Never trust a marxist in football !

27/05

Ce soir, nous allons fêter 100 ans de Coupe de France. Parmi toute les raisons (culturelles, sociales, politiques,...) qui peuvent pousser à la défendre quand aussi bien la #LFP que les grands clubs semblent vouloir la reléguer au rang de compétition secondaire ou d'appoint, celles qui relèvent de l'intime sont parfois les plus importantes. Car le plus beau de match de ma vie , je ne l'ai jamais vu. Il opposa le SCU El Biar au Stade de Reims, en 16ème de finale, le 2 février 1957....

Paru dans le n° 78 de "Mouvements" (éditions de la découverte) dont le thème "Peut-on être de gauche et aimer le foot" devrait intéresser certains lecteurs du blog, du moins je le crois ...




Le plus beau match de ma vie, je dois confesser que je ne l’ai pas vu. Je n’étais même pas encore de ce monde. J’en ai entendu parlé, ce qui j’imagine reste l’essentiel. Je suis encore d’une génération pour laquelle le foot relève de la tradition orale. Avec la radio, TSF puis FM (et je place une spéciale dédicace à Flynt pour l’occasion), en guise d’université populaire. Mais en l’occurrence nous n’en sommes pas là. C’est une banale histoire de coupe de France dont nous allons exhumer la mémoire, celle d’un petit poucet, qui fournit sa raison d’être à cette compétition lancée en 1918 –avant l’armistice- et remporté initialement par L’Olympique de Pantin. En pleine « guerre sans nom », le SCU El Biar, évoluant en division d'Honneur et commune d’origine de Jacques Derrida, élimine le grand Stade de Reims, le même qui tutoie alors les sommets de l’Europe avec le Real de Madrid. L’exploit est resté gravé aussi bien dans les mémoires des « européens » que des Algériens. Mon père m’en a raconté les détails, les siens, à longueur d’ennui de certains matchs au Parc, dans cette tribune C ou D ou le Sentier apporta au PSG ses premiers vrais supporters dans les années 80, avec le Kop de Boulogne et les antillais du coté d’Auteuil. Comment en rentrant de l’école à Alger, il aperçut le résultat affiché dans un bistrot. Qu’il crut au départ à une défaite – honorable, un 2 à 0- des challengers. Puis que pris d’un doute il rebroussa chemin et vint découvrir le miracle.

L’attachement à cette belle histoire cache évidemment le drame algérien qui tache alors l’histoire de France et remplit ses fosses communes. Tout comme lorsqu’il égrenait le remord de la coupe du monde de 1958, quand la blessure de Jonquet - une double fracture du péroné suite à un tacle de Vavá- priva peut-être les bleus d’une possible victoire contre le Brésil de Pelé et Garrincha, il oubliait l’absence de Mekhloufi et Zitouni, grands espoirs du foot français, partis rejoindre l’équipe du FLN. Pour les pieds-noirs, en tout cas certains, le foot incarnait peut-être le vague rêve d’un phalanstère ludique ou la coexistence aurait été possible. Albert Camus finalement ne disait pas autre chose pour peu que l’on cherche à le comprendre par le ballon et non l’inverse. Et mon paternel jouait lui aussi au Racing Universitaire D’Alger.

En 82, il vint me sortir de ma torpeur pour m’annoncer que les Fennecs venaient de taper la Manschaft, avec d’ailleurs dans ses rangs Mustapha Dahleb, milieu du club parisien et image star panini de mon album cette saison-là. Et puis ensuite le scandale d’un Allemagne-Autriche arrangé sur le dos de la sélection algérienne, insupportable affront impérialiste. Depuis, je sais que le foot n’est ni ne sera jamais une école d’humanisme (Derrida en aurait été lui aussi d’accord) . Comme l’a si bien résumé Ariël Jacobs, l’entraîneur belge de Valenciennes : « Ce sport collectif est pratiqué par des individualistes, des égoïstes ». Le destin s’y lit en compagnie de Leopardi ou Witold Gombrowicz. On y entend le Blues de Skip James, les plaintes du Chaabi ou les larmes du fado. Seulement en France, aucun écrivain ne sut s’en inspirer, pas un seul cinéaste ne se révéla capables de le rendre évident. La Boxe ou le cyclisme oui, le ballon rond resta atone et aphone dans la culture hexagonale. D’ou cette énorme et permanente méprise à le décrire chez nous comme une kermès. Mais le substrat narratif du foot réside dans la demi-finale perdue, le rêve brisé du talent prometteur, le but de la main, les tribunes en deuil… et les traditions orales.

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