Never trust a marxist in football !

20/11/2017

Le célèbre "onze d'or" hongrois a écrit une des plus belles pages de l'histoire du foot. Son chef d'orchestre, Gustav Sébes, entretenait un lien singulier avec notre pays. Il a joué dans les années 20 en équipe de France. Mais celle du sport ouvrier tendance bolchevique...

Peu de temps avant de rencontrer les anglais à domicile le 25 novembre 1953 et de leur infliger une petite leçon de football dont il ne se sont vraiment jamais remis, la sélection nationale hongroise, qui n'était pas encore le fameux « onze d'or », avait effectué une halte parisienne. L'occasion pour eux de venir s'échauffer face au CO Billancourt, club des usines Renault qui règnent encore sur l'ile Séguin, autrefois fer de lance du sport patronal et devenue symbole de la toute puissante CGT dans cette entreprise nationalisée le 16 janvier 1945 pour « collaboration ». Le premier numéro de « Sport et Plein Air », revue de la FSGT, fédération héritière du sport ouvrier à la sauce hexagonale, s'enthousiasme donc naturellement dans son édition initiale du 1er décembre de cette inattendue visite de « l'une des meilleurs équipes du monde », et qui plus est digne représentante d'une de ces républiques populaires instaurées par l'URSS en guise de glacis (Poutine n'a rien inventé). Le journal des sportifs « travaillistes » tricolores remarque surtout que, si en bon internationalistes, les maygars désiraient forcément « que les travailleurs parisiens puisent les voire en action », cela constitua en outre pour Gustav Sebes, leur entraineur, une forme de pèlerinage prolétarien.

En effet il revenait sur les lieux ou il taquina le cuir durant son séjour de jeunesse en France. L'homme avait débarqué en 1924 à Puteaux pour bosser chez le constructeur automobile. Il s'engagea dans le club du cru, plutôt renommé au sein du foot corpo, ou les entreprises métallos et principalement de l'automobile tiennent le haut du pavé. Il prolongeait alors une espèce de filière hongroise, puisque Guryla Haygi, son ministre des sports en 1953 (en 1956, à l'occasion des jeux olympiques, il ordonnera de retirer le drapeau russe des quartiers hongrois). s'y égaya aussi , et il s'y fait même repérer par le Red Star avant de finalement opter pour le retour au pays (pas de professionnalisme en France à cette époque, ou seulement marron.)

Toutefois Sebes ne déborde pas que sur son aile « droite » pour gagner du galon et de la reconnaissance dans la boite ou il pointe. Partisan de la « cause ouvrière » (il avait perdu son travail après avoir participé à une grève à Budapest), il rejoint également les rangs de la petite Fédération Sportive du Travail, section française de l'international rouge des sports basée à Moscou, qui bataille ardemment contre le sport « bourgeois» et « réformiste » (bref les frères ennemis socialistes). Dans le football néanmoins, la rigueur idéologique s'avère moins catégorique au quotidien et le pragmatisme l'emporte souvent sur la ligne « classe contre classe ». Les footeux rouges savent ainsi zizaguer entre leurs convictions et leur besoin de nourrir la famille. Aymé Radigon, gardien de but l'équipe nationale FST aux coté de Sebes – nous y reviendrons- expliquait de la sorte « En 1929, j'ai été raccolé par le Métro et comme je venais de me marier et que j'avais besoin de me créer une situation, c'est le cœur bien gros, crois-moi, que j'ai quitté la FST. Mais aussitôt commissionné, je revins en 1930 pour jouer à Ivry et aider ainsi Clerville à réorganiser son club qui était dans une mauvaise passe. »

Il ne faut pas se laisser abuser, malgré un sigle qui comporte le mot travail, les «bolchéviques » sportifs bien de chez nous, sont plutôt implantés dans les quartiers des banlieues laborieuses, et, surtout en région parisienne, dans les communauté immigrés ou le PCF, via la MOE , Main-d'Oeuvre Emigrée, ancêtre de la MOI (qui se fera connaître durant la seconde guerre mondiale avec le groupe Manouchian) tente de s'imposer. Certains de ses plus gros clubs en sont issus comme le célèbre YASC – Yiddischer Arbeiter Sporting Club qui compta dans ses rangs, entre autre, Alter Mojze Goldman, père de Pierre e Jean-Jacques, ou le jeune Krasucki… … Pour ce qui nous concerne directement, la communauté hongroise suscite beaucoup l'intérêt des communistes français qui y suivait en particulier le front sportif (dans un « Rapport sur la M.O.E. », Benoit Frachon pointait les risques d'entrisme « fasciste » dans “ Le club sportif hongrois “ l'unité », - P.V. du C.C. (postérieur au 9 décembre 1930), BMP 382 ). Les Sauvages Nomades , sur lesquels informations sont plus que parcellaires voire apocryphes pour être honnête – la FST n'a plus de presse spécifique à ce moment – en relève et il semble être, au conditionnel, le prédécesseur de celui des métallos hongrois sous le front populaire, inscrit au sein de la FSGT.

En tout cas les performances de Gustav au sein de cette formation qui truste les premières places des championnats de la FST , à en croire le principal concerné lui permette de rejoindre la sélection nationale – ou conviction oblige nul besoin d‘être français pour endosser un maillot rarement bleu d'ailleurs. Il en sera l'attaquant, notamment un certain 1er janvier 1926 à Saint-Denis lors d'une rencontre « historique » contre une équipe soviétique – qui n'a pas encore rejoint la FIFA. Comble de la reconnaissance certainement alors pour lui. Peu de temps avant de rejoindre sa « patrie », on le verra encore trôner jovial, le ballon entre les jambes, sur la photo de la sélection FST à Ivry avant un match contre leurs homologues suisses.

Sources

Sebes, Gusztáv: Örömök és csalódások, Budapest (Gondolat) 1981 (merci à Gabor Balazs)

« la FSGT : du sport rouge au sport populaire », Paris (La ville brûle) 2014


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