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La bonne littérature serait souvent de droite, qu'en est-il du grand football? Peut-on imaginer une rencontre entre l'Inter(nationaliste) Milan d'Antonio Gramsci et le Paris Socialiste de Gauche de Jean Jaurès? Et si le foot rendait presque la politique de nouveau intéressante?

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Éloge du traître!

Éloge du traître!
22/06/2010

Si vous doutiez de la portée hautement politique des événements que traversent actuellement l'équipe de France et tout le foot français dans son maigre sillage, la coïncidence des dates et des anniversaires devrait suffire à vous en convaincre. En effet pendant que Patrice Evra lançait la chasse au traitre dans les rangs de la sélection tricolore et de son staff, nous fêtions les 70 ans de l'appel du 18 juin et le Parti Communiste tenait son énième congrès de renouveau. Un capitaine des bleus qui se prend pour Torquemada le lendemain de la commémoration de la grande « trahison » d'un général qui refusait l'autorité « légitime » d'un Pétain à plat ventre devant l'occupant, le tout alors que le Parti politique qui poussa, stalinisme oblige, jusqu'au tragi-comique, la logique du renégat expiatoire, tente en vain de retenir ses derniers rebelles, autant de signes qui démontrent qu'en ce bas monde, le traitre, même fantomatique, constitue un moteur indipensable de l'histoire humaine. Il sert de catalyseur, de rédempteur anticipateur et dès qu'il s'évanouit, de quoi peut-on encore bien parler. Que ce soit au nom de dieu, d'une idéologie ou de la patrie en danger, le traitre sauve plus souvent les meubles, parfois à son corps défendant, qu'il ne nuit véritablement au collectif. Explications en trois temps:

1) Dans la religion
Qu'il soit schismatique ( orthodoxe, chiite, etc..) ou encore relapse (celui qui abjure sa foi pour en embrasser une autre), le traitre justifie la plus belle des guerres, la guerre civile, la seule qui vaille la peine car elle permet de tuer son prochain, donc à priori celui en l'encontre duquel on possède de véritables griefs authentiques, du moins concrets. Il offre aussi de consolider et d'asseoir l'autorité intérieure du chef spirituel de la plus belle manière possible (Saladin en savait quelque chose qui fut bien plus cruel contre les ennemis de l'intérieur que contre les mécréants). Nul doute donc que le beau conte à dormir debout du méchant loup dans la bergerie doit réchauffer les longues nuits glaciales de Knysna.

2) Dans la guerre
Le traitre, c'est celui qui change de camp, qui poignarde son pays dans le dos. Et dans ce registre l'histoire recèle son lot de hérosss de la désertion : De Gaulle qui « s'exile » eAngleterreee avant de revenir chef légitime de lrésistanceee, Thomas Mann réfugié aux états-unis gardanvivantan la flamme de la littérature allemande, etc.. Les motivations sont nombreuses, et non exclusives: convictions idéologiques, patriotiques , ... Un égo surdimensionné surtout, car pour abandonner la mère patrie dans le fracas des armes, il faut avoir non seulement une sacré force de caractère, du courage en intraveineuse et au minimum l'intuition que son choixxx peut retourner véritablement le cour des événements (sinon à imiter Ernst Junger, dont pourtant le mépris du nazisme est avéré, qui attendit la fin de la guerre à Paris dans la Wermacht). Et en la matière, Evra cherche-t-il peut-être à dissimuler l'essentiel: un bon traitre permet souvent de sauver les meubles dans une déroute, surtout pour l'avenir....

3) En politique
Les grands procès staliniens l'ont bien démontré: le traitre doit non seulement être le meilleur des nôtres au départ, mais surtout le pire des salauds à l'arrivée. L'excellence demeure le critère absolu qui signale le soupçon au-dessus du coupable. Le parti se construit en s'épurant, et d'abord en virant les plus doués au fur et à mesure qu'ils font de l'ombre aux leaders « charismatiques ». Il sera dès lors la cause de tous les échecs, le responsable de l'affaiblissement du groupe, le maillon faible de la chaine de solidarité prolétarienne. Un rôle de premier ordre qui n'est pas donné à n'importe qui. Le parcours d'un Georges marchais le prouve, cibler un traitre, c'est reconnaître en retour que l'on se sait moins fort que lui. Patrice Evra a juste admis finalement que le plus talentueux d'entre eux n'était pas de ses amis.

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