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La bonne littérature serait souvent de droite, qu’en est-il du grand football ? Peut-on imaginer une rencontre entre l’Inter(nationaliste) Milan d’Antonio Gramsci et le Paris Socialiste de Gauche de Jean Jaurès ? Et si le foot rendait presque la politique de nouveau intéressante ?

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Noir c’est noir, même dans le foot ...

28 décembre 2009 à 12:08 Noir c’est noir, même dans le foot ...

Puisque le débat sur l’identité nationale, en plein cohérence sarkozyste, se concentre sur « l’éthnique » et le « religieux » au détriment de toute autre considération, y compris sociale (à lire l’entretien d’Emmanuel Todd dans Le Monde du 28 décembre), n’oublions pas que, comme souvent, avait déjà débalayé le terrain de la confusion des genres, ou antiracisme et xénophobie peuvent très bien marcher main dans la main au service de la même politique.

La balle de l’Oncle Tom !

So foot, avril 2005

On a coutume d’expliquer que le football s’apparente à une religion et que son dieu unique est noir, le grand et miséricordieux Pelé. Mais comme toujours en la matière, la divinité est muette et les prophètes parlent en son nom !

Il est aujourd’hui largement admis, comme une vérité de bas étage, que le football est un sport universel, dans lequel les « hommes de couleurs » se sont taillés la part de lion. Bel exemple d’amnésie, car impossible d’ignorer que la pseudo « question raciale » a surdéterminé la position des « blacks » au sein de leurs équipes et sur le terrain. Une fois endossé le maillot, les couleurs du club n’ont jamais totalement pris le dessus sur celle de la peau. Les dernières flambées de racisme en Europe étaient d’ailleurs d’abord dirigées contre les « trop foncés ». Un bon signe que le malaise porte d’abord sur la visibilité de l’altérité, ainsi que toutes les représentations et préjugés qui s’y sont attachés (en revanche, pour le commentateur moyen de télé, tous les noirs se ressemblent, comme lorsqu’on attribue à Thuram le raté de Dessailly durant l’Euro, ou que Thierry Rolland vante la “récupération camerounaise de Diop” lors de France/Sénégal en 2002). Le monde du football désire tellement croire qu’il ne s’agit que de débordements ou de « mauvais humeur », qu’aucun joueur ni entraîneur n’a jamais été exclu du terrain pour avoir tenu des propos racistes.

Ainsi, le « putain de fainéant de nègre » lâché en avril 2004 par le consultant Ron Atinkson à l’encontre de Marcel Desailly, pouvait se traduire plus prosaïquement par : « on a la gentillesse de te tolérer sur le terrain, parmi nous, et en plus tu n’en branle pas une, pour qui tu te prends ? ». Le fait que ce même Ron Atinkson fut un des premiers à amener des joueurs noirs dans l’effectif de West Bromwich Albian (il fut son entraîneur entre 1978-1981 et 1987-1998) prouve seulement que son paternalisme a des limites… Un bon noir se doit d’être un peu reconnaissant envers ses bienfaiteurs, sinon pourquoi aurait-il sa place parmi « l’élite »... Plus sèchement, des hooligans nazis avaient expliqué lors d’un reportage sur Antenne 2, juste après le Heysel, que c’était la moindre des politesses que Marius Trésor marque des buts pour la France « blanche » qui avait eu la bonté d’âme de le sortir de sa case...

Plus amplement, la position sociale et la construction culturelle du fait « noir » dans chaque société a influencé fondamentalement la façon dont les joueurs « de couleur » se sont installés dans le football professionnel, et la manière dont les instances du football, comprises au sens large (fédérations, presses, arbitres) se sont comportés à leur égard. Au Brésil justement, l’apparition et la domination des « afro-brésiliens » dans le jeu, à l’origine sport élitiste de la bourgeoisie européenne post-coloniale, s’inscrivaient dans la complexe stratification, à la fois « raciale » et sociale, d’un pays marqué au fer rouge par l’esclavage (aboli seulement en 1888) et la difficile acceptation de la part « nègre » de la culture nationale.

La France n’échappe pas à cette problématique, même si elle commence à peine à se poser la question des minorités visibles. Si le footballeur noir, d’origine africaine ou antillaise, est aujourd’hui l’un des emblèmes des Bleus post-98, et citer à ce titre en exemple, sa perception dans le football hexagonal renvoie encore aujourd’hui à la prégnance des modèles coloniaux (on annexe vite en France les performances de nos anciennes possessions, tel le Sénégal lors de la dernière coupe du monde), et pour ce qui concerne les antillais, à la façons dont les descendants d’esclaves se virent offrir « généreusement » de devenir des enfants de la République. Bref : « silence dans les rangs et dit merci au Monsieur ! »

L’identité du premier footballeur noir du championnat de France de football est, de ce point de vue, assez éclairant. Raoul Diagne, métis franco-sénégalais, né en 1910 à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane, fut, durant les années trente, une des gloires du Racing Club de Paris et entra même en 1938 dans l’équipe de France. Il continua sa carrière à Toulouse pendant l’occupation, Vichy aimant vanter ses sportifs des colonies, signe de la puissance maintenue de la métropole, malgré l’humiliation de juin 40. Il était surtout le fils du premier député noir de l’Assemblée Nationale, Blaise Diagne, figure emblématique d’une élite « nègre » au service de l’Empire. Maire de Dakar, il entra au cabinet Laval en 1932 comme sous-secrétaire aux colonies.Pour résumer l’état d’esprit de la famille, Diagne père déclara en 1919, lors du congrès Panafricain de Paris, pour répondre à Marcus Garvey "Nous africains de France avons choisi de rester français puisque la France nous a donné la liberté et qu’elle nous accepte sans réserves comme citoyens égaux à ses citoyens d’origine européenne. Aucune propagande, aucune influence de la part de Noirs ou de Blancs ne peut nous empêcher d’avoir le sentiment que la France seule est capable de travailler pour l’avancement de la race noire." Une Illusion politique qui trouvait sa transcription générationnelle dans le parcours sportif du fils…

L’extrême discrétion, jusqu’à une période récente, des joueurs noirs sur la question du racisme (et surtout essentiellement pour critiquer l’attitude détestable des supporters) renvoie en effet à cette conception singulière de l’assimilation, qui mélange syndrome du « bon élève » et complexe d’infériorité, le tout étouffé par l’hypocrisie des clubs et des instances. « Sourie et tais-toi ! », un sorte de syndrome « Banania » appliqué au foot... Les critères qui lui furent appliqués charrient ici les inévitables généralités d’un autre temps, comme les fameuses « qualités physiques » propres aux footballeurs noirs ou leur supposée « indiscipline », qui appelle donc plus de sévérité, pour leur propre bien naturellement (voire les propos lénifiants de Guy Roux sur le sujet).

Des lieux communs parfois énoncés de manière fort sympathiques, comme notre Aimé Jacquet national, se répandant dans La Croix : « Ces dernières années, les jeunes d’origine africaine ou antillaise sont fortement représentés au sein de l’équipe de France. Ils nous ont beaucoup apportés, tant sur le plan du jeu que de l’état d’esprit. Chez certains d’entre eux se dégage beaucoup de chaleur, de naturel. » Ce côté « grand enfant » expliquant peut-être, qui sait ?, que malgré le nombre croissant de joueurs au plus haut niveau, et ce depuis plusieurs décennies (on comptait déjà 47 joueurs de couleurs pro entre 1955 et 1960), si peu soient devenu entraineur (l’exception Tigana), sans parler des arbitres. Mais trêve de mauvais esprit…

Aujourd’hui, l’arrivée massive de jeunes joueurs issus des quartiers et l’afflux de jeunes africains attiré par l’or vert des pelouses, modifient sensiblement la donne, même si les représentations ont la vie dure. Mais aura-t-on changé au change si les nouveaux « oncles tom » obéissent à un équipementier au lieu d’un entraineur paternaliste ?

Nicolas Kssis-Martov






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