Never trust a marxist in football !

04/04/2012

En cette belle année 2012, à défaut du grand cataclysme économique annoncé, le football professionnel français semble traverser une profonde phase de dépression.

Finis les ors de la République version Equipe de France 98 ou les lustres racoleurs de magazines people des années 2000 ! Cette saison électorale empeste des arrières-goûts de gueule de bois. Rien de neuf sous le soleil hexagonal? La France ne serait pas un pays de foot mais de footballeurs! Son désenchantement vis-à-vis d'une L1 dopée artificiellement par des droits télés disproportionnés ne constituerait donc finalement, et au bout du compte, qu'une des ultimes manifestations de son viscéral penchant égalitaire (cf. Emmanuel Todd ou François Furet, selon le camp idéologique). Et si c'était vrai, au-delà des grandes analyses de plateaux TV et de pages débats ? Le foot est peut-être désormais effectivement un mal-aimé ! Constat d'un pathologie sociale et culturelle en cinq symptômes.

- Le fisc, toujours le fisc !

«Le football français est victime d'un véritable acharnement et cela doit s'arrêter. Il est profondément sain et propre. Il sert de bouc émissaire face à la crise». Frédéric Thiriez en avait presque les larmes aux yeux et des trémolos dans sa voix de chanteur amateur d'opérette. Le refrain n'est pas nouveau. Il est juste réactualisé, une fois de plus, après le DIC, par le président de la LFP, aux affinités électives guère masquées, pas plus que celles de Noël Le Graët d'ailleurs, face au péril de la fameuse taxe à 75% de François Hollande (bien que le spectre de la victoire du « nouveau Staline » - dixit Mickaël Vendetta, grand soutien sarkozyste ou rédacteur des discours de David Douillet, on ne sait plus – semble s'éloigner). Cette mesure avait pourtant rendu tout le monde heureux, entre une gauche satisfaite de son effet mobilisateur à peu de frais (c'est toujours moins engageant de que de s'attaquer aux niches fiscales) et une droite soulagée que l'on ne parle pas trop des premiers visés, c'est à dire les patrons. D'autant plus que la plainte en retour du foot pro ne rencontre plus guère d'écho.

La peur de l'exode des joueurs? Il se cassent déjà dès qu'ils le peuvent vers une Angleterre et une Italie où les salaires « moyens » s'avèrent deux ou trois fois supérieurs (le phénomène perdurait ainsi même à imposition zéro et les clubs français se nourrissent de la manne des transferts). Et pour finir éliminé par Nicosie, pas besoin de cadeaux supplémentaires. Reste Pierre Ménès, particulièrement en forme dans une interwiew sur Bakchich.com, versant sa petite larme misérabiliste sur ce pauvre foot français glissant vers le niveau du Kosovo : « Déjà quand le mec gagne un million par an, il en file 500 000 à l’Etat, si il en gagne 2, il file encore 750 000, faut arrêter quoi». Mais il le confesse lui-même, dire cela c'est déjà passer pour « un gros con de droite ». Il y a plus convaincant et optimiste comme positionnement en ce moment !

- Que sont nos grands stades devenus?

L'Euro 2016. Voilà le beau cadeau qui devrait normalement assurer l'attroupement devant la photo du chantier des hommes et femmes politiques en campagne électorale, du candidat à la charge suprême aux élus locaux s'essayant au scrutin national (les législatives) sans oublier notre bon député-maire de ville moyenne. Sauf que vu le contexte économique, les désertions en cascade (Metz et Nancy), les dossiers en instance (même judiciaire) comme à Lens, ou l'on négocie âprement les conditions financières, ou encore le chambard autour d'OL Land, les volontaires et les enthousiastes se comptent sur les doigts d'une main. En période de disette dans les collectivités, de réduction des subventions, d'appauvrissement des services publics et des postes d'enseignants qui disparaissent sous la lame de fond de la RGPP, plus personne n'a envie de flatter l'électeur de base en lui vantant les nouvelles loges VIP du nouveau stade en quête de namming.

- Les supporters poussés dehors !

Les plus fervents amoureux du foot pro, ceux qui animaient gratuitement et fournissaient aux médias (et aux pages des sites des clubs) de belles images de fumis et de tifos enflammés, n'en finissent plus de se prendre des baffes symboliques. Malgré la récente victoire judiciaire des ex-supporters parisiens contre leurs IAS, le Parc des Princes est devenu un vaisseau fantôme même s'ils peuvent certes partiellement s'en mordre leur propres doigts. Que ce soit à Montpellier ou à Saint-Etienne, les groupes ultras se retrouvent sur la sellette, et les déplacements se révèlent un luxe toujours conditionnés par le bon vouloir du préfet, sur fond de statistiques sécuritaires mélangeant l'inquiétante résurgence du racisme dans les gradins et les simples turbulences gentillettes. Surtout, renvoyée aux marges de la vie des clubs, qui ne voit dans leurs tribunes qu'une question d'accueil – et d'encaissement – d'un public assagi, la passion des supporters, qui fut si longue souvent à s'installer au cœur des villes et des clubs, semble briller déjà de ses derniers éclats.

La lente désillusion des anciens abonnés du PSG ne fait peut-être qu'annoncer l'acculturation généralisée des supporters. Claude Guéant vient ainsi de convoquer six clubs (OL, ASSE, GdB, OGCN, PSG et MHSC) place Beauvau le jeudi 4 avril, pour parler du sujet, ce qui n'annonce rien de bon. En outre, la fréquentation est en baisse. Peut-être que même le Footix s'emmerde trop au calme et sans les virages pour le réveiller ? Ou qu'il s'est retrouvé au chômage et qu'il doit faire des choix dans les postes de dépense (TVA sociale oblige)? Il faudrait penser à en toucher deux mots à Pierre Ménès avant qu'il revote Sarko, non ?

- Le peuple et ses stars

Dans un registre quasiment alarmiste, Pierre Louvel président de l'UCPF et du Havre, insista de son coté sur le besoin de «restaurer l'image du football dans les plus brefs délais ». C'est peut-être la facette la plus problématique : la distance entre le foot et le grand public. Entre les joueurs surtout et la « population ». Ou une certaine forme de saturation, allez savoir ? La chute des droits télé (malgré les Qataris), l'érosion des audiences (cf. l'échec d'Orange Sport), de la popularité des joueurs (ou sont les héros consensuels, les icônes ? Y compris les maudits à la Nicolas Anelka font pâle figure en terme de repoussoir), ces éléments s'agglomèrent et contribuent à dégrader la note économique du foot, qui repose en grande partie sur une imprégnation culturelle de masse, enclenchée en France à partir de 98. Et une Al-Jazira ne fait pas le printemps...

- Les politiques et la quête du bouc émissaire

La conséquence de tout ce qui précède ! Voilà au passage un point sur lequel on ne peut tout à fait donner tort à Thiriez, à condition qu'il se souvienne qu'il s'agit du revers de la médaille de la position dominante du foot : « On accepte l'argent dans le golf, le sport automobile, le tennis. Pas dans le foot. Pourquoi ? Car les footballeurs sont le plus souvent des gens d'en bas, d'anciens pauvres, souvent issus des quartiers, souvent black ou beurs. L'ascenseur social fonctionne dans le foot et cela, sans doute, bouleverse inconsciemment certains». Le footeux, c'est le riche sur qui on peut taper sans problème. Il permet au PS de se la péter sur le registre de la bonne conscience et de la morale à peu de frais, sans brusquer ses fondamentaux, et à l'UMP d'injecter du Le Pen derrière le paravent de l'indécence sociale du parvenue.

Bref, la curée garantie quand, en plus, on ne cesse de tendre le bâton pour se faire battre. Pas de pouvoir ou d'influence auprès du quidam (voir plus haut), peu de relais dans les coulisses de l'Assemblée Nationale ou du sénat, aucun réseau et comme seul soutien, des patrons d'entreprises (les présidents) aussi caricaturaux à leur manière que les joueurs. Et en plus ils perdent ! Résultat, le foot ne sert dans les programme électoraux qu'à montrer le mauvais exemple dans le sport, c'est à dire demander le fair-play et le salary cap pour l'UMP, moins de ballon rond à la télé pour le PS, et du coté de Mélenchon l'interdiction de sélection en Bleu pour ceux qui ne résident pas fiscalement en France! Vivement 2017...


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