Never trust a marxist in football !

01/01/2013

Une petite interview parue voici 6 ans dans feu "Rouge" , mais dont je trouve qu'elle n'a finalement rien perdu de son intérêt (le FN, la religion, le féminisme, etc...) avant de se lancer en 2013...

De 1980 à 1982, France inter, qui aujourd’hui préfère liquider les émissions trop insolentes, accueillit le « Tribunal des Flagrants délires », une étrange bande d’énergumènes qui passaient à la moulinette de la dérision les protagonistes de l’actualité, qu’ils soient politiques, artistes ou autres. Initié par Claude Willers, ce petit moment de liberté qui ne se prenait pas au sérieux, alors que la France passe de Giscard à Mitterrand, va devenir mythique dans le souvenir de nos concitoyens avides d’impertinence et de bonne chaire radiophonique. L’accusation est alors assurée par Pierre Desproges et la défense prodiguée par Luis Rego, qui rivalisent de bons mots, s’amusant à traiter par la satyre des questions très sérieuses. La parution sur CD des plaidoiries de Luis Rego est l’occasion de rencontrer ce génial saltimbanque, trop rarement employé à bon escient au cinéma (reste quand même un chef d’œuvre comme « Maine Ocean » de Jacques Rozier). Souvenir d’une époque où il était possible de rire de tout, à défaut que tout fasse rire.

Luis Rego « Le tribunal des flagrants délires » coffret 2cd


Comment êtes-vous arrivé dans cette aventure ? Comment cela fonctionnait-il en interne entre les différents intervenants ?

Claude Willers me connaissait déjà, parce qu’il m’avait vu dans l’un de mes spectacles, quand je faisais du café-théâtre. Il m’avait reçu dans son émission « Marche ou crève ». Il m’aimait bien, je ne sais pas trop pourquoi, mais c’est comme ça. Quand il s’est lancé dans le « Tribunal », il m’a proposé de participer. C’était assez libre dans la forme. On ne se mettait pas vraiment d’accord avec Desproges. Chacun écrivait son texte de son côté. Après France Inter décidait des invités, avec sa petite liste dont nous avions parfois du mal à comprendre la logique. Et puis l’autre qualité de l’émission tenait dans la présence d’un public, don avec une vraie dimension spectacle. J’avais la volonté de faire réagir, bref se bidonner, d’abord les gens devant moi.

Une de vos plaidoiries la plus célèbre reste « La journée d’un fasciste », alors que vous receviez Lepen en 1982, comment as-tu travaillé un tel sujet ?

D’abord, Lepen et le FN ne représentaient à ce moment rien, tant du point de vue politique qu’électoral. Comme je me sens quand même vaguement de gauche, même si la gauche qui existe actuellement ne me satisfait franchement pas, je n’ai guère eu de difficulté à trouver un angle d’attaque. Je suis d’origine portugaise et j’ai fait de la prison sous Salazar, donc je sais un peu à quoi peut ressembler le fascisme en pratique. Je suis arrivé en 1962 en France en et je fréquentais, entre autres, des réfugiés communistes portugais à Paris. La mauvaise idée m’a pris quelques années plus tard d’aller jouer dans un cinéma à Lisbonne, avec le groupe qui deviendra plus tard les Charlots. À la frontière, la police politique, qui devait avoir des informateurs en France, m’a arrêté. Je suis resté deux mois dans les geôles du régime. Ils ont fini par me libérer soi-disant car ils n’avaient rien trouvé de particulier sur moi – la honte pour un révolutionnaire !- et puis je pense que des gens ont du intervenir. Cela m’a bien ouvert les yeux sur la politique. Une telle mésaventure a nourri ma petite conscience. Donc, 15 ans plus tard, face à Lepen, s’offrir un petit carton n‘était pas trop compliqué. Le premier concerné s’est bien marré. Ça fait peur quelque part, mais c’est comme cela. À l’époque, il n’était pas en quête de respectabilité comme aujourd’hui. Et je pense qu’il ne se voit pas de la manière dont je décrivais un facho dans le sketch.

Une autre de tes plaidoiries semble aujourd’hui garder une résonance particulière, il s’agit évidemment de « L’impresario du christ », qui globalement présente Jesus comme un comédien qui finit par croire à son rôle, comment a-t-elle été reçue ?

Durant toute la durée du « Tribunal », je n’ai jamais eu de retour négatif ou de pression ni de plaintes des invités, sauf dans les cas ou je traitais de la religion. Il existe dans ce pays un problème que personne n’ose avouer comme tel : la religion. Toute mon enfance du music-hall, j’ai toujours entendu dire que la religion n’intéressait personne. Dans les productions, dans toutes les rédactions, partout on m’expliquait que les gens s’en foutaient. Dans la réalité, par exemple à la radio, dès que tu évoques la religion en des termes irrespectueux, les réactions, parfois très virulentes, affluent. Tu peux insulter le président de la république, balancer des vannes vulgaires, tout ce qui te passe par la tête... Tout est permis, sauf la religion. La ligne du religieux est infranchissable médiatiquement parlant. Je maintiens. Il faut faire appel à des autorités littéraires ou intellectuelles compétentes pour deviser de ces questions, les autres (comiques, chanteurs, etc.) sont mis à l’amende immédiatement. Et d’un autre coté, les bonnes âmes te racontent que le public s’en moque. Quelle hypocrisie !

Le sketch « Je suis un féministe » reste aussi un grand moment !

Le féminisme était né dans les années 70 et au début des années 80 il restait d’actualité. Gisèle Halimi était l’invité. Ma plaidoirie pouvait être pris de traviole, mais mon propos était surtout de dénoncer le machisme qui restait très fort, et finalement toujours de nos jours. Mais les féministes n’aimaient pas trop qu’on se moque du féminisme. Finalement le politiquement correcte ne date pas d’aujourd’hui. Ma volonté était toujours d’être politiquement incorrect et drôle. D’ailleurs je ne vois pas comment faire l’inverse, même si apparemment certains s’y essaient, notamment sur les plateaux de télé en prenant soin de cartonner l’invité en restant « dans les clous ».

Est-ce que vous pensez possible de refaire ce genre d’émission aujourd’hui ?

Dans les années 1980, on a ouvert une vanne un peu libertaire sur les ondes. Les gouvernements précédents avaient verrouillé l’ambiance à la radio ou la télé. Le ministre de tutelle possédait un téléphone direct pour rappeler à l’ordre le directeur de chaînes ou d’antenne. À ce moment, on a coupé le fil du téléphone. Aujourd’hui avec l’autocensure, j’ai l’impression que l’on procède finalement de nouveau « à l’ancienne » . La méthode a changé, c’est tout. Et puis aujourd’hui tous acceptent le bocardage politique, cela fait partie des programmes, c’est dans le cahier des charges. Je pense que le chansonnier là-dedans n’a plus rien à faire, en tout cas comme moyen d’expression et de révélation. Moi je ne voyais pas d’ailleurs comme un chansonnier, puisque son plat de résistance demeure la politique. Je traitais en fait assez peu de ce thème. Je m’étais astreint de ne parler de politique qu’une fois par semaine, pour éviter la saturation et la facilité. Lepen c’était inévitable évidemment d’aller au carton.


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