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La bonne littérature serait souvent de droite, qu'en est-il du grand football? Peut-on imaginer une rencontre entre l'Inter(nationaliste) Milan d'Antonio Gramsci et le Paris Socialiste de Gauche de Jean Jaurès? Et si le foot rendait presque la politique de nouveau intéressante?

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Noël sélection for lads and lady

Noël sélection for lads and lady
15/12/2011

Quelques petits conseils avant de vous livrer à vos dépenses fastueuses de Noël. Profitez-en, 2012 la crise vous laissera juste de quoi vous réabonner à So Foot…

« Coffret Alan Clarke : Scums / This is Britain / The Firm / Elephant » (Potemkin éditions)
Peu de réalisateur a su croquer avec autant de véracité qu’Alan Clarke la douleur populaire qui s’est emparée de la société britannique au cours des années 80, bouffée de l’intérieur par le virus thatchérien qui en détruisait l’une après l’autre les faibles défenses solidaires. Avec bien sur des résultats d’une violence incompréhensible et anarchique. Parmi les œuvres ici rééditées, deux servent de parfaites balises des métamorphoses atroces de la question sociale « in UK ». Ainsi en 1982, le cinéaste transforme dans « Made in britain » le jeune acteur, alors méconnu, Tim Roth en skinhead raciste ultra-violent et paumé que le système n’arrive plus à récupérer après l’avoir enfanté. Plus tard en 1988, avec « The firm » il ausculte avec justesses le mal anglais d’un hooliganisme qui se ritualise dans son ivresse nihiliste. Ce cinéma hyperréaliste, empathique sans être complaisant, n’a malheureusement pas pris une ride aujourd’hui.

« La France noire : Trois siècle de présences » (La découverte)
La question « noire » ne constitue plus aujourd’hui un sujet tabou en France. Les historiens en profitent pour rappeler que loin d’être un phénomène récent, les présences (avec un significatif pluriel) des hommes et femmes « de couleur » se révèle bien plus ancienne que ce que les médias nous enseignent, avec diverses sources tragiques comme l’esclavage et le colonialisme. En en abordant toutes les facettes, des représentations artistiques aux joueurs de football, sans oublier leur difficile visibilité au sein de l’immigration et évidemment la « racialisation » des questions sociales, ce beau livre, richement illustré, offre un panorama passionnant sur cette communauté complexe et diverses en quête désormais de reconnaissance et de mémoire.

« Les Verts : les objets de la légende » (Ipanema)
La France manque de club de légende. C’est le principal problème de son football. Mais si l’un d’entre eux peut prétendre à ce statut assez particulier, l’ASSE (Association Sportive Saint-Etienne) arrive sans conteste en tête de liste. Une histoire et une identité unique : né dans la cité ouvrière de ManuFrance (les supporters du club aiment à fustiger lors des derby le très bourgeois Olympique Lyonnais), de la volonté d’un grand patron paternaliste, Geoffroy Guichard, appuyé sur une ferveur locale exceptionnelle (son stade est surnommé le chaudron vert), et évidemment sanctifié par son incroyable parcours en coupe d’Europe jusqu’à la finale tragique contre le Bayern en 1976. Richement illustré et surtout accompagné de nombreux fac-similés (document de la fédération, reproduction de journaux, d’affiches, etc..), cet ouvrage raconte finalement un peu plus que la simple histoire d’une équipe de foot.

Jérôme Leroy « Le Bloc » (Gallimard)
Un bon roman vaut parfois bien des leçons –stériles- de morale politique. Si beaucoup reprochent à son auteur son parcours intellectuel de « marxiste conservateur » et ses signatures dans Valeurs actuelles ou Causeur, son polar constitue, par le biais de la fiction, une terrible et pertinente description de l’actuelle situation pré-électorale. A travers l’exemple de l’entrée hypothétique au gouvernement d’un Bloc Patriotique (copie conforme du FN) sur fond d’émeutes en banlieue, l’auteur dresse le portrait sans fard d’une culture politique et du ressort de ses motivations les plus profondes, ses mythes et sa démagogie, voire aussi sa capacité à jouer des sentiments d’un peuple de petits blancs que cette extrême-droite méprise finalement autant que ses adversaires du « système » et finit par sacrifier, ici par le truchement symbolique d’un des personnages.

Mighty Sparrow « Sparrowmania. Wit widsom & soul from the king of calypso 1962-1974 » (Strut)
Toutes les formes de musiques ont connu leur King, parfois autoproclamé, souvent sanctifié par l’histoire. Elvis Presley sans conteste pour le rock’n’roll ou Solomon Burke dans la soul (au grand désespoir de James Brown). Et la calypso de Trinidad s‘est donnée corps et âme à Mighty Sparrow. Car si elle ne connut jamais la gloire internationale du reggae, elle possède avec ce chanteur fantasque et classieux un incroyable ambassadeur, ici compilé lors de sa meilleure époque et au mieux de sa forme. Revigorant la calypso traditionnelle, vulgarisé par Harry Belafonte, il lui insuffle la vitalité de la soul, du boogaloo ou encore la grandiloquence des crooners à la Sinatra. Romance et espiègleries grivoises cèdent même parfois alors la place au heures sombres du moment, comme dans le significatif « Kennedy & Kroutchev », rappelant que ces artistes fournissaient aussi une source d’information souterraine aux plus démunis qui fréquentaient les bars de Port of Spain.

François Thomazeau « Mods, la révolte par l’élégance » (Castor Music)
Voilà l’idéal cadeau de dernière minute. Ce petit glossaire sur la culture mods (très tendance- du moins éditoriale- en ce moment) -ces jeunes anglais amoureux de jazz, de soul, de vespa et de costume sur mesure, se lit d’une traite et fournit l’essentiel de ce qu’il faut savoir de leur histoire, de leurs goûts et même de leur descendance. Et bien que les premiers garçons en scooter et parka du swinging London se moquaient du foot comme de leur premier fred perry, en revanche l’auteur a bien raison de souligner leur lointain héritage dans les tribunes via la culture casual (on pense au Perry Boys de Manchester et à un film comme « Awaydays »). Même en Italie ou l’un des groupes d’ultra de Bologne s’est surnommé « Les mods » ou la PS Firm à Paris. Après, pour ce qui est de la cohérence politique…

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