Never trust a marxist in football !

14/12/2012

Avant les fêtes pour vous aider à offrir des CD’s, des vyniles ou des K7 audio, car il faut bien que les artistes et les maisons disques vivent un peu….

R.A.S. « 84 » (Euthanasie Records)

Groupe météorique de la première scène Oi parisienne du début des années 80, aux cotés de l'Infanterie Sauvage et des Swingo Porkies, R.A.S. est notamment entré dans la légende urbaine suite à un concert dans la ferme d'Emerainville , ou une délégation de skins fachos, notoirement agacés par le morceau dénonciateur « LVF », s'en pris violemment à eux. Leur brève existence se heurta ainsi très vite à la dérive politique du mouvement skinhead en France (alors qu'ils n'étaient de leur coté pas franchement communiste dans l'âme), et leur existence se limitera malheureusement à un album et un 45t, aujourd'hui réédités. Fondée entre bois-Colombes et d'Asnières, influencée par Sham 69, Special Duties, les 4 skins ou Cockney reject, cette fine équipe banlieusarde incarna une certaine idée du street punk à la sauce hexagonal, un rock de bitume, de stade et de gare du nord, davantage que de boites branchés et de beaux-arts. Et si beaucoup entretiennent le mythe, ils pourront donc désormais enfin écouter les quelques morceaux de cette excellente formation qui essaya, comme le chanta leurs contemporains de Wunderbach, de conjurer la terrible malédiction française « Paris n'est pas Londres, Colombes pas le east-end ».

Mighty Sparrow « Sparrowmania. Wit widsom & soul from the king of calypso 1962-1974 » (Strut)

Toutes les formes de musiques ont connu leur King, parfois autoproclamé, souvent sanctifié par l’histoire. Elvis Presley sans conteste pour le rock’n’roll ou Solomon Burke dans la soul (au grand désespoir de James Brown). Et la calypso de Trinidad s ‘est donnée corps et âme à Mighty Sparrow. Car si elle ne connut jamais la gloire internationale du reggae, elle possède avec ce chanteur fantasque et classieux un incroyable ambassadeur, ici compilé lors de sa meilleure époque et au mieux de sa forme. Revigorant la calypso traditionnelle, vulgarisé par Harry Belafonte, il lui insuffle la vitalité de la soul, du boogaloo ou encore la grandiloquence des crooners à la Sinatra. Romance et espiègleries grivoises cèdent même parfois alors la place au heures sombres du moment, comme dans le significatif « Kennedy & Kroutchev », rappelant que ces artistes fournissaient aussi une source d’information souterraine aux plus démunis qui fréquentaient les bars de Port of Spain.

Sandra Nkaké "Nothing For Granted" (Jazz Village/Harmonia Mundi)

Artiste complète et chanteuse au tempérament aussi dense que sa voie est profonde, Sandra Nkaké écume depuis longtemps toutes les planches possibles et imaginables (y compris au théâtre, par exemple sous la direction de Gabor Rassov). Les chanceux avaient pu apercevoir par le passé cette native de Yaoundé en compagnie et aux cotés de musiciens aussi divers que Juan Rozoff, Tony Allen ( le compagnon de Fela, le roi de l'afro-beat), les Troublemakers de Marseille, Nouvelle Vague, ou encore sur la compilation «Les amoureux du ban public »  contre les expulsions des couples dits « bi-nationaux », éternels soupçonnés de mariages blancs. Son nouvel album tire finalement avec bonheur le fil de ces nombreuses expériences en enchaînant de petites scènes de vie et de caractère sur fond de ballades pop et de rengaines soul

«  Eccentric soul : A red Black Green productions » (Numero Group)

La série « eccentric soul » proposé par Numéro Group, maison basée à Chicago et spécialisée dans les rééditions raffinées, représente une des sources les plus excitantes du moment pour tous les addictes de black music (avec notamment une attention nostalgique portée aux pressages vyniles). Avec un souci d'entomologiste, toujours en recherche des espèces les plus rares ou en voie d'extinction, les fouineurs du label ont ainsi détérioré depuis 2003 de véritables perles des années 60 ou 70, parcourant toutes les villes américaines pour ressusciter les soutiers du rythm'n'blues qui subsistaient à l'ombre de Stax et de Motown. Dans ce nouvel opus, c'est Washington qui se retrouve à l'honneur et surtout le producteur R. Jose Williams qui exerçait ses talents d'un label à l'autre. Si aucun des artistes n'est véritablement passé à la postérité (comme les Summits ou Skip Mahonney & the casuals), le personnage se révéla un véritable magiciens derrière sa table de mixage, basculant d'une soul profonde et sensuelle à un groove aérien. Un Pur plaisir.

Amsterdam Klezmer Band « Mokum » (Essay)

L'Amsterdam Klezmer Band constitue une des étoiles les plus brillantes de la galaxie qui agrège le revival artistique de la new jewish music. Peut-être parce qu'elle revisite sans complexe ce style au confluent de la culture ashkenaze et du jazz, ressuscitant ainsi, au cœur de la capitale de la fumette et des tulipes, cette antiquité sonore à grand coup de jam session d’un autre temps, le tout prenant parfois des allures de foutoir punk fort sympathique. Vous l'avez deviné, c'est surtout sur scène que ce festif mélange élégiaque libérait toutes ses saveurs rythmiques et cuivrées. Pour ses 15 ans , le groupe sort donc fort logiquement un live qui retrace leur carrière. De quoi soulager ceux qui ratent leur régulier passage en France.

Y’akoto « Babyblues (EW)

Le principal handicap pour certains artistes reste souvent de donner l’impression de débarquer au milieu d’une vague ou d’une mode. Par exemple celle que les médias aime qualifier de renouveau de la scène soul (ou l’on fourre n’importe quelle artiste black, y compris quand, comme Imany, elle n’y ont guère leur place légitime). Y’akoto, jeune artiste d’origine ghanéenne et basée en Allemagne, s’inscrit certes dans cette veine d’inspiration évidente auprès de Marvin Gaye, mais aussi Nina Simone et plus près de nous Erykah Badu, voire ainsi teintée également de l’influence des grands maîtres africains à la Fela. Pourtant son premier album extraordinairement accompli et dont les privilégiés qui ont eu la chance de la voire sur scène ont pu mesurer toute la fraicheur et la maitrise, mérite un peu plus que le jeu des étiquettes Un univers à découvrir entre Detroit et Accra, et Berlin au milieu.

Les Thugs « Come on people ! » (Crash disques)

Revoilà Les Thugs. L'un des rares groupes français qui peut se vanter d'avoir enregistré sa « Peel session » au compteur (en 1987, ce qui était encore plus rare), et d'avoir signé sur Alternatives Tentacles de Jello Biafra (le leader des Dead Kennedys) et chez Sub Pop, le label qui découvrit Nirvana. Formé à Angers et révélé sur le mythique label Gougnaf record de Rico Maldoror, ils vont s'affirmer comme une des composantes les plus atypiques du rock alternatif -bien qu'il s'avère pour le moins impropre de les y classer, tout comme La Souris Déglinguée ou les Olivenstein-, déversant dans leur concert un punk rock abrasif aux accointances noisy. Ce CD-DVD live (avec également un version vinyle) restitue l’alchimie sonique de la bande au meilleure de son formalisme scénique. And He Kept On Whistling!

Souljazz Orchestra « Solidarity » (Strut)

Certains groupes ne se fatiguent pas trop pour décider de leur nom. Et quelque part on ne saurait les en blâmer. Cela évite surement à quelques disquaires fatigués de se demander ou les ranger. La formation en question est née au Canada, à Ottawa, au départ autour de musicien de Jazz. Aujourd’hui hébergée par l’excellent label anglais Strut (surtout renommé pour ses rééditions de musique black), elle continue désormais de répandre la bonne parole de l’afro-beat de Féla, voire de la samba brésilienne (écoutez « Cartão Postal »). Le tout sans autre prétention que de procurer joie et conscience à leur public. Ce nouvel album, que la formation part défendre sur les routes du monde, et notamment le 10 octobre à Paris à la Maroquinerie, ne déroge pas à cette règle festive et militante qui égrène ce vibrant héritage musical, en puisant aussi bien du coté du funk que des musique latines pour réveiller le vieil adage de la lucha y fiesta.

Cody Chessnutt « landing on a hundred » ( Polydor)

Son nom n’est pas foncièrement familier du grand public. Ce dernier peut vaguement le connaitre ou du moins découvrir qu’il fut l’auteur de « The Seed », titre magnifié version hip-hop/rock par The Roots voici dix ans. Depuis, plus de nouvelles. On craignait de devoir le ranger dans la triste rubrique des espoirs avortés de la scène soul US aux cotés de D’angelo ou encore Bilal. Mais heureusement il semble être revenu, voire ressuscité, dans la partie musicale. Et de quelle manière ! Son second album a tout pour devenir l’une des plus réussite de 2012, qui touchait pour l’instant, sur ce registre, à sa fin. Oscillant entre la soul de Marvin Gaye et le blues électrique d’Hendrix, il explore en 12 tracks toutes les nuances stylistiques entre ces deux influences prestigieuses.

Menahan Street Band « The crossing » (Daptone)

Formé à Brooklyn par une poignée d'artistes qui officiait dans la scène funk et afro-beat (Antibalas ou encore dans les Dap-Kings qui accompagnait Sharon Jones), le Menahan street band développe d'album en album une soul instrumentale s'évertuant à restituer avec passion tous les canons du genre (on oublie trop fréquemment que les musiciens de studio se révélèrent souvent aussi décisifs que les artistes pour lesquels ils officiaient, on pense évidemment ou Mg's de Stax ou les Funk Brothers de Motown). Cette exigence leur valut au final une belle reconnaissance et de voire ainsi certain de leur morceau allègrement samplé, comme leur classique « Make the road by walking » par l'immense Jay-Z, dans son superbe « roc boys ». Ce nouvel opus ne déroge pas à la règle en se voulant fidèle, jusque dans la pochette, à la grande tradition des bandes originales de film des années 60-70, ou l’atmosphère savait trouver le sens du groove dramatique. Petite pépite pour amateur éclairé.

The Pogues « In Paris » (Polydor)

Les jeunes gens amoureux de Guiness et de Doc Marteen ont peut-être du mal à s’en souvenir, mais dans les années 80, bien avant donc les Dropkick Murphys de Boston, les Pogues, originaires de Londres, avait fusionné avec passion musique irlandaise et énergie punk. Jamais des disques n’auraient finalement mérité à ce point l’appellation de pub rock. Le coté Diaspora de la démarche d’ailleurs n’échappera non plus à personne et au passage un des plus beaux titres du groupe, « Thousands are sailing », raconte aussi bien qu’un livre d’Howard Zinn l’immigration européenne au dix-neuvième siècle vers l’eldorado américain et dans ce cas New-Yorkais. On se doute que cette reformation du combo mythique, très proche des Clash dont ils assurèrent les premières parties et ou sein de laquelle Joe Strummer chanta même un temps, doit sûrement beaucoup à des motivations très économiques. Toutefois ce fut un plaisir des les revoir à L’olympia cette année, même si l’embonpoint et la consommation d’alcool aidant, ce fut assis sur un tabouret que Shane MacGowan exécuta fort correctement la plupart des morceaux. D’ou l’intérêt donc de ce très pédagogique live qui balaie fort à propos leur répertoire et rappelle qu’à l’instar de tous les folklores, le celtique ne conserve sa raison d’être qu’en se revigorant dans son époque ( comme le firent ensuite les House of Pain ou les Marxman en le croisant avec le Hip-Hop).

Lili Boniche « Anthologie » (World Village)

Quand on a découvert Alger, Alger du regretté Lili Boniche sur un Vieux 45 t Dounia grésillant, dont la voix émergée miraculeusement du sillon pour dissiper un instant le bruit de fond occasionné par la poussière incrustée, on ressent presque de la gène à l'écouter dans la pureté d'un son digitalisé. Comme pour toute madeleine de Proust, ici aux saveurs contrastées de gâteaux au miel et de pain azim, on aimerait conserver l'impression qu'il suffit de fermer les yeux pour voir défiler la ville blanche en panorama, comme dans un film des année trente, en noir et blanc évidemment. Pourtant si Lili Boniche chanta l'amour et la joie de vivre, Alger, Alger constitue désespérément le plus poignant témoignage du déracinement d'une communauté juive déchirée entre son choix de la France et sa culture si particulière, l'enracinant historiquement dans la civilisation arabe, matinée d'influence andalouse. Ce Titre, moitié en français, moitié en arabe, annonce les grands déchirements à venir et résonne étrangement dans le contexte actuel. Signalons aussi ses émouvantes reprises en « dialectal algérien » de « La mama » d’Aznavour et bien sur de Bambino d’une autre orientale, Dalida.

Ibrahim Maalouf « Wind » (Harmonia Mundi)

Ibrahim Maalouf est un trompettiste de jazz. Résumé ainsi, son identité artistique peut sembler ensuite facile à situer. Fils de l’immense musicien libanais Nassim Maalouf, connu pour avoir inventé la « trompette à quarts de tons » permettant d’adapter cet instrument à la musique arabe, et neveu de l'écrivain Amin Maalouf, il s’inscrit pourtant d’abord dans une longue filiation d’innovateurs culturels entre Orient et occident. Si naturellement son univers personnel le rattache au Jazz, avec l’incontournable figure tutélaire de Miles Davis, il a su aussi au fil de ses collaborations (Amadou & Mariam, Matthieu Chedid, Lhasa de Sela, Arthur H, …) ainsi que de sa rencontre avec la scène électro, s’ouvrir et s’emparer de nouveaux horizons. Ce nouvel opus constitue cependant une légère digression – encore ! Et cette fois-ci, avec toujours l’ombre de l’interprète de « Kind of Blue » au-dessus de l’épaule, c’est autour d’une bande originale tardive et imaginaire du film muet de « La Proie du vent » de René Clair (tourné en 1927) qu’il compose une travail très personnel. Suite à une sollicitation de la Cinémathèque, il a en effet enregistré à New-York, en une session, ces 12 titres qui se révèlent d’un intelligent et novateur classicisme (même si certains y retrouveront peut-être quelque intonations arabisantes). Il a surtout su parfaitement capter les atmosphères de cette angoissante histoire d’amour ou le jeune Charles Vanel campe un pilote d’avion tombé sous l’emprise d’une châtelaine torturée. Un disque de pure évasion (temporelle et sensitif) et d’intense plaisir.

Bobby Womack « The Bravest man in the universe » (XL recording)

Au moment ou tant de jeunes talents et groupes enfourchent avec plus ou moins d’inspiratiion la mode du rétro et s’amusent à sortir des albums « comme à l’époque », que ce soit dans le rock 50’ ou le funk 70’, il est presque naturel que les anciens, dans cette nouvelle forme de la querelle avec les modernes, s’amusent de leur coté à poser leur art sur des sonorités actuelles. Ainsi le grand Bobby Womack, auteur d’une des plus belles BO de la blackploitation « Across 110th Street » en 1973, publie un nouvel album qui sonne comme une petite leçon de chose : pas besoin de rejouer l’histoire quand on l’a déjà écrite. Son étonnante voix, légèrement rocailleuse, se pose ici des productions épurées et lumineuse, sans fausses pudeurs nostalgiques, à la recherche d’une soul sans complexe et d’un groove discret qui s’efface devant le chanteur.


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