit par être mise en place et confiée aux bons soins de Pierre Marie. Dans la circulaire signalant son existence aux secrétaires fédéraux, Paul Faure les incitait fermement à se doter également d'une commission mixte avec les comité régionaux de l'USSGT et de faire largement la publicité des clubs USSGT, vantant l'efficace propagande réalisée en ce sens dans la Seine. Les éléments manquent pour évaluer l'effort fournie par ses structures et leur impact sur l'appareil militant.
Le peu d'écho des requêtes travaillistes surprend, alors même que certains dirigeants siégeaient à la CAP. Albert Guillevic y fut élu de 1925 à 1933. Charles Auray en 1930-1932. Lors du congrès de Nancy en 1929, le premier fut désigné à la délégation au comité mixte national des Jeunesses et auprès de la Fédération nationale des municipalités socialistes, poste hautement stratégique alors qu'il reprenait en main, avec succès, le C.R. de la Seine.
Et pourtant, les différents programmes électoraux du P.S. ne dégageaient toujours pas une place significative et originale à la vie sportive. Les élections municipales de 1925 démontrèrent le décalage entre les deux partis ouvriers. Tandis que la SFIO faisait quasiment l'impasse sur le sujet, le bloc ouvrier et paysan répercutait pleinement la volonté politique exprimée lors des congrès du PCF. De la sorte le club FST se voyait remettre la vie sportive de la localité ou du moins tout était agencé pour en garantir les conditions : réductions des subventions et des locaux aux autres clubs, interdictions des manifestations des «groupements patriotiques, catholiques ou bourgeois » , etc. Par la suite des circulaires de la commission centrale municipale, suggérèrent aux municipalités communistes les moyens de contourner d'éventuelles interventions des pouvoirs publics contre cet hégémonisme sportif- qui fut rarement atteint à 100%.
En 1935 les programmes municipaux socialistes demeuraient toujours relativement discrets sur le sujet, se contentant de préconiser « la création d'un comité de loisirs (les clubs sportifs ouvriers n'étaient pas expressément annoncés dans la liste de ses protagonistes) et d'encourager « nos camarades [à créer et à faciliter] le développement de clubs adhérents au mouvement sportif ouvrier». Alors que certaines municipalités socialistes mirent en place au tournant des années trente des offices municipaux des sports, cet organisme n'était pas repris comme une mesure à généraliser. Cela dit, il faut rappeler que « dès l'entre-deux-guerres la réflexion municipale devient très marginale au sein de la SFIO », ce qui explique en grande partie la faiblesse des programmes socialistes au regard des efforts déployés par les édiles SFIO. La question sportive illustre parfaitement à quel point les socialistes ne surent pas rentabiliser leurs atouts face à l'émergence de la banlieue rouge communiste, ce qu'ils allaient payer très cher après 1945120.
En marge du désintérêt du parti politique, Pierre Marie déplorait l'apathie des militants et leur manque de discipline, avec comme référence implicite évidemment le PCF et son implication concrète dans la FST, mais avant tout les succès des autres sections de l'ISOS comme la Belgique ou l'Allemagne. La plupart des socialistes continuaient à fréquenter les clubs « bourgeois », parfois y occupaient des postes de responsabilité. La rubrique « La vie sportive » s'orna fréquemment d'un encart symptomatique de ce sentiment d'abandon : « Militants – Appliquez les décisions des congrès socialistes – Quittez les clubs bourgeois – Ne vous désintéressez pas des questions sportives – Soutenez l'organisation prolétarienne – L'USSGT »
Ces désertions coûtaient cher à une organisation qui désirait se doter à tout prix d'un encadrement politique : « c'est pourquoi nous insistons tellement pour que nos camarades encore égarés dans les sociétés du sport officiel viennent nous apporter leurs connaissance. » De la sorte la Jeunesse Sportive de L'haÿe Les Roses apostrophait ardemment les « membres du parti désireux de nous venir en aide en contribuant à l'administration du club. » Aux blocages culturels, s'ajoutait l'anémie de certaines fédérations ou sections du PS (5 cotisants en 1931 à L'haye Les Roses), engendrant partiellement cette disette militante.
La nécessité d'une organisation sportive ouvrière ne faisait de toute façon pas l'unanimité dans le PS. Certains élus mettaient même en doute son efficacité pour le parti et, évidemment, pour leur municipalité. Lors de la discussion par le C.N. du rapport de P. Marie, André Marquet, maire de Bordeaux, soutenu à cette occasion par Jules Uhry, maire de Creil, jugea inopportun de s'acharner à construire une USSGT « squelettique » . Il suggéra au contraire de créer des clubs ouvriers en les affiliant aux 2F afin de « conquérir ces fédérations ». Cette opinion d'un « droitier », à laquelle s'opposa fermement à gauche Émile Farinet au nom du « sport de classe », ne faisait en fait que théoriser le pragmatisme de la plupart des mairies socialistes en le recouvrant de l'adjectif ouvrier afin de le rendre plus honorable. Pragmatisme face auquel le Parti ne disposait ni de la volonté politique ni de la culture coercitive pour imposer les mesures qui avaient pourtant été décidé par ses instances régulières .
Cependant les municipalités socialistes, davantage confrontées que leurs homologues communistes à la présence d'épreuves ou de clubs professionnels, surent toujours recourir à l'organisation ouvrière quand les fédérations officielles leur faisaient faux bond. Le maire de Roubaix, Jean-Baptiste Lebas, suite à un désaccord avec l'Auto, décida en 1934 de promouvoir un Paris-Roubaix de substitution avec le patronage de l'USSGT et du Populaire. Finalement avec l'unité, ce fut celui, mythique, de la FSGT129.

La municipalité socialiste, support principal du sport ouvrier

On observe cependant un certain frémissement à partir de 1932. Le Conseil National de Montrouge délibéra donc le 6 novembre sur un long texte commandé à Pierre Marie par la CAP et publié intégralement dans la Vie du Parti. Ce véritable plan d'action comportait une analyse des différents courants du sport, de la situation du sport ouvrier et concluait en vantant l'œuvre accomplie par « nos amis des municipalités socialistes de Pantin, Boulogne, Suresnes, Roubaix, Lille, Toulouse, etc ». Déjà en février 1930 le même écrivait :« à notre avis, c'est la commune qui doit remplacer l'Etat défaillant ».
Le conseil national ayant formellement entériné les mesures préconisées par le journaliste du Populaire, refila l'enfant à la Fédération nationale des municipalités socialistes qui statua sur le sujet à l'occasion de sa 7ème conférence à Avignon le 15 avril 1933. Antonin Poggioli en présenta les conclusions au 30 congrès de Paris le 14 juillet 1933. Elles furent votées à l'unanimité. Cette résolution fut insérée en annexe au manifeste de Pierre Marie, Pour le sport ouvrier. La première position nationale de le SFIO sur le sport concerna donc les municipalités socialistes, sans aborder le rôle de l'Etat.
Le texte final tempérait les requêtes formulées par Pierre Marie. Il « invit[ait] les élus municipaux à étudier les moyens de créer et de faire vivre un club ouvrier dans chaque commune dirigée par des socialistes, en invitant les camarades à s'en occuper, à y envoyer leurs enfants, en fournissant à ce club subventions, terrains et le cas échéant moniteurs ». Cette déclaration intégrait la nuance facultative exigée par Marquet pour accepter la motion. Elle permettait à chacun de continuer selon ses ambitions personnels et son appréhension de la réalité locale.
Le club USSGT venait alors parfois couronner l'action de la municipalités socialiste. Si certains maires socialiste. ne réservaient pas exclusivement leur faveurs au sport ouvrier, à l'instar de Georges Barthélémy à Puteaux, les nombreux édiles socialistes pointant à la direction nationale ou des CR utilisaient couramment le club travailliste comme un relais de leur équipe municipale ou de la section socialiste. La composition du bureau de l'Education Physique Populaire Gervaisienne, un des plus anciens clubs ouvriers parisiens, indiquait clairement sa position au cœur de l'organigramme de la municipalité socialiste : Son président était Edmond Pépin, conseiller municipal, son secrétaire Jules Clergent conseiller municipal, et son trésorier, Paul Bourdaleix, secrétaire de la section SFIO.
Les réalisations en faveur du sport représentaient effectivement des témoignages probants de la réussite du socialisme municipal, régulièrement mis en exergue dans la presse SFIO. Un article du Populaire du 7 mars 1930 dressait ainsi la liste exemplaire des installations de Pantin : deux terrains de football au stade de la seigneurie, un terrain de basket, une piste de cendre, des installations « éclairées électriquement », deux jeux de boules, une salle de culture physique, « eaux et vestiaire sur le stade.» Les communistes du cru ne s'y trompèrent pas, attaquant inlassablement la mairie. Ils lui reprochaient de réserver ces réalisations « de prestige » à l'élite et de reléguer les ouvriers footballeurs sur des terrains de fortune.
Mais l'existence de la l'USSGT ne se limitait pas aux municipalités SFIO. En région parisienne surtout, la plupart d'entre eux évoluait dans un environnement hostile, comme par exemple l'Association Sportive du Travail d'Argenteuil, ville gérée par la droite jusqu'en 1935, ou encore les clubs de Paris intra muros. Plus surprenant encore, la résistance, parfois constante, de clubs USSGT confrontés à des mairies communistes comme à Bezons, bastion rouge de la Seine et l'Oise.
L'Union Sportive Ouvrière de Malakoff, quant à elle, était dirigée par Alfred Lallement, conseiller municipal socialiste-communiste issu de l'ancienne majorité et membre de la CA de l'USSGT. Elle devait composer avec l'ostracisme de la mairie, qui réservait ses équipements aux équipes de la FST. Ses joueurs étaient contraints de s'expatrier sur le champ d'aviation d'Issy les Moulineaux pour s'entraîner. A contrario, en signe de bonne volonté unitaire, la puissante Union Sportive du Travail d'Ivry, présidée par Georges Marranes, offrit au Cyclo-Cross de l'USSGT de partager « tous les avantages moraux et matériels consentis par la mairie » , dont son monopole d'accès aux terrains municipaux.
Il existait également des clubs communautaires comme l'Armonia Sportivo , club espagnol qui « pratique le football en toute camaraderie », le Club des Métallurgistes Hongrois 136 ou l'Étoile Juive, campant face au réputé Yiddisher Arbeiter Sporting Club (YASC) de la FST. Remarquons au passage qu'en dépit du rejet du sport corporatif, quelques sociétés à désignation professionnelles virent le jour, comme le Club sportif des Serruriers.

Pressions communistes

Les désillusions des militants socialistes face à l'inertie du PS apportèrent un des principaux arguments avancés par les partisans de l'IRS pour justifier le choix du camp communiste. Alors que l'USSGT entretenait avec la SFIO une liaison ancillaire stérile, la FST insistait sur l'appui dont elle bénéficiait de la part des autres organisations révolutionnaires, et surtout de la première, le PCF. Dans un long article intitulé « Subordination », René Reynaud, secrétaire fédéral de la FST, rajoutait « que [si] les organisations prolétariennes se sont jusqu'ici désintéressées du mouvement sportif ouvrier », le Parti communiste et la CGTU, par leurs déclarations et leur coopération quotidienne, avaient démontré qu'ils en avaient enfin compris les véritables enjeux.
Le PCF multiplia dans tous ses congrès les résolutions assurant la FST de sa solidarité et de son appui. Il précisa rapidement les bases de son rapport avec le sport rouge: «il est interdit aux membres du Parti et à leurs enfants de pratiquer les sports dans une fédération autre que la F.S.T., dans les endroits ou cette organisation possède un club. Le congrès décide également de désigner trois membres du C.D. chargés des relations avec le conseil fédéral de la F.S.T.»
Le conseil fédéral et parisien étaient normalement gouvernés par sa fraction communiste, relayée par « une vingtaine de fractions, à l'échelle des clubs ». Il fallut cependant attendre la crise des élus parisiens pour que le Parti s'attarde à superviser sérieusement ses militants travaillistes. Ces flottements illustrent l'écart entre le prescrit de la bolchévisation et son application dans les organisation de masse, tributaire dans le cas du sport ouvrier de la hiérarchie des priorités politiques.
La direction du parti blâmait la FST de ne pas se conformer à sa mission d' « organisation de masse de la jeunesse », de croupir entre communistes, et donc de faillir à sa fonction de « courroie de transmission». Accusation résumée par le reproche classique de « sectarisme », qui bien sur ne portait pas sur le fond de la stratégie « classe contre classe ».
La dissidence de Jean Garchery avait conduit néanmoins le PCF à dépasser le stade du seul procès politique. Maurice Thorez, lors d'un CC en juin 1932 invita à « changer également les méthodes avec les organisations larges de la classe ouvrière, [à] ne pas recommencer les opérations comme pour la F.S.T. où l'on va seulement dans la fraction la veille du congrès pour présenter des décisions qui étonnent encore les camarades, qui permettent à des adversaires de la ligne du Parti de manœuvrer et quand des camarades ont pris une position erronée, ne pas recommencer la pratique qui consiste à frapper et éliminer, il faut convaincre. » Cette prise en compte des blocages internes de la fédération travailliste joua un rôle non négligeable au moment du tournant du front populaire dans la capacité de la direction de la FST à appréhender la mutation du sport ouvrier.
A l'opposé, la grille d'analyse des dirigeants de l'USSGT imputait sa stagnation aux insuffisances du PS. Cette certitude fut renforcée par le retournement des années 32-33, quand l'investissement de la SFIO dans le Nord et le midi, où existait un appareil militant solide, déclencha l'essor de leur CR respectifs. Celui de Toulouse, fondée le 8 février 1932 « sous le triple contrôle du Parti socialiste SFIO, de la CGT et de la fédération de Coopérative Ouvrière, » vécu une croissance remarquable, pour rassembler 52 clubs et 1500 licenciés au moment du congrès de fusion. Le Nord, épaulé par une puissante fédération PS, rappelait logiquement que dans son département « le sport ouvrier est dépendant du Parti socialiste . »

Générations.

Les épurations successives au sein du PCF provoquèrent le rajeunissement de l'encadrement de la FST et l'émergence d'une spécialisation sportive du militantisme de certains communistes. La trajectoire d'Auguste Delaune, après sa formation à Moscou et son passage à la direction des JC, en fut emblématique.
Le « stalinisme à la française » libéra un espace pour l'action d'une nouvelle catégorie de militants, plus jeunes, dont l'efficacité dans et à la direction des organisations de masse porta ses fruits sous le front populaire. Cette génération était consciente dès les années 1932-1933 des apories du sport rouge, d'une certaine pratique du sport ouvrier en milieu populaire. Ils étaient culturellement préparé à affronter, sans bien sûr anticiper le revirement politique de février 34, le contexte du Front Populaire. Ils recherchaient des solutions aux limites de la FST, même si elles ne devaient pas s'écarter de la ligne politique du parti.
Quand se réalisa l'unité en 1934 deux profils bien typés de dirigeants se côtoyaient donc de nouveau, comme lors du congrès de Montreuil en 1923, à la tête de la fédération unique. Du coté communiste, aucun membre de la CE de la FSGT n'était issus du premier conseil fédérale de décembre 1923 . En revanche chez les socialistes, la stabilité de l'équipe dirigeante depuis les années vingt était particulièrement frappante.
Parallèlement, la droite de la SFIO était devenu prédominante au sein de l'USSGT. L'ensemble des sensibilités socialistes y était représentés avec des personnalités telle Jean Alleaume, responsable de la commission football, et qui animait la tendance d'extrême gauche « Action socialiste ». Favorable à l'unité ouvrière, il fut exclu en novembre 1933 pour sa participation au mouvement Amsterdam-Pleyel, abandonnant le ballon rond aux bons soins d'Alfred Lalement. On constate ici le poids de la droite de la SFIO, qui notamment à travers le mouvement coopératifs et les réseaux franc-maçons, pesait lourdement sur la animation militante du parti.
Cette évolution s'accentua sous le Front Populaire. En région parisienne, le fossé entre les cadres socialistes du sport travailliste et l'orientation politique des forces militantes de la SFIO se creusa de plus en plus, alors que dans le Nord et le Midi leur collaboration continua à alimenter le renforcement des comités FSGT. La dissolution de la fédération de la Seine en 1936, la scission pivertiste, et la crise des J.S. n'aidèrent pas les ex-USSGT à y puiser un ancrage militant suffisant face à des communistes en pleine euphorie.
Les relations de la FSGT avec les municipalités socialistes se détériorèrent également à partir de 1936. Au point que la CE de la FSGT chargea en 1939 un de ses membres socialistes, Louis Gorget, de contacter Antonin Poggiolli « car diverses municipalités socialistes ne facilitent pas la tâche de nos clubs ». A Villetaneuse, le premier magistrat, Ernest Maurel, SFIO depuis peu, refusait déjà en 1937 toute subvention au club FSGT local. Enfin les socialistes ratèrent, pour les raisons que nous avons expliquées, le train de l'expansion du sport corporatif ouvrier, pourtant remarquable entre 1936-1938.

Conclusion

La présence socialiste au sein du sport ouvrier possédait une véritable identité. Elle prolongeait le sillon tracé par les pionniers d'avant 1914. Elle partageait de nombreux traits communs avec le sport rouge (question municipale, etc). En revanche son positionnement face au parti politique, sa conception du sport travailliste en tant qu'œuvre socialiste, sa volonté d'en faire un îlot de pureté ouvrière au milieu du sport bourgeois, la marginalisèrent face à « la révolution culturelle » du sport travailliste durant le Front Populaire.
Le PS ne donnait guère plus l'impression d'être concerné par l'avenir du sport ouvrier. Son discours s'avéra davantage prolixe sur l'éducation physique ou la question de l'équipement sportif, relayant l'expérience pionnière de l'équipe de Léo Lagrange. Il contribua grandement alors, notamment, à l'élaboration d'une politique d'Etat des loisirs et des sports, ainsi qu'au renouvellement des pratiques et des programmes dans le domaine scolaire.
On retrouva en 1949 certaines de ces distinctions à l'œuvre durant la scission de l'Union Sportive du Travail, confortées par la disparition des anciens piliers de l'USSGT dans les méandres de la collaboration, et amplifiées par le contexte de la guerre froide. La FSGT éprouva durant la même période les limites de son compagnonnage politique avec le PCF dans le nouvel environnement sportif de l'après-guerre.
Le PS ne disposait apparemment pas ou plus de la culture militante pour gérer les nouveaux enjeux du sport travailliste. La fédération nationale Léo Lagrange, dans l'attente d'une étude approfondie sur son cas156, sembla mieux correspondre à la culture associative du militantisme socialiste, moins dominée par le paradigme ouvrier, davantage orientée vers l'éducation populaire.
En post-scriptum, une anecdote. Pierre Mauroy attribuait ces propos révélateurs à Guy Mollet à la fin des années quarante, au moment où il s'apprêtait à fonder la fédération Léo Lagrange: «On ne fait pas de socialisme en jouant au ballon».


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