Never trust a marxist in football !

20/10/2015

Le volley-ball a poursuivi une trajectoire particulière dans l'histoire des sports modernes, même si aujourd'hui la France découvre son existence à l'occasion d'un titre inespéré en plein marasme de l'Ovalie. Cette activité a dû, en effet, se tracer un chemin singulier pour acquérir la reconnaissance qu'elle méritait et quitter un statut de «gentille distraction», qui lui colle un peu toujours à la peau. L'évolution de cette discipline au sein de la FSGT, grâce au travail de ses militants et de ses pratiquants, révèle surtout une forme d'acculturation originale et innovante qui aboutit à une version unique et atypique de ce sport populaire.

paru dans Sport et Plein Air de juillet 2014


Dès sa naissance le volley est lié à la question de l'adaptation et de l'innovation. À l'origine, le coup de génie d'un professeur américain d'éducation physique des YMCA (Young Men Christian Association / Union chrétienne des jeunes gens) de lancer une nouvelle discipline, la « mintonette » (elle prendra le nom de volley ball en 1917), inspirée à la fois par le basket-ball, inventé à une dizaine de kilomètres de là, 4 ans plus tôt, et le tennis. Nous sommes en 1895. Peu compliquée, sans contact, ludique (avec des règles fort différentes d'aujourd'hui, telle le nombre illimitée de passes, qui ne fut finalement fixé à 3 qu'en 1918), elle a été conçue pour que le maximum de personnes puisse s'y adonner avec toutefois un minimum d'effort physique. Sa diffusion à travers le monde doit ensuite beaucoup à la Première guerre mondiale, lorsque les soldats américains, convoyés en Europe, l'amenèrent dans leur paquetage et y initièrent leurs «frères d'arme» alliés, par exemple les moniteurs de l'école militaire de Joinville.

Le principal problème du volley se cristallise donc déjà dans son statut, dans sa position au sein de la distribution des rôles parmi les sports. Il est d'abord traité avec un peu de condescendance comme une distraction qui prend le relais, après la saison «hivernale» des sports co traditionnels (foot, etc.) ou d'athlétisme. De ce point de vue, le sport ouvrier d'alors, notamment dans les clubs de la Fédération sportive du travail (FST, une des deux composantes qui donnera naissance, en 1934, à la FSGT), s'inscrit dans ce courant dominant. Dés la fin des années 20, on trouve trace de confrontations à la belle saison entre clubs, par exemple d'immigrés russes, ou durant des sorties camping. Ainsi Albert Zandkorn, entré au Club populaire et sportif du Xe arrondissement (CPSX, club FST) par le biais de l'autre ballon rond ,comme beaucoup d'autres jeunes, crée avec les copains du foot, en 1937-38, une équipe camping au départ à quelques uns, puis comptant jusqu'à une trentaine de personnes, dans des conditions « rustiques » : « c'était dans les alentours de Paris, à Lagny, peut-être Noisy-le-Grand, on jouait au volley, on campait au bord de la rivière, d'un canal, de la Seine ou de la Marne. » (1)

Un premier championnat aurait même été organisé dès 1934. L'exemple de l'URSS, où cette pratique via les organisations de jeunesse et de loisirs se répand rapidement (avec un premier championnat dès 1933), pèse évidemment.
La fondation, en 1936, de la FFVB se heurte à cette difficulté identitaire. En 1938, elle ne compte toujours que 6 clubs. Le premier championnat de France se déroule tranquillement sur la plage de Royan, en Charente-Maritime, très loin des grands stades ou gymnases.

De son coté la FSGT, née en 1934, essaie aussi d'inciter ses clubs à se lancer de manière plus conséquente et stable dans ce sport, notamment en profitant des premiers congés payés pour le faire goûter au maximum de licenciés. «Jusqu'à ces derniers temps», lit-on dans Sport, la revue fédérale, du 15 juin 1938, «le volley-ball a été considéré comme un simple amusement, un jeu qui n'exigeait pas beaucoup de qualités athlétiques pour le pratiquer. Aujourd'hui, nous pouvons affirmer que le volley-ball est un véritable sport demandant des qualités athlétiques indéniables (...) Aussi, à l'approche de la saison estivale où tous les sports ont cessé toute activité, voudrions-nous voir venir à nous les sportifs, à qui nous ferions comprendre tous les bienfaits du volley-ball (…) Développer le volley-ball dans chaque club pendant l'été est le devoir de tous ceux qui veulent le développement de notre FSGT.»

Beaucoup viennent du sport corpo

Il faut attendre, de fait, la Libération pour que les choses commencent à se consolider. C'est toujours la branche «plein air», qui joue le rôle de principal «sergent recruteur». 1947, Addy Fuchs, qui fut déporté vers Auschwitz parce que juif, à 16 ans, lors de la Rafle du Vel d'Hiv, en juillet 1942, se requinque petit à petit et décide de rejoindre la section République des Amis de la Nature, au sein du CPSX. C'est en fréquentant les campings de bord de Marne à Noisy-le-Grand, qu'il se familiarise avec le volley. Il continuera, ensuite, en montant une équipe, puis d'autres et ainsi jouer en championnats FSGT (les clubs doivent alors aligner plusieurs équipes pour pouvoir y participer).

Car, progressivement, les premiers championnats s'organisent. «C'est ainsi que diverses communications reçues des différents côtés de province annoncent une activité accrue dans cette spécialité», se réjouit La vie de la FSGT, le 1/10/49. Le journal fédéral revendique fièrement 60 équipes en région parisienne et une vingtaine sur la Côte-d'Azur. Parmi ces défricheurs, beaucoup viennent du sport corpo (2) où le volley se démocratise auprès des travailleurs qui fréquentent les centres de loisirs (notamment installés dans des châteaux réquisitionnés auprès de propriétaires collaborateurs) et autres infrastructures dont se dotent les Comités d'entreprise créés en 1946 dans le prolongement des propositions du Comité national de la Résistance (CNR). De la sorte, lors du Rassemblement sportif franco-italien FSGT-Uisp, en juin 1952, à Milan, la quasi totalité des joueurs tricolores proviennent des rangs de l'US métro, du Club olympique de Billancourt (usines Renault) ou de chez Bloch-Dassault.

À l'époque, beaucoup de dirigeants sont issus ou sont à la FFVB, les règlements de cette dernière font référence. La proximité est donc très forte, voire institutionnelle avec la fédération olympique. En décembre 1950, la Vie de la FSGT annonce ainsi qu'«après accord de la Ligue parisienne de la FFVB, la Coupe Léo Lagrange sera organisée par une commission mixte FFVB-FSGT et sera ouverte aux clubs de la région parisienne affiliés à l'une ou l'autre de ces fédérations.» Néanmoins, ajoute-t-elle pour démontrer que la FSGT gagne en autonomie et en force, «il est vraisemblable que le premier championnat de France FSGT de volley-ball se disputera à Nice dans le courant juin 1950».
Autre particularité, il s'agit, dès le départ, d'un sport très féminin, jusqu'à 50% des effectifs en FFVB selon les périodes. Cette «féminisation» se manifesta aussi au sein de la FSGT, avec l'apparition de championnats féminins dès 1954. Ainsi, en 1956, l'ESC XI (Entente sportive culturelle du XIe arrondissement de Paris) monte ses premières équipes féminines. Et, au début des années 90, on compte pas moins de 26 formations féminines dans le Finistère, 40 en Haute-Garonne, 26 dans l'Hérault.

Sa flexibilité et sa «mixité»

Mais la véritable explosion sera le fruit d'une sorte de révolution culturelle. L'évolution de la société va en effet amener, au début des années 70, la FSGT à muter « son » volley. Et le choc salutaire viendra de la base. Car si au sein des Stages Maurice Baquet (1965-1980 – lire p.XX), le travail d'étude sur ce sport, avec l'initiation et la pratique des enfants, à travers notamment le Memento (1974), ou bien l'observation des championnats du Monde en 1970, est constant, il est en revanche surtout mené par des individu(e)s comme Jacqueline Marsenach, plutôt investis dans la FFVB ou l'EPS. Cette démarche se retrouve donc assez éloignée (faut-il y voir une des raisons de la faiblesse actuelle du volley FSGT enfants et jeunes ?) des bouleversements qui agitent alors le volley travailliste : Dans certaines structures ou comités départementaux FSGT, une vie sportive quasi-informelle se développe en semaine. Avec une grande originalité, les rencontres sont souvent, voire délibérément, mixtes.

«En discutant, au début des années 70, avec des dirigeants de club corpos», explique Addy Fuchs, alors devenu responsable de la commission volley du comité de Paris, «j'ai appris qu'ils se retrouvaient en semaine, tous ensemble, en famille, pour jouer sans se soucier des règlements, ou de faire des équipes filles ou garçons. J'ai toujours pensé, en tant que dirigeant, qu'il fallait écouter le terrain, ce que disaient et voulaient les pratiquants. Moi aussi j'étais un peu fatigué des matchs du week-end», trop compétitifs et sélectifs, pas assez «souples» pour nombre de pratiquants. Il faut du temps pour faire entendre cette petite voix dissidente et vaincre les réticences des tenant d'un volley «pur et dur», convaincus qu'il ne s'agit pas vraiment de volley au sens où ils l'entendent, dans les canons FFVB. En 1975, le championnat de semaine est malgré tout lancé à Paris.

À la fin des années 80, il a complètement pris l'ascendant sur le week-end, notamment par sa flexibilité et sa «mixité», voire en se passant d'arbitres (généralement, il est vrai, faute de volontaire). Un modèle qui se répand dans toute la France. L'Isère propose, par exemple, aujourd'hui un championnat 6x6 mixte, fort de 50 clubs, du lundi au vendredi, et en autoarbitrage (comme, par ailleurs, dans le Val-de-Marne, comptant également une cinquantaine d'équipes dans ses championnats 4x4 et 6x6 en semaine, en mixte non obligatoire).
Grâce à cette dynamique le volley FSGT s'émancipe également de la sphère FF. Dans le Finistère, on fait remarquer que «si au départ, l'activité était très liée aux clubs opérant en 2F, dans le années 74-75 ce phénomène disparait presque totalement pour arriver maintenant à une situation saine et claire : aucune équipe ne joue les deux championnats, la double licence ne concernant qu'un petit nombre de joueurs» (Sport et plein air, mars 1986).

Le succès est indéniable. Comme le constate, en mars 1994 dans Sport et plein air, Alain Maleyran, dirigeant national en charge du suivi de ce sport : «Des clubs de volley-ball sont affiliés dans 39 des 73 comités FSGT. Des activités volley FSGT sont organisées dans 23 comités.» Ce sont 470 clubs et 800 équipes (126 clubs et 217 équipes en région parisienne et 56 clubs pour 100 équipes dans le Rhône) qui sont concernés.

Dans la foulée, le volley FSGT se diversifie. Paris lance, en 1995, un championnat 4x4 mixte, formule qui connait un grand succès, y compris en province. Le beach volley commence lui aussi à faire son trou dans le sillage de sa reconnaissance, pas si désintéressée que cela, aux JO de 1992. Toutefois, pour la FSGT, il ne s'agit pas d'attirer les spectateurs devant des filles en bikini mais de redonner un sens émancipateur et innovant au «fun» californien des débuts, voire de proposer une version plus intense et physique… Finalement, la FSGT est toujours restée fidèle à l'intuition initiale du père fondateur du volley : adapter et épouser les besoins de ces plus de 10 000 pratiquant-e-s.

(1) Patrick Dubechot, Henri Ségal..., « CPS X, Club populaire et sportif au cœur de l'histoire du 10e arrondissement de Paris », CPSX 20002.
(2) Corporatif : échanges / compétitions sportives entre salariés d'entreprises.


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