Never trust a marxist in football !

17/12/2012

Suite des suggestion de KDO(s) de Noël , aujourd’hui des livres et des bouquins…

Valerio Magrelli « Adieu au foot : Quatre-vingt-dix récits de une minutée » (Actes sud)

Valerio Magrelli est un poète, qui aime ou a aimé le foot. Il est donc forcément italien et par ailleurs traducteur de Mallarmé, auquel il rend d’ailleurs un hommage furtif dans ce petit et précieux recueil. Il a surtout beaucoup joué et fréquenté toutes sortes de terrains (à la différence de nombre commentateurs télés ou pseudo-philosophes de revues branchées). Il a supporté la Roma, mais, drame familial intime, son fils a choisi l’Inter et davantage que les pelouses pelées, il s’adonne aux joies du cuir sur sa playstation. Alors il nous livre d’une plume élégiaque et nostalgique 90 petites embardées littéraires sur le calcio, ou le joueur du dimanche y tutoie l’amoureux des tribunes. Ici pas d’analyse grandiloquente sur les significations sociales ou politiques du ballon rond. Juste un récit très personnel d’amoureux vaguement éconduit par le corps qui lâche et un sport qui change d’époque. Et beaucoup d’anecdotes, un peu à la manière d’un « Ouvert la nuit » de Paul Morand. Ainsi la légende de ses matchs organisés sous la chapelle Sixtine durant les années 50 par le fils d’un gardien, le spectacle quasi fantastique de ses policiers soviétiques surgissant de dessous la pelouse à la fin d’un match du Dynamo de Moscou, le souvenir d’un oncle supporter d’ I Lupi et parieur clandestin, et cet appel, par dessus les millénaires et les civilisations, à Thucydide pour comprendre la pleine signification du concept de puissance sur le gazon, avec cette idée chère aux ultras : plutôt inspirer la haine que l’indifférence. Enfin, le lecteur qui a un peu côtoyé les équipes séniors de quartier s’amusera de sa parfaite description du « pédant », le « presque pro » qui pontifie sur la moindre tactique ou phase de jeu et dont l’ultime satisfaction de l’auteur fut de lui voler un but du bout du pied.

Nicolas Lebourg & Joseph Beaugrand « François Duprat. L’homme qui inventa le front national » (Denoël)

Alors que Marine Lepen ne cesse de repeindre l’héritage familial en un banal parti populiste, juste un peu plus à droite et plus social que l’UMP, cette enquête historique sur l’une des figures déterminante de l’extrême-droite des années 60 et 70, mort dans un mystérieux attentat en 1978, mérite à bien des égards le détour. En effet ce négationniste et antisémite assumé fut aussi celui qui sut le mieux formaliser le besoin de « renouveau » du nationalisme après les « échecs » de la collaboration et des guerres coloniales. Voici donc cet intellectuel autodidacte (identité rare dans cette famille politique) à la manœuvre lors de la naissance du Font National, rassurant les « nationaux bourgeois» ex-poujadistes à la Jean-Marie Lepen tout en grenouillant dans le même temps avec les néo-nazis avérés qu’il fait entrer dans la toute jeune formation qui autorise la double appartenance. La fille de son père n’a donc pas inventé ex-nihilo sa fameuses « dédiabolisation » , virant le folklore tout conservant des néo païens racialistes et des pro-syriens « antisionistes » proche de Dieudonné dans son entourage pour mieux parler de république et des droits de la femme le sourire aux lèvres. Rien de neuf sous les faisceaux du soleil noir.

« Punk Press. L’histoire d’une révolution esthétique 1969-1976 » (éditions de la Martinière)

Le punk ne se résuma pas à un simple mouvement musical, bien qu’évidemment la musique constitua l’épicentre de cette incroyable onde de choc qui secoua le monde occidental au cours des années 70. Ainsi, en réaction aux dérives ridicules des babas cool et d’un rock s’auto-parodiant dans son gigantisme commercial, des groupes se mirent à reprendre le flambeau subversif et transgressif des débuts. Accompagnant cette nouvelle scène peu exposée dans les médias d’alors et la presse « rock » institutionnalisée, se multiplièrent les fanzines, notamment grâce à la généralisation de la photocopieuse, qui ne s’embrassaient plus de la rigueur du monde de l’édition. Mobilisant toute une nouvelle imagerie décadente et baroque pour accompagner l’émergence des Television, des Ramones, des Sex Pistols ou des Clash, ils renouvelèrent également la façon de penser la maquette ou encore la typo d’un périodique ( cf. les charts balancés à la machine à écrire), influence qui se ressent encore aujourd’hui, y compris sur le web. Le mythique et très anglais « Sniffin’glue » incarna à merveille cette (r)évolution esthétique à l’œuvre chez Gutemberg. Quand arrivèrent les années 80, le Punk avaient déjà changé la face de la culture populaire.

Marc Bouder & Jay One Ramier « Mouvement. Du terrain vague au dance floor, 1984-1989 » (19/80 éditions)

Le Hip-Hop est né dans la rue, quelque part au coeur du Bronx à New-York. Pour ce qui concerne la France, ce fut plutôt au milieu des années 80 sur un terrain vague du coté de La Chapelle à Paris, ou se retrouvaient une génération juvénile passionnée par cette nouvelle forme de culture que l’on ne disait pas encore urbaine. S’y donnaient donc rendez-vous les premiers graffeurs français, les rappeurs débutants, les Dj’s prosélytes à la Dee Nasty. Plus tard, alors que le pays découvre à peine le rock alternatif, Radio Nova va offrir sa première caisse de résonnance à ce mouvement pendant que s’organisent les premiers concerts et les premières soirées au Globo. Une genèse captée par l’appareil photo de Yoshi Omori dans ce superbe livre d’histoire vivante.

Simon Kuper & Stefan Szymanski « Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus » - traduction de Bastien Drut (Ed. De Boeck)

Ce livre possède une immense vertu pédagogique –pas d’effroi, sa lecture fort agréable s’avère très éloignée des canons universitaires - qui rend sa consultation assez indispensable avant la reprise de la L1 ou de la champion League. Il rappelle, preuve à l’appui, que le foot reste, malgré les milliards d’euros qui s’y déversent et les puissantes logiques financières qui le traverse, une illustration extrême et permanente des contradictions du capitalisme, ou comment toute la belle rhétorique libérale sur la rationalité individuelle des acteurs ne résiste pas deux pages à l’examen précis de la gestion d’un effectif en Liga ou Série A. Car derrière l’influence, et plutôt son absence de poids, de la science des statistiques sur le foot pro, c’est bien le fonctionnement atypique de l’économie de ce sport qui se trouve mise en lumière (au passage signalons que nous devons la traduction de la seconde édition à Bastien Drut, auteur du remarquable « économie du football professionnel » dans la collection Repère de La découverte). Bref, au-delà de ce paradoxe chiffré que les joueurs qui coûtent le plus ne représentent pas, en moyenne, ceux qui le mérite véritablement par leur prestations sur le terrain, il s’agit de décortiquer l’impossible mise en équation des croyances auto-réalisatrices (sur les corners rentrants ou non, les compétences des « noirs » sur le banc, sur le statut de « star », etc…) de cette culture populaire et les nécessités impitoyables d’un business sans pareil.

Les deux auteurs racontent simplement, avec érudition et nombreux exemples, aussi bien historiques que tirées de l’actualité (ce qui procure à cette somme une belle vocation de cours de rattrape accéléré en matière d’encyclopédisme du ballon rond), à quelle point la maîtrises des données , et la présentation de leur évidence brute, ne suffit jamais pour convaincre et bouger des institutions aussi hiératiques que des clubs pros ou même simplement les convictions « éternels » d’un entraineur. Et que même dans le cas contraire (par exemple Arsène Wenger), le résultat ou l’amélioration escomptée dans la performance et la productivité seront toujours compromis par les petits arrangements inévitables avec les contraintes du « contexte » et de « l’environnement ». De fait, en marge d’explications plus classiques sur les préjugés racistes ou encore les raisons de l’écrasante domination des grandes villes dans les championnats européens, le propos développé par Simon Kuper et Stefan Szymanski semble étrangement confirmer ce que l’épistémologue libertaire Paul Karl Feyerabend avait toujours défendu (notamment dans son essai « Contre la méthode : esquisse d’une théorie anarchiste de la science »), à savoir qu’ il faut parfois persister dans l’erreur, en dépit ce que vous pouvez observer réellement, pour au final s’approcher de la vérité. Après avoir fini ce livre, complété d’une utile relecture estivale de l’« Exégèse des lieux communs » de Léon Bloy et de « L’art d’avoir toujours raison » d’Arthur Schopenhauer, vous n’écouterez plus jamais les commentaires de Canal ou BeIn, et les interminables gloses des palettes, de la même façon.

«Les Juifs dans l’Histoire», (éd. Champ Vallon)

Voilà un ouvrage, un « pavé », de salubrité historique. Celui de la longue aventure de la diaspora juive à travers les différentes époques et surtout les lieux ou elle s’est installée. Avec comme fil conducteur son rapport, son apport, sa dépendance aux sociétés dont elle devient partie prenante. Il s’agit donc surtout de remettre les juifs « comme acteurs de l’histoire générale », et non pas seulement, par à coup, les exceptions d’une singularité positive ou dramatique. Les auteurs sollicités sont ainsi généralement des spécialiste reconnus de leur périodes, mais pas forcement des communautés juives. Pour aboutir au vingtième siècle ou la encore, on rappelle aussi par exemple le combat des 500 000 soldats juifs de l’armée rouge pendant la seconde guerre mondiale. A lire absolument.

Pasolini « Les terrains. Écrits sur le sport » (Le temps des cerises)

Félicitons la petite maisons d'éditions militante « Le temps de Cerises » d'avoir réédité, dans un format de poche aussi plaisant, ce modeste recueil de la prose sportive de Pasolini. La passion de l'écrivain et cinéaste italien pour le foot est de notoriété publique. Lui même dans ces pages s'amuse et moque un peu son coté « Tifosi », notamment envers le club de sa ville natale, Bologne (notamment quand il perd contre la Lazio). La contradiction apparente entre son amour pour la chose « vulgaire » (au sen de populaire) du ballon rond et sa démarche avant-gardiste d'intellectuel de « gauche » se trouve d'ailleurs au cœur des courts textes rassemblés ici. Bien avant que la sociologie et l'histoire, voire la philosophie, ne s'emparent de l'affaire avec la même gourmandise qu'ils avaient déployé pour la dénigrer, l'auteur des Ragazzi et de Théorème avait su établir les diagnostics intuitifs (à la façon d'un Foucault investiguant le passé de la Folie) et idéologique de la malédiction athlétique. Sans aucune illusion, mais sans honte, il raconte et décortique la poésie individuelle du dribble et la prose collective du Catenaccio. Il fustige également ceux qui mèprisent sans y réfléchir la foule des stades. Loin d'un Albert Camus cherchant dans la nostalgie des jeux de son enfance une naïveté déculpabilisatrice face aux drames de l'Algérie coloniale qu'il affronte une fois adulte, il se sert donc de son addiction au terrain pour scruter avec une empathie critique la société occidentale, y dénonçant les démarches esthétisante ( donc bourgeoise) qui l'empoisonne à ses yeux. Il délivre au passage une belle définition du supporter romain qui aurait sied comme un gant aux anciennes tribunes du PSG : « En tout cas Rome est vraiment une grande ville : l'identification du Tifoso avec son équipe ne sublime pas de sentiments étroits, provinciaux et de clocher. Et puis chez le romain, il y a toujours cette dose de scepticisme et détachement qui le préserve toujours du ridicule. A travers sa propre équipe, il n'exalte pas les gloires de la ville, des qualités sportives et d'autres banalités de ce genre : il exalte sa propre roublardise. »

« Éloge de la passe. Changer le sport pour changer le monde » (Les éditions libertaires)

Dans la très diverse famille de l'extrême gauche, c'était essentiellement les trotskistes qui avaient pris l'habitude de s'exprimer sur le foot, surtout depuis mai 68 et la naissance du courant anti-sport « Quel corps ? » lancé par Jean-Marie Brohm (bien que pour être totalement honnête, l'arrivée de Besancenot, supporter du PSG, avait marqué une sorte d'épiphanie à crampon qui ne cessa de se confirmer). On ne s'attendait donc guère à voire les libertaires se frotter à un tel sujet, et d'ailleurs cet ouvrage collectif commence par deux « Outing », le terme est fort !, en guise de petite provocation à l'intention de leurs camarades. Preuve que les réticences et les blocages restent forts.

On pouvait donc aussi dans la foulée craindre une simple démarche militante opportuniste, voire bassement de propagande, qui sortirait quelques initiatives de son chapeau, tirerait des généralité en forçant le trait ou encore qui développerait de longues logorrhées idéologiques remplies de notes de bas de page. Si l'engagement partisan ne se cache pas, il faut porter au crédit de nos ultras du drapeau noir d'avoir su mener un véritable travail d'exploration historique (quitte à s'emparer de la mémoire, politiquement assez lointaine, des Olimpiada Popular de Barcelone en 1936, du mai 68 des footballeurs, ou de l'aventure de Miroir du football), le tout d'une manière assez honnête (y compris en abordant les résistances passées, notamment entre les deux guerres, ou l'opposition au sport ouvrier « stalinien »). Mais au-delà du cas français, assez anecdotique, le plus passionnant réside dans l'ouverture à l'internationale, balayant pour le coup des expériences un peu plus significatives de foot libertaire, aussi bien en Amérique du sud, aux Usa ou en Angleterre (dans le sillage de la scène punk et skin antifa), comme par exemple cette rencontre entre anars du Kronstadt FC contre une équipe Léniniste pur jus à Berkley en 2003. Nous avons même droit à un petite visite des problématiques actuelles, telle la question des supporters, à priori la moins anarcho-compatible, via le cas du Red Star, des socios espagnoles membres de la CNT , ou du Mondiali antirazzisti en Italie.

Pour terminer, signalons surtout les articles consacrés à Albert Camus, puisque l'idée de l'ouvrage est parti d'un colloque sur les liens entre l'auteur de « La Peste » et les libertaire, pour lequel Wally Rosell, chef opérateur de ce livre, rédigea l'article qui donne son nom à ce étrange objet du désir anar pour le ballon rond : « éloge de la passe ».

Nick Toshes « Réserve ta dernière danse pour satan » (éditions Allia)

Nick Tosches aime les belles histoires. Et il ne sait que trop bien qu’elles ne peuvent naître que dans le sillage des destins les plus déglingués, dans les tréfonds et les dédales obscures de nos sociétés. Il a splendidement décrit les affres de Dean Martin dans « Dino », le parcurs gangster new-yorkais Arnold Rothstein dans le « roi des juifs » ou encore le boxeur Sonny Liston dans « Night Train ». Il s’est aussi fait un nom en dressant le portrait et les portraits de ce qu’il appelle le vrai « rock’n’roll », celui d’avant l’imposteur Elvis Presley, peuplé de bluesmen noirs déjantés et de country boy blancs « hillbillies » guère plus fréquentables. Ce petit opuscule réalise peut-être la jonction entre les deux démarches. Ou quand la musique « pop » (le terme n’existe pas encore) des années cinquante, aussi mièvre que ceux qui la produisent sont brutaux, rencontre les bas-fonds de Big Apple, avec des chanteurs paumés, des entrepreneurs juifs passionnés mais un peu véreux et des mafieux italiens de seconde main qui viennent cachetonner dans ce qui peine à s’établir véritablement comme une industrie. On lira aussi avec beaucoup de plaisir sa quête maniaque pour découvrir qui sont les véritables auteurs et interprètes de « Sally, go round the roses », petit succès rhythm’n’blues par The Jaynettes en 1963, repris en France par Richard Anthony et Nana Mouskouri, et devenu ensuite un petit classique de la northern soul anglaise.


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